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> Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952)

papounet

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Lieu : La Creuse

* 11/12/2009, 16:25
Message #1
Vous ne mangerez plus le riz de Camargue comme avant...

Il aura, sans doute, un goût amer !


Lui qui s'affiche avec taureaux et flamands roses sur les cartes postales, a une origine peu connue du plus grand nombre. Qui sait qu'elle remonte seulement à la Seconde Guerre mondiale ?

Après soixante-dix années de silence, voici révélée une page enfouie de l'histoire coloniale française en Indochine : l'utilisation, dans des conditions parfois proche de l'esclavage, d'une main-d'oeuvre "indigène" en métropole.

Pierre Daum est parti à la recherche d'acteurs encore vivants de cet épisode si peu "positif" de notre passé colonial, afin de recueillir leurs témoignages. Il nous livre le résultat de quatre années de recherche dans un ouvrage intitulé : "Immigrés de force. Les travailleurs indochinois en France (1939-1952)".

En 2006, le film Indigènes, de Rachid Bouchareb, avait déjà révélé un aspect peu connu de l'usage des peuples colonisés comme tirailleurs lors de la Seconde Guerre mondiale. Or, à cette époque, la France n'avait pas seulement besoin de soldats, mais aussi d'ouvriers, afin de remplacer dans les usines d'armements les travailleurs français mobilisés.

Pour les travaux les plus pénibles, ceux du maniement des poudres, la France fit venir en 1939 vingt mille Indochinois de sa lointaine colonie d'Extrême-Orient. Recrutés pour la plupart de force (à la différence des tirailleurs), débarqués à la prison des Baumettes à Marseille, ces hommes furent répartis à travers la France dans des entreprises relevant de la Défense nationale. Bloqués en métropole pendant la durée de l'occupation allemande, logés dans des camps à la discipline très sévère, leur force de travail fut louée pendant plusieurs années par l'Etat français à des sociétés publiques ou privées - on leur doit le riz de Camargue -, sans qu'aucun salaire réel ne leur soit versé.

Ce scandale se prolongea bien après la Libération. Renvoyés vers le Vietnam au compte-gouttes à partir de 1946, ce n'est qu'en 1952 que les derniers de ces hommes purent enfin revoir leur patrie. Un millier fit le choix de rester en France.


Image attachée

"Immigrés de force"
les travailleurs indochinois en France 1939-1952
de Pierre Daum
Editions Acte Sud, 2009
288 pages, 23 euros



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papounet

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* 12/12/2009, 11:48
Message #2
En attendant d'être affectés aux quatre coins de la France, les travailleurs indochinois sont transférés à la prison des Baumettes, à Marseille. Ils sont entassés à six par cellule. Puis vient la défaite de 1940.

Ces ouvriers non spécialisés sont alors mis par Vichy à disposition et au service des entreprises privées de main d'oeuvre par le conflit. Affectés aux travaux les plus pénibles. Pour des salaires dix fois inférieur à celui des ouvriers Français.

En Camargue, ils ont pour mission de réussir à implanter du riz dans la région, après les tentatives infructueuses menées depuis le XIXè siècle.

Ils occupent des cabanes de fortune, sans eau, sans électricité, sans toilettes. Ils sont bientôt 500 à travailler en sabots, les pieds dans l'eau, parmi des nuées d'insectes. "Parfois, les moustiques étaient si nombreux qu'on ne voyait plus rien"...



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Alayn

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* 12/12/2009, 16:16
Message #3
Bonjour ! Hyper intéressante cette histoire ! J'en avais jamais entendu parler ! Merci Papounet !



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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papounet

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* 12/12/2009, 16:18
Message #4
Merci Alayn ! Encore quelques précisions...

Au même moment, leurs compatriotes fabriquent des pneus à Clermond-Ferrand, coupent du bois dans les Cévennes, électrifient la voie de chemin de fer Montauban-Cahors...

"Plus de 90% d'entre-eux ont été recrutés de force", affirme Pierre Daum. Entre 1939 et 1940, 20 000 Indochinois - originaires, pour la plupart de l'actuel Vietnam - auront été acheminés en France à fond de cale. Un millier mourront en France, victimes de maladies et de mauvais traitements. Quelques-uns décideront de rester, la plupart après y avoir rencontré leur femme.



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papounet

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* 12/12/2009, 16:26
Message #5
En 2009, seule une poignée d'anciens, âgés de 89 à 100 ans, vivent encore. Pierre Daum en a rencontré 11 en France et 14 au Vietnam.

"Il fallait recueillir les témoignages de ces hommes avant qu'ils ne disparaissent", précise l'auteur. Restait à célébrer officiellement leur histoire.

C'est chose faite à Arles, le 10 décembre, à l'initiative du maire de la ville, Hervé Schiavetti, qui a reçu d'anciens travailleurs indochinois.

Le baptême d'une rue devrait avoir lieu plus tard, "peut être en 2010". Le début d'une reconnaissance de cette histoire oubliée de la conscience collective, et étouffée des mémoires familiales.

Un seul exploitant agricole a confié à Pierre Daum : "C'est vrai, je me souviens très bien que mon grand-père faisait travailler des Asiatiques."



