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> Le Contrôle Social en société dite démocratique

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 10/08/2010, 17:38
Message #21
F - L'"implication citoyenne"


Le processus électoral lui-même constitue un outil de contrôle d'une importance considérable (d'où le slogan anarchiste: "si les élections pouvaient changer la vie, elles seraient interdites depuis longtemps").
Ceux qui ne se soumettent pas à ce processus en s'abstenant représentent une force précisément "incontrôlable": ils pourront être tentés d'utiliser d'autres canaux pour donner libre cours à leur potentiel revendicatif (manifestations, occupations, grèves, émeutes, désobéissance civile...). C'est d'ailleurs pour conjurer cette menace, pour faire face à la crise de légitimité que traverse aujourd'hui le monde politique, que les pouvoirs publics s'appliquent à inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales pour "accomplir leur devoir", et que Laurent Fabius vient récemment de défendre l'idée de rendre le vote obligatoire pour, officiellement, lutter contre "la perte du civisme".

C'est bien dans cette lutte contre l'abstention et dans cette tentative de restauration de l'image des hommes politiques ternie par les affaires financières, les magouilles en tout genre et leur incapacité à résoudre les problèmes sociaux, que s'inscrit le projet de loi Vaillant qui prévoit les conseils de quartiers dans les villes de plus de 20 000 habitants. Il s'agit de donner aux gouvernés l'impression qu'ils participent à l'organisation de la société alors que, verrouillés par les élus municipaux, espaces sous tutelle, ces structures ne conduiront qu'à une concurrence entre les quartiers. Et de plus, que pourra peser un comité de quartier face aux conseils généraux et régionaux, aux préfets, au gouvernement, sans parler de l'E.R.T. (Table ronde des industriels européens) ou du FMI (Fonds Monétaire International), c'est-à-dire des instances où tout se décide à huit clos (quand on sait qu'un tribunal administratif a refusé à plusieurs maires de petites communes le droit d'interdire sur leur territoire les essais de la culture d'OGM, on imagine qu'elle sera la marge de manoeuvre de ces comités: le style des bancs dans les jardins publics !).

D'une façon plus générale, les lois (Joxe, Pasqua, Voynet, Chevènement) d'aménagement du territoire visent le rassemblement des communes pour faciliter l'implantation d'une Europe des régions, modifier les institutions, réformer l'Etat dans le seul but de créer un environnement favorable aux entreprises, de transformer les élus en serviteurs des grandes firmes. Dans ce cadre bien délimité, les pouvoirs publics prétendent consulter la population. Il faut comprendre qu'ils veulent obtenir son adhésion globale à des objectifs définis en dehors d'elle, entretenir l'illusion de peser sur des projets ficelés par des technocrates. Bref, laisser cette population se battre pour des coquilles vides.

En expliquant que la lutte contre la violence est l'affaire de tous (ce qui n'est pas faux, sauf qu'en société inégalitaire, il s'agit d'exploitation et non de coopération), les pouvoirs publics tentent d'obtenir, justement, la... "coopération civique" de l'ensemble de la population (élus locaux, éducateurs, animateurs, enseignants, transporteurs, parents d'élèves, militants associatifs, comités de quartiers) avec les forces de l'ordre.
C'est l'idée centrale du rapport Bonnemaison de 1982 selon lequel la sécurité est une "coproduction". Dans "Le nouvel ordre local", J-P GARNIER (ingénieur de recherche au CNRS, spécialiste d'urbanisme et de sociologie) écrit: "Ici et là, des élus locaux font déjà assaut d'imagination pour lancer des "initiatives citoyennes" destinées à convaincre les résidents des "quartiers sensibles" de devenir des "coproducteurs de sécurité".

Exemple de cette "implication de la société civile pour aider les institutions à faire leur travail": la mise sur pied de "groupements locaux de traitement de la délinquance". Expérimentées en Seine-Saint-Denis dès 1993 à l'initiative du PC, ces "structures partenariales" offrent aux "acteurs sociaux" la possibilité de "coopérer" avec les forces de l'ordre (justice, police, gendarmerie) à la "restauration de la paix civile". Elles ont permis notamment à des familles d'en dénoncer d'autres sous prétexte qu'elles avaient un train de vie supérieur à ce que pouvait leur offrir le RMI dont elles bénéficiaient ! L'idéal, pour un pouvoir, n'est-il pas de dresser une moitié de la population à contrôler l'autre, et réciproquement ?

Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la surveillance du voisinage, le mouchardage, la délation sont encouragés pour le compte de la police.
Celle-ci incite la population à participer à des "Plans de surveillance de quartier", à fournir des renseignements, en échange de priorités lors de la demande de certains travaux. Cette "surveillance mutuelle des habitants" s'exporte très bien. En Suisse notamment, où des civils armés patrouillent la nuit dans certaines communes. Ces "partenaires" sont chargés de recueillir des informations sur tout ce qui peut leur sembler suspect, et de les transmettre à la police qui les a "formés".
La France importe aussi: à Rostrenen, excédés par la multiplication des cambriolages, une centaine de commerçants, artisans et particuliers ont décidé d'organiser des rondes "citoyennes" ("Ouest-France" du 30 janvier 2003).

"J'entrevois un monde dans lequel la police serait le public, et le public la police", jubile Joseph Brann, directeur de la police de communauté à Chicago. On notera que ces initiatives concernent essentiellement des quartiers de la petite et moyenne bourgeoisie, la mobilisation étant beaucoup plus forte lorsqu'on a quelque chose d'important à protéger ! On notera aussi que la dénonciation des incidents à la police dépend de l'implication d'un "étranger" ou non.

Cependant, cette apparente symbiose qui fait de la police, "l'architecte" de la société américaine, pose à terme sans doute plus de problèmes qu'elle n'en résout. Universitaire américain, Eric KLINENBERG s'inquiète, dans "Le Monde diplomatique" de février 2001: "Plus fondamentalement, l'ascension de la police comme agent d'intégration sociale marque une tendance dans le sens d'une société dont les moteurs de la politique et de la culture seraient la méfiance, le soupçon et la peur. La police de communauté est justifiable quand elle permet de promouvoir des réformes de structure dans les agences de maintien de l'ordre. Quand elle est conçue comme un modèle de renouveau civique, elle représente la démocratie dans sa forme la plus désespérée et la plus dépravée".

La déliquescence de l'Etat-providence pourrait faire croire que le "citoyen" s'apprête à récupérer une parcelle de souveraineté. Il n'en est rien. Comme l'écrit encore J-P GARNIER: "la démocratie de proximité, c'est-à-dire en réalité, la sous-traitance territoriale de la domination à la fraction dominante des classes dominées (le personnel politique et la techno-bureaucratie municipale issus en majorité des rangs de la petite bourgeoisie intellectuelle) donnera l'illusion, à grands renforts de procédures de "participation" et de "concertation" avec les habitants, via un "réseau associatif" plus ou moins tenu en laisse par la mairie, d'une réappropriation par les citadins-citoyens des affaires de la Cité."

Il s'agit, bien sûr, par un quadrillage institutionnel et associatif, par une "redéfinition consensuelle et anesthésiante de la citoyenneté", de préserver un ordre social compromis par des tensions grandissantes, d'assujettir les populations défavorisées au nouvel ordre mondial par le biais de la "démocratie" locale. Mais il s'agit surtout, comble du cynisme, d'en appeler à un "sursaut civique", d'inciter ces populations à la servitude volontaire, de les exhorter à collaborer à leur propre domination.
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"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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Alayn

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* 02/09/2010, 00:21
Message #22
G - La psychopharmacologie


Quête d'absolu, exploration de nouveaux espaces de rêves, d'évasion, de création, nécessité de connaître ses propres limites: les drogues apparaissent aujourd'hui à beaucoup synonymes de liberté.
Trente ans de prohibition, ça suffit ; revendiquons le libre accès ! Face à cet enthousiasme assez récent, il convient d'abord de noter que la prise d'une molécule n'est jamais anodine et que ce n'est sans doute pas parmi les usagers de substances psycho-actives que l'on trouve majoritairement les acteurs les plus virulents de la contestation sociale ou politique.Si, effectivement, sous le prétexte hypocrite de la santé publique, la guerre à la drogue a été, pour beaucoup de pouvoirs en place, l'occasion de restreindre les droits civiques ou constitutionnels, il serait dangereux de persister à ne voir que la partie visible de l'iceberg.

