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> Rapport sur l'état de nos forêts et leurs devenirs possibles, par des habitants du plateau de Millevaches- novembre 2013

Alayn

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* 02/08/2014, 15:49
Message #21
La production de bois résineux bénéficie à la papeterie, avec l'usine de trituration de Saillat, au bois-énergie (plaquettes, granulés), ainsi qu'au bois d'oeuvre. Une certaine proportion, enfin, est exportée hors de la région et parfois vers d'autres pays (Italie, Chine). La destination des feuillus, dont une bonne partie est encore utilisée pour l'autoconsommation, fait néanmoins l'objet de diverses hypothèses concurrentes.

Photo: Usine de Saillat:
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Alayn

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* 02/08/2014, 23:01
Message #22
Le dogme du champ d'arbres

Depuis que le plateau s'est vu attribuer une vocation de production forestière, une certaine forme de gestion de la forêt s'est mise en place.
Cette forme n'est ni la norme (il existe plusieurs manières de faire pousser des arbres pour les exploiter par la suite), ni une nécessité (aucune spécificité locale ne justifie que ce mode de gestion ait été choisi plutôt qu'un autre).
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Alayn

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* 02/08/2014, 23:16
Message #23
Pour synthétiser le fonctionnement le plus courant de l'exploitation forestière sur le plateau, il suffit de présenter ce que les experts forestiers nomment la futaie régulière monospécifique: cette futaie (ensemble des arbres, c'est-à-dire des fûts exploitables) est dite régulière parce que les arbres qui la composent sont de diamètres similaires, et monospécifiques parce que tous les arbres en question sont de la même essence (dans le cas du plateau, il s'agit du Douglas).
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* 02/08/2014, 23:44
Message #24
On voit tout de suite que ce mode de culture correspond aux attentes d'une exploitation de type intensif et industriel, qui depuis les années 2000 s'est puissamment mécanisée. En plantant côte-à-côte plusieurs hectares d'arbres de même essence et en même temps, on vise en effet à s'assurer de plusieurs conditions de "récolte": d'une part qu'ils seront arrivés au même moment à une taille suffisante pour être coupés ; d'autre part, que l'on pourra couper tous les arbres en une seule opération. Un tel mode de culture permet de rentabiliser au maximum, autant la coupe des arbres que leur transport. Les abatteuses sont utilisées pour couper toute une parcelle en même temps, et les transporteurs (grumiers) sont assurés d'être remplis lorsqu'ils repartent. La densité de plantation du Douglas est d'environ 1000 arbres à l'hectare, pour en récolter 300 au bout de quarante ans, après deux éclaircies qui finissent en palettes, panneaux, plaquettes et pâte à papier.
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* 03/08/2014, 13:44
Message #25
Ce type de plantation est loin d'être la seule manière de faire croître une forêt, mais il est presque le seul à permettre une exploitation de type "coupe rase". On pourrait ainsi mentionner la futaie irrégulière, dont les arbres ne sont pas tous de même âge, ou même la futaie mélangée, qui accueille plusieurs essences différentes ; de tels modes de culture, même s'ils n'interdisent pas les dérives mécanistes et industrielles, montrent déjà un respect plus élevé pour le milieu complexe qu'est la forêt. In fine, et quelles que soient les dénominations techniques, c'est à cet endroit que se situe l'opposition essentielle: entre un mode de gestion intensif et lourdement mécanisé, actuellement dominant, qui permet de récolter les arbres comme on récolte un champ de maïs, et toutes les techniques autres (y compris celles qui permettent d'"irrégulariser" une futaie régulière de manière à ce qu'elle accueille des essences mélangées), actuellement minoritaires et rejetées par l'industrie pour des raisons évidentes ; des techniques qui demandent des interventions précises et délicates, et un suivi attentif pied par pied, permettant un abattage sélectif qui ne transforme pas la forêt en un champ de ruines.
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* 03/08/2014, 14:17
Message #26
Les ressorts de la plantation industrielle

Ce type de sylviculture est choisi pour sa correspondance avec un type de "récolte" et un marché auquel les arbres sont destinés. Ce modèle voit aujourd'hui venir son point culminant avec le projet de la "diagonale des scieries" destinée à rendre le secteur "plus compétitif" sur le marché mondial: quatre scieries gigantesques implantées sur une ligne allant des Vosges aux Landes, capables de brasser les bois coupés dans un rayon de 300 à 500 kilomètres, qui entraîneront mécaniquement la fermeture d'une bonne partie des quelque 2000 scieries petites et moyennes encore en fonctionnement. La scierie Siat-Braun, implantée à Urmatt sur le flanc alsacien des Vosges, s'affiche pour l'instant comme la "plus grande scierie française" avec une capacité de traitement de 578 000 m3 chaque année. Il est question qu'elle soit très vite supplantée par le projet d'ERSCIA (acronyme éhonté pour Energies renouvelables et sciages), une "mégapole du sciage", dédiée aux bois de construction, aux farines de bois, aux pellets et à la cogénération d'électricité.