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papounet

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* 14/12/2009, 19:16
Message #6
Dans son livre, Pierre Daum, aborde aussi l'une des raisons de l'occultation de leur histoire qui renvoie, non pas au fait colonial, mais à l'idéologie communiste officielle qui est devenue dominante dans le mouvement anti-colonial comme dans le régime du Viêtnam indépendant. En effet, probablement parce que ces travailleurs ont eu, à la Libération de la France, le sentiment d'être fort peu défendus par les communistes français, des groupes trotskystes se sont retrouvés influents en leur sein. Le texte d'un tract diffusé par la Délégation générale des Indochionois de France dans la manifestation du 1er mai 1945, qui s'adressait directement aux syndicats et partis de gauche français pour leur demander davantage de solidarité, semble confirmer l'hypothèse d'un sentiment d'abandon de la part de ces travailleurs,notamment vis-à-vis du PCF. C'est alors que ce parti participait au gouvernement qu'un décret paru au Journal officiel du 19 octobre 1945 a dissous la Délégation générale des Indochinois de France. Tout cela peut expliquer l'influence des groupes trotskystes dans leurs rangs.

D'où une mauvaise réputation dans leur propre pays, d'autant qu'à cette influence trotskyste s'ajoutaient les soupçons résultant de leur longue présence dans le pays colonisateur, autrement dit d'une sorte de "francisation" partielle qui les rendait elle aussi suspects. C'est ainsi qu'aucun article sur ce sujet n'est paru, depuis plus de quarante ans, dans la revue en langue française d'inspiration officielle , "Etudes vietnamiennes", ni, d'ailleurs, si on excepte l'ouvrage cité, publié tardivement en 1996, dans aucune revue ni chez aucun éditeur du Viêtnam. Les réticences à témoigner et les silences que Pierre Daum a constatés lors de son enquête chez plusieurs homme interrogés sur place s'expliquent très probablement par ce fait.



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véronique

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* 14/12/2009, 23:15
Message #7
j'ai pris connaissance de cette page d'histoire il y a qq jours....... je croyais "tout" savoir sur cette période et il faut se rendre à l'évidence, j'en apprends encore...... Merci papounet, pour tous ces détails - j'en sais un peu plus encore !
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papounet

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* 15/12/2009, 19:41
Message #8
De rien Véronique...

A ne pas en douter, il y a encore de nombreux sujets de l'histoire nationale ou internationale qui ont été occultés, volontairement ou non, qui ont sombré dans l'oubli des mémoires et que l'on peut retrouver en décortiquant des archives, des écrits... L'histoire est une véritable source de savoir et permet de comprendre pourquoi des événements sont survenus. A condition, bien sûr, que l'historien, qu'il soit amateur ou professionnel, cherche à connaître les positions de tous les protagonistes, sans prendre position, pour essayer de comprendre pourquoi cela est arrivé.

C'est pourquoi je déplore le nivellement par le bas que l'on est en train de généraliser (suppression de l'épreuve de culture générale aux concours administratifs, restructuration de l'enseignement de l'Histoire en fin du secondaire, tout ceci afin de "spécialiser" les générations futures dans des activités bien précises).



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véronique

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* 16/12/2009, 14:45
Message #9
CITATION(papounet @ 15/12/2009, 19:41) *
C'est pourquoi je déplore le nivellement par le bas que l'on est en train de généraliser (suppression de l'épreuve de culture générale aux concours administratifs, restructuration de l'enseignement de l'Histoire en fin du secondaire, tout ceci afin de "spécialiser" les générations futures dans des activités bien précises).

ba tiens, vont nous en faire de bons gros moutons de nos gamins ! ..........moins ils pensent, moins ils risquent de se révolter !
C'est à nous parents de combler ce manque et il le faudra de plus en plus ! angry.gif
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papounet

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* 16/12/2009, 19:13
Message #10
Surtout qu'il indispensable de connaître l'origine de situations historiques pour les comprendre et en tirer toutes les conséquences pour l'avenir. Mais là, c'est donner une conscience au gens, c'est dangereux ! Il ne manquerait plus qu'ils réfléchissent, les gens d'en-bas !! Effectivement, en les transformant en moutons sans repères, le troupeau est plus facile à manipuler !!



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papounet

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* 19/12/2009, 13:31
Message #11
En ce qui concerne l'enquête en France, Pierre Daum a pris appui sur le travail de mémoire déjà entamé par des descendants des travailleurs vietnamiens installés dans ce pays, enfants de la deuxième génération, pleinement Français tout en ayant le souci légitime de connaître leur origine. Une proportion importante de la catégorie des quelque trois cents interprètes et surveillants, titulaires du brevet et parlant plus ou moins bien le français à leur arrivée, souvent volontaires lors du recrutement, s'est certainement retrouvée parmi eux. Mais, vu qu'ils furent environ un millier, plus nombreux encore que ces instruits ont été ceux qui venaient de la catégorie des anciens paysans illettrés recrutés de force qui constituait plus de 95% de l'effectif. On compte même parmi eux un artiste plasticien de renommée internationale, Le Ba Dang. Trouvant dans la société française des espaces de promotion sociale et professionnelle et des richesses culturelles nouvelles, souvent à la suite, aussi, de rencontres avec des femmes françaises, ils ont souhaité s'y insérer pour chercher un meilleur avenir et échapper aux blocages du système colonial. La plupart y sont demeurés, y compris après la fin de la guerre et la réunification du Viêtnam.



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