Car, comme le note Michel HAUTEFEUILLE, psychiatre que l'on ne peut surtout pas soupçonner d'être hostile à l'usage des drogues: "Au-delà de l'attitude du laboratoire et de ses préoccupations principalement commerciales, nous voyons que les produits légaux considérés comme thérapeutiques, aux études préliminaires étalonnées, à la délivrance codifiée, posent autant, si ce n'est plus, de problèmes que les produits sauvages ou illégaux. Car dans chacun de ces cas, il s'agit de l'attitude et de l'aptitude de notre société à accepter ou à contraindre, codifier, normaliser les comportements humains." ("Drogues à la carte", Payot).
Lorsque le conditionnement massif, la surveillance et le contrôle des citoyens se révèlent inefficaces, les tranquillisants et les anxiolytiques constituent les ultimes recours de l'"ingénierie du consentement".

Dès les années 50 et 60, une "révolution" pharmacologique met à disposition du secteur psychiatrique une série de drogues à utiliser dans le cas de désordres comme la schizophrénie, la dépression et l'anxiété (en n'oubliant pas de faire savoir qu'environ 10% de la population souffre d'un désordre dépressif tout le temps, et qu'un tiers en souffrira à un moment donné durant sa vie). Valium, Prozac et autres antidépresseurs destinés à contrôler la biochimie cérébrale, et par conséquent l'état de conscience: on produit et commercialise aujourd'hui un nombre déjà élevé de molécules. Autant dire même que le marché est d'ores et déjà inondé. Officiellement, il s'agit de permettre aux individus "à problèmes" de retrouver un état de conscience "normal".

Mais les réels bénéficiaires de cette évolution ne sont autres que les détenteurs du pouvoir. Du pouvoir économique d'abord, et en premier lieu les firmes pharmaceutiques transnationales qui fabriquent ces produits dont le marché représente une perspective de profits gigantesques. Le patronat ensuite, avec l'apparition de ce que Michel HAUTEFEUILLE appelle les "drogues de la performance", et qui sont destinées à procurer des moyens chimiques nécessaires pour atteindre un but précis, dans le domaine du sport bien entendu, mais aussi dans le monde du travail où ces drogues permettent à des salariés soumis à la dégradation générale des conditions de travail, au développement du stress, de "tenir le coup"... en attendant une retraite de plus en plus aléatoire.

Au pouvoir politique enfin, où une autre gamme, celles des "drogues normalisantes", ouvre la voie au contrôle du comportement perturbateur, à la gestion médicalisée de la déviance, c'est-à-dire au renforcement de la conformité.

Parmi ces drogues, il faut mentionner la Ritaline, amphétamine prescrite de plus en plus fréquemment, surtout aux Etats-Unis et au Canada, aux enfants un peu turbulents ou hyperactifs, et qui les rend plus dociles et obéissants, notamment dans l'exécution de tâches monotones ou répétitives (le nombre d'enfants auxquels on a prescrit ce médicament a augmenté de plus de 600% entre 1989 et 1995 ; source: M. OUIMET, "Les enfants du Ritalin"). Or une étude a montré que la prévalence de la consommation de cocaïne à l'âge adulte, de même que la dépendance à d'autres types de produits, telle que l'héroïne, était quatre fois plus importante chez des sujets ayant reçu de la Ritaline dans leur enfance.

Normaliser et rendre performant, telles sont les deux obsessions du pouvoir. C'est pourquoi le développement des drogues dérive très vite de la thérapeutique, atténuation de la souffrance, à la morale sociale et au rendement socio-économique. Obligation de performance dans tous les domaines de l'activité humaine (vie professionnelle, affective, sexuelle, loisirs), désir de promotion sociale, menaces sur l'emploi, rythme effréné, tout concourt à accroître une demande destinée autant à stimuler qu'à abrutir, à assommer pour supporter le quotidien.

Caricature de la "médicalisation de l'existentiel", du "bonheur sur ordonnance", le cas du Prozac est éclairant. Commercialisé aux Etats-Unis en 1987 et en France en 1989, il assure des milliards de dollars de profits: c'est sa fonction principale, la santé étant devenue un marché lucratif. Il est de plus en plus utilisé, entre autres, par les cadres surchargés de travail afin d'améliorer leur efficacité et leur productivité.
Les millions de boîtes vendues devraient logiquement améliorer la situation. Or que constate-t-on ? Que les taux de suicide, et surtout de tentatives de suicide, augmentent parallèlement à la consommation d'antidépresseurs. Avec, en prime, des troubles secondaires: baisse de la libido et de la fonction sexuelle. Pas grave: on a aussi le Viagra !