L'installation de cette usine géante fait d'ailleurs l'objet d'une opposition farouche dans les bois du Morvan.
[A ce propos, voir l'émission de France Culture citée en bibliographie. La pression d'opposition semble porter ses fruits, puisque comme l'indique le quotidien Le Monde, daté du 10 octobre 2013, le Conseil d'Etat a ordonné récemment la suspension du projet d'ERSCIA.]

Photos: scierie Siat-Braun:
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* 03/08/2014, 14:47
Message #27
La filière d'exploitation du bois dispose des machines adaptées à ce mode de gestion et des débouchés appropriés, y compris pour ses produits annexes (tels que les arbres d'éclaircie ou les arbres "hors calibre"). Elle est elle-même "calibrée" pour correspondre aux exigences des industries situées en aval, qui ne peuvent plus traiter les arbres au-delà d'un certain diamètre, à tel point qu'on pourrait dire que l'essentiel de l'exploitation et de l'industrie du bois dans sa forme actuelle, repose sur ce mode de gestion, et se verrait menacé dans ses prérogatives si ce mode était appelé à évoluer. Comment l'industrie du papier, avec ses 4000 emplois revendiqués autour de Saillat, toucherait-elle quasi-gratuitement le bois d'éclaircie s'il en était autrement ? Comment envisager de réembaucher des bûcherons quand on les a massivement remplacés par des abatteuses de vingt tonnes subventionnées à 40% par la région, dont les traites mensuelles s'échelonnent sur cinq ans ?
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* 03/08/2014, 15:08
Message #28
Le plateau se trouve être ainsi la région forestière la plus mécanisée de France. Certains s'en félicitent. Pourtant, d'une part, il existe d'autres modes d'exploitation tels que ceux évoqués plus haut et, d'autre part, les conséquences néfastes de ce parti pris sont nombreuses.
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* 03/08/2014, 15:24
Message #29
Qu'implique, aujourd'hui, le fait d'avoir planté massivement sur le plateau de Millevaches, et de continuer à le faire, des centaines d'hectares de champs de Douglas de même classe d'âge, qui sont tous récoltés au même moment au cours de coupes rases ?
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* 03/08/2014, 16:08
Message #30
L'hégémonie du Douglas

La conséquence la plus immédiatement perceptible est d'ordre paysagère. Pour quiconque vit sur le plateau et y est un peu attaché, il n'est en général pas très agréable de tomber, au détour d'un chemin, sur ces champs d'arbres alignés et identiques, dont les sous-bois sont d'une pauvreté affligeante en espèces tant animales que végétales, et tristement hostiles aux champignons. Les plantations de Douglas sont ici aux forêts ce que les champs de la Beauce sont à un potager: des déserts de productivité intensive. Quant à la phase suivante de l'exploitation, qui n'a pas pour soi-même fait le rapprochement entre l'aspect dévasté d'une coupe rase et les images d'un champ de bataille ? Partout ce ne sont que paysages désolés et lunaires, où les flaques parfois chargées d'hydrocarbures côtoient les profondes ornières laissées par les abatteuses, où les restes entassés d'arbres impropres à la consommation industrielle sont abandonnés jusqu'au pourrissement ; cependant que les sols, ultra-compactés par des porteurs de quarante tonnes, peinent à accueillir à nouveau la moindre végétation.
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* 03/08/2014, 16:40
Message #31
Tous ceux qui parcourent régulièrement, parce qu'ils y vivent, les routes et les chemins du plateau connaissent ces visions. Pourtant, au-delà de la simple apparence, la monoculture de Douglas a bien d'autres implications.

