webreader
3 Pages V   1 2 3 >  
Reply to this topicStart new topic
> Camille PISSARRO, Doyen des Impressionnistes (1830/1903)

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 14:30
Message #1
Camille PISSARRO, humble et généreux, ami des anarchistes, forma Armand GUILLAUMIN (voir portrait de ce peintre dans cette même rubrique), Paul CEZANNE et Paul GAUGUIN.

Photo: "Autoportrait" (1873). Musée d'Orsay à Paris:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 14:44
Message #2
LE DOYEN ET L'INITIATEUR

Camille PISSARRO voit le jour dans l'île de Saint-Thomas le 10 juillet 1830 d'un père (Abraham) juif français d'origine portugaise émigré dans cette colonie danoise des Antilles, commerçant en quincaillerie, et d'une mère créole des Antilles danoises du nom de Rachel Manzano-Pomie.

Son père l'envoie suivre sa scolarité, de 1842 à 1847, dans un pensionnat d'un petit village des environs de Paris, Passy. Dès cette époque, il dessine à la campagne et visite les musées parisiens. Revenu à Saint-Thomas, il se lie d'amitié avec le peintre danois Fritz MELBYE, avec lequel il s'enfuit en 1852, afin d'échapper à l'entreprise de son père, vers Caracas au Vénézuela où il restera 2 ans.

En 1855, son père finit par céder à sa volonté de devenir peintre et l'envoie de nouveau, afin de lui faire suivre une formation plus sérieuse, à Paris, où la branche française de sa famille allait lui apporter son soutien financier.

Photo: Camille PISSARRO:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 14:54
Message #3
L'ACADEMIE SUISSE

Camille PISSARRO n'y suivra pas une formation régulière, mais se contentera de travailler occasionnellement à l'"Académie Suisse". Cet atelier parisien prestigieux créé en 1815, successivement dirigé par DAVID, GROS, DELAROCHE, et sous la direction du peintre suisse Charles GLEYRE depuis 1844, mettait à la disposition des jeunes artistes un atelier et des modèles.

L'Académie Suisse ne dispensait pas de cours, mais permettait aux jeunes peintres d'étudier ensemble le nu, le prix d'un modèle étant trop élevé pour un seul artiste. C'est là qu'il fera la connaissance de Claude MONET en 1859, d'Armand GUILLAUMIN et de Paul CEZANNE en 1861.

Photo: un autre "Autoportrait" datant de 1898:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 15:03
Message #4
A cette époque, il peint dans les environs de Paris sur les bords de la Seine, de l'Oise et de la Marne, son travail suivant particulièrement le style de COROT, dont il avait pu admirer les oeuvres lors de l'Exposition Universelle de 1855, et avec lequel il avait pris contact. C'est de là que naquit sa vocation de peintre paysagiste.

Photo: "Rives de Marne à Chennevières" (1864/1865) exposée à la National Gallery of Scotland:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 15:10
Message #5
En 1859, il envoya sa première oeuvre au Salon et y fut admis à exposer.

En 1860, il entre en ménage avec Julie Vellay, la fille d'un viticulteur bourguignon dont il aura 8 enfants.

Photo: Camille PISSARRO et sa femme Julie Vellay en 1877 à Pontoise:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 15:24
Message #6
PONTOISE

En 1866, Camille PISSARRO et sa famille s'installèrent à Pontoise, puis à Louveciennes en 1869, gardant un appartement à Paris d'où il pouvait se rendre aux rendez-vous du Café Guerbois. Il avait fait la connaissance d'Edouard MANET en 1866.

Hormis en 1867, il fut régulièrement admis au Salon, sans que ces admissions lui apportent des ventes particulières, et il connaîtra longtemps des difficultés financières pour faire vivre sa nombreuse famille.

Sa plus grande expérience par rapport à Claude MONET, à Auguste RENOIR et à SISLEY, confère alors une plus grande maturité à ses tableaux. Il se sert des modulations de couleur pour suggérer la profondeur spatiale tout en gardant une grande rigueur dans la composition. Ces qualités que l'on retrouve chez son élève Paul CEZANNE font de Camille PISSARRO un peintre bien plus considéré aujourd'hui qu'il ne le fut par le passé.