"Aux Etats-Unis, observe le professeur Edouard ZARIFIAN, où la violence et la délinquance sont traitées comme des maladies de l'individu, prescrire du Prozac évite de se poser des questions gênantes sur les causes sociales de ces dérèglements. J'en viens à me demander si ces médicaments, consommés avec excès, ne jouent pas le rôle de régulateurs sociaux permettant d'éviter les rébellions" ("L'Express", 10 mars 1994).

En 1969, Sydney Pollack réalisait un film remarquable: "On achève bien les chevaux." La scène se passait dans les années 30. Les Etats-Unis étaient en pleine dépression. Poussés par le chômage et la misère, des hommes et des femmes décidaient de participer aux marathons de danse dont les vainqueurs recevaient des primes intéressantes. Ces équivalents modernes des jeux du cirque chers aux Romains voyaient les candidats se livrer jusqu'à l'épuisement physique total pour ne pas manquer la récompense. Aujourd'hui, dans la grande roue du libéralisme, on achève toujours les chevaux: la seule différence, c'est le Modiodal ou la créatine, qui permettent de pousser toujours plus loin la performance.

Produire toujours plus sans se révolter, c'est cet idéal revendiqué par les dirigeants que la mise au point de nouvelles drogues est en train de réaliser. Si l'on ne veut pas que le prix à payer devienne exorbitant, il va devenir urgent de se rendre compte que l'émancipation de l'homme ne passe pas nécessairement par les hallucinogènes.

Enfin, en cas de déviance, des politiques répressives sont mises en place.
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Alayn

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* 02/09/2010, 01:58
Message #23
La chasse aux sorcières



A partir du Moyen-Age, l'Europe va connaître une nouvelle période de violence sous la forme de ce qu'on nommera la chasse aux sorcières, au cours de laquelle se manifestera une nouvelle fois la connivence entre Eglise et pouvoir politique. Les "élites" de la société, aussi bien laïques qu'ecclésiastiques, accuseront non seulement leurs victimes de ne pas croire aux dogmes de l'Eglise, mais de passer un pacte avec le diable. Si cette chasse prend pour cible, au départ, aussi bien des hommes que des femmes, elle deviendra de plus en plus misogyne et finira par ne viser que des représentantes du sexe dit faible (d'où l'expression).

Lorsqu'une femme se trouvait suspectée de sorcellerie (pour son apparence physique, ses pratiques, son comportement), elle était livrée au sadisme des inquisiteurs qui recouraient à tous les moyens pour obtenir des aveux (interrogatoires, examens, torture physique). Si la "sorcière" s'était dénoncée elle-même, la peine était plus "douce" (pèlerinage, flagellation publique, amende ou port de la croix). Si le "procès" tournait mal (deux témoignages étaient considérés en général comme une preuve de culpabilité, et on incitait la population à la dénonciation de ceux, et surtout de celles, qui étaient conduite au bûcher. Ainsi, pendant des siècles, de nombreuses femmes ont été persécutées, entièrement rasées, torturées, parfois brûlées vives.

L'Histoire connaîtra de multiples formes de chasse aux sorcières. Une des plus importantes apparaîtra sous le visage du maccarthysme de l'Amérique des années 50. Ce sont en effet les Etats-Unis qui seront le théâtre d'un nouvel épisode de cette chasse, la différence étant que l'on ne s'en prendra plus au corps (ni torture physique ni bûcher - évolution des moeurs oblige) mais au mental.
Cette réalité historique, c'est la persécution politique qui a été conduite pendant dix ans sur le sol américain à l'encontre de citoyens au nom de la lutte contre le communisme. Soupçonné de "mauvaises pensées", il fallait débusquer cet adversaire sournois, cet ennemi de l'intérieur dissimulé, et lui faire expier sa "faute".

C'est un décret présidentiel signé par Harry Truman en mars 1947 qui donne le signal du départ. Voici ce qu'affirmait Joe Mac Carthy, sénateur du Wisconsin, qui sera le maître d'oeuvre de cette chasse: "J'ai ici, dans ma main, une liste de 205 noms, communiquée au secrétaire d'Etat, de membres du parti communiste qui malgré tout travaillent encore au département d'Etat et qui façonnent sa politique". Le pouvoir politique ne lésinera pas sur les moyens: constitution de dossiers dans lesquels on trouve, outre les empreintes digitales, ce que les "soupçonnés" lisent, à quelles associations ils appartiennent, ce que leurs voisins pensent de leurs opinions ; harcèlement, pression, intimidation, jusqu'à obtenir l'auto-accusation, piétinant au passage les libertés civiles.