Pour le milieu naturel, elle a les inconvénients que l'on connaît depuis longtemps dans l'agriculture intensive, et dont nous sommes de plus en plus nombreux à mesurer les ravages. C'est notamment que la monoculture, du fait de son absence de diversité, crée de fait des niches écologiques pour les parasites ou prédateurs naturels des plantes cultivées. Dans le cas du Douglas, il s'agit en particulier d'un insecte, l'hylobe, qui détruit les jeunes pousses, et dont la prolifération est favorisée par les coupes rases. Et comme aucun exploitant ne veut voir ses plantations réduites à néant, la solution toute trouvée est l'emploi massif d'insecticides. C'est désormais un fait avéré que nombre de plantations de jeunes Douglas sur le plateau se font avec l'appui d'insecticides. Pour exemple, la proportion de 90% apparaît dans le rapport d'activité annuel de la Coopérative forestière Bourgogne-Limousin (CFBL, qui a au moins le mérite de ne pas cacher ses chiffres). Depuis leur utilisation massive dans l'agriculture intensive, on connaît pourtant bien les désastreuses conséquences "collatérales" de ces produits dits "phytosanitaires" sur les organismes vivants. Cela vaut de manière générale, et plus encore si l'on considère que le pesticide utilisé pour "protéger" les Douglas de l'hylobe a pour principe actif l'imidaclopride, tout comme le Gaucho, connu pour être ultra-toxique, même à très faible dose, et qui a été plusieurs fois interdit pour ses effets dévastateurs sur les colonies d'abeilles.
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* 03/08/2014, 17:17
Message #32
En outre, et une fois de plus comme dans l'agriculture intensive, il est également avéré que la monoculture appauvrit radicalement les sols, au point qu'ils deviennent au bout de quelques "récoltes" parfaitement stériles. Dans le cas du Douglas, cet appauvrissement entraîne mécaniquement l'utilisation d'amendements chimiques et parfois de fertilisants.
[- source: site internet de la CFBL.]
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* 03/08/2014, 17:39
Message #33
De plus, hormis les conséquences liées à toute exploitation intensive, le Douglas a sur l'environnement des effets qui lui sont propres. En termes d'acidité des sols d'abord, et des eaux situées en aval: l'acidité induite par la monoculture de Douglas vient s'ajouter à l'acidité ambiante, au point que là aussi, l'utilisation de produits "correcteurs" est désormais courante.
[- source: rapport de la CFBL 2012]
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* 03/08/2014, 18:03
Message #34
Ensuite, de récentes études ont montré que le Douglas, planté en milieu granitique et non volcanique comme dans son environnement d'origine, a pour effet de solubiliser l'aluminium présent dans la roche mère lorsque l'acidité de l'eau passe en-dessous d'un certain pH. On sait par ailleurs que l'aluminium constitue un neurotoxique reconnu, mis en cause dans plusieurs désordres neurologiques. Au reste, plusieurs captages, notamment à Peyrelevade et Meymac, sont déjà considérés comme impropres à la consommation en raison d'une concentration extraordinaire d'aluminium libre et risquent d'être condamnés. Un constat similaire a été fait dans le bourg de Tarnac.

Photos: Meymac ; Tarnac:
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* 03/08/2014, 18:32
Message #35
Par ailleurs, du fait de son mode de croissance particulièrement rapide, le Douglas est exceptionnellement gourmand en eaux de précipitations. Si par exemple un chêne ne retient qu'environ un tiers des eaux qui tombent sur ses feuilles, cette proportion est portée à la moitié dans le cas du Douglas. Ce qui signifie que la moitié des eaux de pluie qui tombent sur un Douglas n'arrive jamais jusque dans les sols, et ce toute l'année, du fait de la persistance des aiguilles.
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* 03/08/2014, 19:06
Message #36
Evidemment, on pourra objecter que n'importe quelle plante produit des effets physico-chimiques sur son environnement immédiat. Et en effet, ceux du Douglas n'ont rien de remarquable lorsque sa présence est diluée parmi d'autres essences. Pourtant, dans le cas d'une monoculture sur plusieurs hectares, ces effets se cumulent et ont un impact démultiplié.
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* 03/08/2014, 19:28
Message #37
Les dégâts de l'exploitation intensive