Photo: "La Côte de Jallais, Pontoise" (1867):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 15:36
Message #7
A Pontoise, il travaille avec Armand GUILLAUMIN, rendant de nombreuses visites à Auvers-sur-Oise au docteur Gachet qui soigne sa mère.

Au cours de la guerre de 1870, Camille PISSARRO, de nationalité danoise, après un bref séjour en Bretagne, se réfugiera à Londres auprès de Claude MONET. Il laissera derrière lui tous ses tableaux à Louveciennes, ainsi que ceux que Claude MONET lui avait laissés en dépôt. Ceux-ci serviront aux Prussiens de planches à débiter la viande et seront pour la plupart détruits !

Photo: "Entrée du village de Voisins" (1872):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:07
Message #8
Sur les bords de la Tamise, Camille PISSARRO découvrira le travail de John CONSTABLE, Joseph M.W TURNER et de Richard BONINGTON.

Après la guerre, il retourne s'installer à Pontoise, où il demeurera 10 ans.

Photo: "Paysanne poussant une Brouette" (1874):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:22
Message #9
Camille PISSARRO et Paul CEZANNE

Un moment important dans l'histoire de la peinture est la collaboration entre Camille PISSARRO et Paul CEZANNE du printemps 1872 à la fin mai 1874.
Ils se connaissent depuis plus d'une décennie et Camille PISSARRO accueille Paul CEZANNE venu travailler avec lui. Celui-ci s'installe avec sa famille, à Pontoise d'abord, puis à Auvers-sur-Oise en 1873 dans un logement fourni par le Dr Gachet.

Leur travail en commun va se révéler pour l'un et pour l'autre particulièrement fécond. Paul CEZANNE va s'approprier la façon de peindre des impressionnistes tandis qu'il conforte Camille PISSARRO dans sa volonté de réaliser des compositions construites avec une picturalité autonome.

1874 fut l'année de la première exposition impressionniste. Camille PISSARRO, doyen des Impressionnistes, participera aux 8 expositions du groupe.

Photo: "Le Lavoir, Pontoise" (1872) exposée au Musée d'Orsay à Paris:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:34
Message #10
LE PAYSAGE S'ELARGIT

La critique ne reconnaîtra le talent de Camille PISSARRO qu'à la fin des années 1870. Celui-ci répondra aux attentes du public en se consacrant davantage à la décoration. Ses moyens financiers lui permettront d'acheter une maison à Eragny en 1884.

Vers la fin 1882, Camille PISSARRO quittait Pontoise pour s'établir à Osny, un village voisin de Pontoise, où il poursuivit son oeuvre, parfois en compagnie de son ami Paul GAUGUIN, qui fait alors partie de son cercle de disciples, au même titre qu'Armand GUILLAUMIN, et Paul CEZANNE qui passe de temps à autre chez lui.

De cette époque, son oeuvre évolue, aux simples paysages s'ajoutent désormais des scènes de rue, de marché avec de nombreux personnages, d'intérieurs avec des paysans. Le peintre paysagiste devenait également peintre de figures.

Photo: "Le Marché à la Volaille":
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:38
Message #11
Photo: "Jeune Paysanne prenant son café" (1881) exposée à l'Art Institute de Chicago:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:42
Message #12
Photo: "La Charcutière au Marché" (1883):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:48
Message #13
Sa palette aussi évolue, vers plus de contraste dans les couleurs et des touches de plus en plus petites. Le tissage de la surface picturale est composé de particules de pigments d'égale valeur.

Photo: "La Bonne de Campagne" (1882) exposée à la Tate Gallery de Londres:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 16:58
Message #14
LE DIVISIONNISME

En 1884, il s'installe à Eragny, près de l'Epte où il allait rester jusqu'à sa mort.

Vers le milieu des années 1880, il rencontre Georges SEURAT et fut impressionné par ce qui prendra plus tard le nom de néo-impressionnisme, et la technique divisionniste, sans pour autant adhérer totalement à l'approche systématique et scientifique de ce dernier ou de Paul SIGNAC.