Photos: chasse aux sorcières et portrait de Mac Carthy:
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Alayn

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* 02/09/2010, 03:26
Message #24
III - DES POLITIQUES REPRESSIVES


Epié, fiché, espionné, enregistré, sondé, décortiqué, testé, analysé, parqué, conditionné, l'individu peut difficilement échapper aux mailles du filet. Et pourtant, malgré un contrôle social diffus et généralisé, tâche pour laquelle les progrès rapides de la technique s'avèrent déterminants, les classes dirigeantes ne parviennent pas encore à couler l'ensemble des populations dans un même moule, à faire taire toutes les voix. Une plus grande lucidité, une conscience politique plus affirmée, un certain courage aussi conduisent des fractions (malheureusement trop faibles) de ces populations à refuser les atteintes à la dignité, à la liberté. L'aspiration à une réelle justice sociale, l'exigence d'une égalité économique entretiennent un sentiment de révolte ; la résignation n'a pas encore triomphé. Pour maîtriser les "désordres sociaux", pour dompter l'insoumission, pour vaincre la rébellion, l'oeil scrutateur de Big Brother ne suffit pas. Dans le but de préserver la "paix sociale", les pouvoirs publics recourent non seulement à la dissuasion, mais aussi à la répression.

A la base, une idéologie sécuritaire est développée, pour "convaincre" du bien fondé de la répression. Cette idéologie, déjà présente avant les attentats du 11 Septembre 2001, en a largement profité, puisqu'il est désormais mal perçu de remettre en cause les mesures sécuritaires ; dont deux exemples en seront présentés: la criminalisation du mouvement social et l'emprisonnement.
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Alayn

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* 16/09/2010, 02:54
Message #25
A - L'idéologie sécuritaire


Depuis Poniatowski qui déclarait, en 1975: "Je voudrais que le Ministère de l'Intérieur s'appelle le Ministère de la Sécurité des Français. Il assure la sécurité et l'ordre, car c'est la liberté de chacun", beaucoup de progrès ont été accomplis. L'objectif, pour les "autorités", c'est de susciter, puis d'exploiter l'inquiétude et la peur (les échéances électorales étant des moments privilégiés, et notamment dès les municipales de 1983 et les législatives de 1986), de manière à justifier tous les dispositifs de "maintien de l'ordre" ultérieurement mis en place. Maintenir une surenchère permanente destinée à faire progresser le sentiment d'insécurité. Les moyens sont à la hauteur des ambitions.

Notons au passage la remarquable convergence entre toutes les grandes formations politiques: comme le rappelle Laurent MUCCHIELLI (historien, sociologue, chercheur au CNRS), l'opposition idéologique traditionnelle entre la droite et la gauche sur la politique criminelle va en partie s'effacer à partir du colloque de Villepinte (octobre 1997) "Des villes sûres pour des citoyens libres", en permettant au nouveau gouvernement d'affirmer que la sécurité était un "droit fondamental" et que la politique de sécurité devait faire prévaloir la "responsabilité individuelle" sur les "excuses sociologiques".

Le discours d'ouverture de J.P Chevènement, ministre de l'Intérieur, stipulait notamment: "faire de la sûreté un droit égal pour tous, c'est-à-dire réduire massivement la petite délinquance qui rend la vie infernale à celles et ceux qui en sont les victimes ou qui craignent légitimement de l'être." Et Lionel JOSPIN pérorait dans "Libération" du 16 novembre 1999: "il n'y a pas que des causes sociales à la violence. Il y a aussi des problèmes de comportement. L'insécurité, c'est aussi des actes individuels commis par des gens qu'il faut rappeler aux règles", c'est-à-dire reprenant à son compte le discours sur la responsabilité, fondement de l'idéologie libérale (les anarchistes aussi revendiquent la responsabilité, mais pas uniquement quand elle permet de mettre en accusation les seuls individus défavorisés).