Mais cessons d'accabler le Douglas, ce beau résineux qui devient tellement majestueux lorsqu'il atteint, comme ce fut parfois le cas dans son Oregon d'origine, plus de cent mètres de hauteur. Il n'a pas demandé à être choisi, et a pour seul tort d'être capable de pousser, en seulement quarante ans, à une hauteur et avec un diamètre qui le rendent réellement concurrentiel vis-à-vis des autres essences. Car c'est bien de concurrence qu'il s'agit au final, une concurrence liée aux besoins à courte vue des industriels. S'il nous faut tant de Douglas, et si vite, c'est qu'il correspond à une certaine phase de l'exploitation sylvicole, qui fait qu'il est aujourd'hui préféré au pin sylvestre, ce pauvre arbre passé de mode qui semblait pourtant, à l'époque où l'on avait besoin de lui pour les étais de mine, promis à un si bel avenir. Pin, épicéa, Douglas: choisis selon les besoins de l'époque, cultivés intensivement puis mis au rebut et décriés, leur monoculture spécifique ne fait qu'accompagner les errements de l'industrie dans sa sempiternelle fuite en avant, dont on peine même à comprendre, de nos jours, comment elle peut encore se projeter à l'horizon des quarante ans qui correspondent au moment auquel elle pourra, enfin, récolter les arbres qu'elle plante aujourd'hui.
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* 03/08/2014, 19:57
Message #38
Et revenons donc, Douglas ou pas, aux conséquences de la monoculture industrielle et de l'exploitation des champs d'arbres. On pourrait se demander, par exemple, qui paie la rénovation des routes après que des grumiers de cinquante-sept tonnes les ont empruntées ? Sans parler du fait que ce poids maximum, pourtant déjà dérogatoire, est régulièrement dépassé, ni même du fréquent non-respect des barrières de dégel, le tout étant évidemment imposé par les impératifs de la concurrence ; on peut simplement constater que le passage d'engins aussi démesurés sur des voies communales ou départementales n'est pas sans effet sur celles-ci. Or la participation de la filière bois aux frais d'entretien est quasi inexistante. Ces dépenses sont essentiellement supportées par les collectivités locales, qui sont censées se débrouiller comme elles le peuvent pour réparer les dégâts. A titre d'exemple, la commune de Faux-la-Montagne, qui dispose d'une subvention dédiée (entre autres) à la voirie de 7000¤, a dû faire face à 70 000¤ de travaux pour la réfection d'un pont dégradé par le passage d'un grumier ; celle de Pigerolles (5000¤ de subvention) a dû trouver 50 000¤ pour la remise en état d'un seul kilomètre de routes défoncées. Ailleurs, ce sont des routes qu'on élargit ou qu'on refait pour le seul confort du transport de bois, mais toujours aux frais du contribuable. Les collectivités, par ailleurs, sur d'autres lignes budgétaires, participent au financement des abatteuses et débardeuses.

Photo: Faux-la-Montagne:
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* 03/08/2014, 20:30
Message #39
Au-delà de ce tour d'horizon non exhaustif des effets néfastes de ce mode de sylviculture, se pose bien sûr la question de la place que peuvent occuper ceux qui, forestiers ou non, ont à vivre au milieu des champs d'arbres, et qui n'ont pas envie d'être réduits à de simples éléments du décor.

NOUS SOMMES PAREILS A CES POISSONS RETENUS VIFS DANS LA GLACE DES LACS DE MONTAGNE. LA MATIERE ET LA NATURE SEMBLENT LES PROTEGER CEPENDANT QU'ELLES LIMITENT A PEINE LA CHANCE DU PECHEUR.

René Char, Fureur et Mystère (1948), in "Feuillets d'Hypnos" (1943-1944).
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* 03/08/2014, 21:44
Message #40
ANALYSES & PERSPECTIVES

"Article 22: Interdiction des coupes rases
1. Les coupes rases et toutes les formes d'exploitation dont les effets peuvent être assimilés à ceux des coupes rases sont inadmissibles."

Loi Fédérale sur les forêts du 4 octobre 1991,
Confédération Helvétique.

Les mots et les réalités

Comme nous l'avons vu, la majeure partie des surfaces boisées du plateau n'appartient désormais plus aux gens qui l'habitent. Il s'agit là d'un constat tout à fait essentiel qui exprime assez clairement l'état de dépossession auquel les habitants ont été progressivement réduits sur leur propre territoire. Il pèse très lourdement sur l'état actuel des forêts locales, comme sur le sort prévisible qui leur est réservé. Par le jeu des héritages successifs, de l'émigration vers les villes, des rachats et des concentrations de parcelles en guise de placements fonciers, les habitants du cru ont perdu au fil du temps le contrôle de leurs forêts.
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