Il adoptera un moment les petites tâches irrégulières du pointillisme, et exposera même en 1886, avec Georges SEURAT, Paul SIGNAC et son fils Lucien PISSARRO.

Photo: "Femme et Enfant du Puits" (1882):
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 17:12
Message #15
Jusqu'en 1890, il signera des tableaux divisionnistes sur des motifs de paysages cultivés, de vues fluviales ou de scènes paisibles du travail paysan, préférant toutefois des petits traits aux points rigoureux de Georges SEURAT.

En 1890, au retour de voyages en Hollande et en Angleterre qui ranimèrent son amour de la nature et son admiration pour ses amis impressionnistes, Claude MONET, Auguste RENOIR, DEGAS et SISLEY, il se détourna de "la division systématique de notre ami et regretté Georges SEURAT", tout en gardant jusqu'à la fin de petites touches serrées.

Photo: "Paysannes plantant des Rames" (1891):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 17:25
Message #16
PEINTRE DE LA VILLE

La production de Camille PISSARRO, réduite jusqu'en 1890, deviendra plus abondante alors que les difficultés financières ressurgissent et ce alors qu'il connaît des problèmes de vue l'empêchant de travailler en plein air.

Dans ses oeuvres tardives, Camille PISSARRO va accorder aux vues métropolitaines un intérêt jusqu'alors manifesté seulement par Claude MONET et CAILLEBOTTE.

Il loue des chambres à Paris, Rouen, Dieppe et au Havre, à partir desquelles il peint des perspectives dynamiques de boulevards, places, fleuves et ponts. Comme Claude MONET, il peint des variantes et répétitions pour fixer les différences de la lumière.

Photo: "Boulevard de Montmartre, Printemps" (1897):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 17:35
Message #17
Il faut voir dans cette nouvelle évolution, due en partie à sa maladie des yeux, en même temps qu'un désir de satisfaire ses désormais nombreux acheteurs, la vision sociale et d'avenir de Camille PISSARRO, pour lequel ce qu'il y a de laid dans le progrès, au regard d'un ordre établi, est, paradoxalement, beau.

Dans ces vues citadines, on retrouve son aptitude à la composition spatiale, avec des perspectives profondes parcourues par la circulation et encadrées par l'architecture et les allées d'arbres, l'ensemble baignant dans une ambiance harmonieuse de lumière de ville.

Photo: "Avenue de l'Opéra-Effet de Neige" (1898):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 17:47
Message #18
L'INFLUENCE DE CAMILLE PISSARRO

La contribution de Camille PISSARRO à l'impressionnisme est essentielle. Par son oeuvre et son art qui en est une des expressions les plus représentatives et les plus brillantes, par l'influence qu'il eut sur les autres impressionnistes.

2 de ses élèves reconnurent jusqu'à la fin de leur vie l'importance qu'avait eue pour leur art la formation de Camille PISSARRO: Paul CEZANNE, qu'il aida à peindre plus clair à la manière impressionniste, à chercher la forme par la couleur, sans recours aux cernes du dessin, puis Paul GAUGUIN, dont il supervisa les premiers travaux.

Paul CEZANNE qui se présentait parfois comme l'élève de Camille PISSARRO, gardera toujours une affection sincère envers celui qu'il nommait "L'humble et colossal Camille PISSARRO".

Photo: Camille PISSARRO à Knotte en Belgique en 1894:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 18:04
Message #19
Octave Mirbeau (journaliste français, auteur de pièces de théâtre comme "Journal d'une femme de chambre") joint en 1885 les rangs des anarchistes. Critique d'art, il prend la défense de RODIN, Camille PISSARRO, Claude MONET, Paul GAUGUIN, Vincent Van GOGH, etc...

Octave Mirbeau fut un des premiers critiques favorables à la nouvelle esthétique du paysage défendue par Camille PISSARRO et Claude MONET, avec lesquels il s'était d'ailleurs lié d'amitié.