Photos: Michel Poniatowski, Jean-Pierre Chevènement, Lionel JOSPIN (dans l'ordre d'apparition):
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Alayn

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* 23/09/2010, 02:06
Message #26
Dans la lignée des techniques classiques de manipulation, la priorité s'exerce au niveau de l'affectif, et non du rationnel. D'où une mise en scène médiatique privilégiant par exemple, le point de vue des victimes pour créer l'émotion. Voitures qui flambent, tableaux apocalyptiques, titres sensationnels ("cités interdites", "armée délinquante"), photos-chocs: presque quotidiennement, la violence devient un spectacle orchestré (avec éventuellement "reportages" bidonnés). C'est la consécration du discours des experts policiers par les journalistes et son omniprésence dans l'ensemble de la presse. Outre que la présence des caméras peut façonner à elle seule un phénomène, on peut s'interroger sur le fait que les cités n'intéressent la télévision que lorsqu'elles connaissent des "troubles", et constater, avec Jean-Pierre GARNIER, que ce ne sont pas les quartiers qui sont "difficiles", mais la situation socio-économique, culturelle, familiale de ceux qui s'y entassent. Et la violence des groupes dominés ne fait que répondre à la violence de leur relégation sociale, même si une part de cette violence se déchaîne malheureusement en dehors de tout projet politique.

Ensuite seulement intervient le "discours". Il s'agit des thèses sécuritaires prétendument scientifiques provenant des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, et qui se répandent en Europe par l'entremise d'intellectuels, d'"experts", et sous la forme de rapports, articles, ouvrages, colloques... (on apprécie mieux, d'ailleurs, l'indépendance des dits experts lorsqu'on sait qu'une partie d'entre eux est directement liée au lucratif marché de la sécurité). Le but, pour ces "spécialistes" (parmi lesquels Xavier RAUFER, un des fondateurs, au début des années 60, du groupuscule d'extrême-droite "Occident chrétien", aujourd'hui chargé de cours en criminologie à l'Institut de Paris, et Alain BAUER, présenté comme un universitaire, et en fait PDG d'une société privée de sécurité), étant d'offrir à des gouvernements qui ont renoncé à combattre les inégalités sociales, l'argumentation et les méthodes d'une gestion policière de leurs conséquences, de légitimer l'arsenal répressif.

Photos: certaines de Xavier RAUFER et d'Alain BAUER:
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Alayn

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* 25/11/2010, 05:02
Message #27
Ce discours sécuritaire, qui se veut scientifique, neutre, apolitique, s'appuie sur quelques techniques bien connues.

* Procéder à un amalgame parfois grotesque entre des phénomènes différents tels que: terrorisme, trafic de drogue, contestation, immigration, violence urbaine, cambriolages, délinquance, agressions sexuelles...

* Manipuler les statistiques en gonflant artificiellement les chiffres relatifs à la délinquance, à la criminalité, chiffres qui traduisent moins l'évolution de la délinquance, juvénile entre autres, que celle de son traitement policier. Les "autorités" sont d'ailleurs gagnantes à tous les coups puisque, si la délinquance augmente, c'est qu'il faut accorder plus de moyens aux policiers, et si elle baisse... c'est que la police remplit sa fonction avec une grande compétence ! (comme le remarque L. BONELLI, certains hauts fonctionnaires de la police nationale rêvent d'importer en France le système Computer Statistics new-yorkais qui permet de suivre en temps réel l'évolution de la délinquance enregistrée, et de mettre en concurrence les chefs de police sur une production de résultats qui engage leur responsabilité professionnelle). Mais la manipulation consiste aussi à minimiser, au contraire, les chiffres concernant le chômage (il suffit, pour cela, de restreindre la définition du chômage, de modifier l'étalonnage de l'instrument de mesure). Et enfin, à s'appuyer sur une soi-disant "demande sécuritaire" de la population validée par les sondages dont on sait très bien comment ils sont élaborés.

* Dissocier les violences qualifiées d'"irrationnelles", de "gratuites" de leur contexte socio-économique, évacuer la dimension politique du comportement des jeunes (ou du moins d'une partie d'entre eux), dissimuler la délinquance comme expression de révoltes, et le suicide ou la conduite à risques comme conséquences d'un mal-être, c'est-à-dire nier les causes pour ne s'attacher qu'au traitement, d'ailleurs illusoire, des symptômes. Ce qui permet d'occulter la restructuration de l'outil de production responsable de la dérèglementation, du chômage, de la précarité et les inégalités criantes de la société de consommation, les difficultés de l'immigration ou les politiques d'habitat qui ont enrichi les promoteurs immobiliers (cages à lapins construites dans la hâte pour y entasser les populations déplacées, cités-dortoirs sans âme).

* Minimiser la responsabilité policière (de ceux qui confondent interrogatoire et séance de torture) dans la détérioration du climat social ou dans le déclenchement de certaines émeutes. Minimiser aussi la permanence des violences institutionnelles.
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Alayn

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* 03/12/2010, 02:59
Message #28
Un rapide exposé du "discours sécuritaire" permettra de mieux saisir la nature du problème tel que les "responsables" politiques l'ont posé. La petite délinquance n'est évoquée, dans les années 90, que sous l'appellation d'"insécurité". La notion de sécurité, qui devrait englober l'emploi, le logement, la santé, l'alimentation, l'environnement, les risques technologiques majeurs... est ainsi réduite à la seule sécurité des biens et des personnes (et plus précisément de certains biens et de certaines personnes: globalement, les classes moyennes et supérieures, et leurs richesses). Il est presque comique, mais néanmoins exaspérant, de noter l'indignation de la presse face aux agressions dont sont victimes nos admirables élus, dévoués au bien commun: Philippe Douste-Blazy, poignardé en 1997 ; Jacques CHIRAC, cible d'un déséquilibré le 14 juillet 2002 ou Bertrand DELANOE victime d'un attentat à l'arme blanche. La lutte contre l'insécurité évacue définitivement le combat contre les inégalités. Le nouveau "droit à la sécurité" fait oublier le démantèlement continu de l'ensemble des droits sociaux.

L'excessive générosité de l'Etat-providence, par les politiques d'aide aux plus démunis, serait responsable de la montée de la pauvreté, de la dégénérescence morale des classes populaires, renforcée dans ses effets par le "laxisme" de la justice et la "démission" des parents.
L'objectif est d'affiner la "cartographie sociale" et d'isoler les éléments perturbateurs, d'identifier les "groupes à risques" (jeunes des banlieues, immigrés) pour concentrer sur ces nouvelles "classes dangereuses" la majeure partie des outils répressifs, de réprimer les "désordres" engendrés par les "casseurs", les "sauvageons", de reprendre en main les "mauvais pauvres" (ceux qui ne se résignent pas) en les harcelant dans les espaces publics, en multipliant les contrôles d'identité (de préférence au faciès) et les humiliations quotidiennes.

Comme le dit Didier Bigo (maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris), il ne s'agit pas d'instaurer pour tous une surveillance lourde et généralisée, mais au contraire d'affiner le maillage, de marquer des territoires et des frontières entre les populations "à risques" et les autres, de profiler chaque minorité ou diaspora, de reconstituer des trajectoires individuelles et sociales, de suivre et d'anticiper les mouvements de certains individus, de les paralyser avant qu'ils n'aient pu agir.

Photos: Philippe Douste-Blazy, Jacques CHIRAC et Bertrand DELANOE avec Jacques CHIRAC:
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Alayn

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* 13/12/2010, 01:32
Message #29
D'où la théorie du "carreau cassé" qui prétend qu'il existe un "continuum" délinquant depuis les actes les plus insignifiants jusqu'à des conduites beaucoup plus graves, et que par conséquent c'est en luttant sans relâche contre les petits désordres quotidiens que l'on peut faire reculer la grande criminalité, comme si la pratique du graffiti conduisait inexorablement au terrorisme ! On sait par ailleurs que la criminalité ne survient que rarement dans l'espace public: dans la plupart des cas, l'agresseur est un proche de la victime (à Paris, ces dix dernières années, la moitié des femmes tuées l'ont été par leur conjoint - Le Monde du 01/03/2001). Pour bien saisir les limites d'un mouvement comme Attac dans sa lutte contre la mondialisation, il est utile de savoir qu'il souscrit à cette théorie. A la question: "Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent: "qui vole un oeuf vole un boeuf" ? que lui posait la journaliste Florence BELKACEM (Europe 1, le 16 septembre 2001), Bernard CASSEN, président d'Attac-France, répondait: "Qui arrache un pied de maïs transgénique est capable un jour, on ne sait pas, de poser une bombe."