Voici ce qu'il écrivait à propos de Camille PISSARRO:

"On peut voir dans la galerie Durand-Ruel une exposition de 100 toiles de Camille PISSARRO: plaisir rare et rarement goûté. Cette exposition comporte des oeuvres anciennes et de toutes récentes aussi: elle nous montre ce maître, qui fut un chercheur éternel, à toutes les époques de sa vie d'artiste. Elle nous est donc, non seulement une précieuse joie esthétique, mais encore un très précieux renseignement biographique, quelque chose comme le résumé de l'histoire intellectuelle d'un des plus admirables peintres qui aient jamais été."

Photo: "Autoportrait" (1903) exposée à la Tate Gallery de Londres:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 01/05/2008, 18:35
Message #20
Octave Mirbeau continue:
"C'est ainsi que je comprends et que j'aime les expositions de peinture: une salle discrète, et dans cette salle une oeuvre de choix qui vous révèle la pensée de celui qui l'exécuta, sa passion, ses enthousiasmes, ses transformations, ses progressives conquêtes sur la matière. Mais combien parmi les artistes, même les plus illustres, même les mieux piédestalisés, pourraient sans déchoir affronter une telle épreuve ? Le compte en est vite réglé.

C'est pourquoi la mode ne se perdra pas de ces grandes exhibitions retentissantes, de ces incohérentes cohues qu'on appelle des Salons annuels, où, à force de voir, dans trop de salles pareilles, trop de choses si disparates, l'on ne voit plus rien du tout et d'où l'on sort aveuglé, hébété, les jambes rompues, le cerveau dolent, comme après de longues stations, d'interminables courses dans les galeries du Louvre ou au Bon Marché... Les salons ne sont-ils point, en effet, le Bon Marché de l'art, les cent mille paletots de la peinture, la redingote grise de la sculpture ?

Il arrive à Camille PISSARRO une étrange aventure: Camille PISSARRO est célèbre, et c'est à peine si le public le connaît. Personne ne conteste plus l'influence considérable qu'il exerça sur la peinture contemporaine, et la critique officielle a toujours fait le silence, sur son oeuvre et sur son nom.
Soyons psychologue. Ce silence, la critique ne s'y est pas enfermée par parti-pris d'hostilité, mais par conscience professionnelle. Un critique entre dans une salle où sont exposés les tableaux de Camille PISSARRO. Il regarde, va de l'un à l'autre, s'étonne, se recule, se tâte: "C'est peut-être très bien !" se dit-il. Tout à coup il s'arrête, perplexe, hésite, se renfrogne et, scrupuleux, objecte: "Et si c'était très mal ?... Est-ce très bien ?... Est-ce très mal ?... Comment puis-je le savoir ?". Et, s'effarant entre ces deux possibilités, comme il ne possède, sur cette déroutante peinture, aucune opinion sérieuse et préalable, comme, d'autre part, il ne peut fouiller dans d'antiques archives pour y découvrir des critiques raisonnées, de traditionnelles anecdotes léguées aux fureteurs de bibliothèque par trois siècles d'immortalité potinière et consacrées, il se tait.

Il se tait d'abord pour ne point engager sa responsabilité, ensuite parce que, en vérité, il n'a rien à dire. De ce curieux et ordinaire état d'esprit d'un critique devant une oeuvre vierge et belle, il est résulté que Camille PISSARRO a failli, jadis, ne pouvoir vivre de son art. Ce qui est toujours drôle, n'est-ce pas ? Mais il ne s'agit pas de récriminer. Camille PISSARRO qui, à l'adversité, à l'indifférence, à l'attaque, opposa toujours un visage pacifique et un si supérieur esprit, ne me pardonnerait pas de raviver ces vaines querelles. J'aime mieux émettre tout de suite les réflexions que cette incomparable exposition me suggère."

Photo: "La Moisson" (1882):
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post


3 Pages V   1 2 3 >
Reply to this topicStart new topic
0 membre(s):

 

Voir le classement des sites les plus populaires
RSS Version bas débit Nous sommes le : 17/07/2018 - 08:26