D'où aussi celle de la "tolérance zéro" censée "nettoyer les rues" en s'attaquant à la petite et moyenne délinquance, ce qui permet de mieux dissimuler la grande (économique, financière, environnementale), pratiquée par les politiciens et les hommes d'affaires (pourquoi le nombre d'enquêteurs policiers affectés aux pôles économiques et financiers est-il aussi dérisoire ?). D'ailleurs, si nos politiciens voulaient vraiment protéger les citoyens de la délinquance, ils leur interdiraient d'entrer dans une banque: c'est le lieu où se produisent les plus grosses arnaques ! L'élément révélateur de cette nouvelle idéologie a été l'éclosion des contrats locaux de sécurité lancés par une circulaire interministérielle du 28 octobre 1997, et dont le but est de "constituer l'outil principal d'une politique de sécurité privilégiant l'éducation à la citoyenneté comme axe de prévention, la proximité comme objectif de redéploiement de la police et de la gendarmerie, et l'efficacité par un renforcement de l'action conjointe de l'ensemble des services de l'Etat".

L'une des photos: Bernard CASSEN:
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* 24/12/2010, 03:52
Message #30
Il s'agit de focaliser l'attention sur les infractions mineures, les insultes, les gestes obscènes, les comportements bruyants, les positions irrespectueuses, et d'une manière générale sur la délinquance juvénile (le laxisme de la justice conférant aux jeunes un sentiment d'impunité, véritable incitation à la récidive !), alors qu'on sait que ces comportements disparaissent dans la majorité des cas avec l'âge et l'intégration sociale. C'est une véritable guerre à la jeunesse qui est déclarée. Le jeune n'est plus considéré comme un mineur qui a besoin d'être accompagné et soutenu, mais comme un individu avant tout coupable de ses actes et qui doit en répondre devant la justice... alors que de nombreux adultes bénéficient précisément d'une quasi-impunité "incitative". Et si en plus, le jeune est issu d'un milieu défavorisé, il aggrave son cas: Elisabeth AUCLAIRE, membre de la Commission droits de l'enfant de la ligue des droits de l'homme, note qu'au Centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis, près de 95% d'entre eux sont issus de l'immigration et des quartiers de la misère.

L'ordonnance du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante, qui marquait la naissance en France d'une véritable justice des mineurs, comprend quatre grands principes: protection et non répression ; irresponsabilité pénale du mineur de moins de 18 ans ; spécialisation des magistrats à l'enfance ; primat de la personnalité de l'enfant sur l'appréciation de la gravité des faits. Votée pendant l'été 2002 (comme l'augmentation du salaire des ministres), la loi Perben réforme en profondeur le droit pénal des mineurs, et surtout durcit considérablement la procédure. Les dispositions les plus contestées concernent: l'instauration de "sanctions éducatives" dès l'âge de dix ans ; la création de "centres éducatifs fermés" pour les plus de treize ans ; la possibilité de placement en détention provisoire dès l'âge de treize ans.

Photos de Centres Educatifs Fermés.
Dernière photo: Perben.
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* 24/12/2010, 14:58
Message #31
Au Royaume-Uni, on reconnaît qu'en dépit d'une politique de fermeté, l'incarcération de 3500 mineurs n'a pas enrayé le processus de la délinquance. Au Québec, des expériences privilégiant la "déjudiciarisation" permettent d'abaisser les chiffres de la criminalité (201 affaires passent au tribunal pour 10 000 jeunes impliqués, alors que la moyenne canadienne est de 435 affaires pour 10 000 jeunes). "Qu'il s'agisse de travaux communautaires, d'activités d'intégration sociale, de dédommagements ou de séances de médiation, les mesures de rechange ne sont jamais envisagées comme des punitions", commente un membre des Organismes de justice alternative.

Pendant ce temps, en France, nos politiciens, non contents d'accentuer une justice au rabais en nommant 3300 juges de proximité, non professionnels, payés à la vacation, et chargés des petits litiges de la vie quotidienne, créent des centres fermés pour mineurs délinquants. Ce véritable retour aux maisons de correction, opéré bien entendu sans débat préalable avec les organisations de professionnels, irrite la plupart des magistrats et des éducateurs. L'un d'entre eux exprimait: "Ces structures de contention risquent d'être des Cocotte-minute qui concentrent les profils les plus difficiles tout en étant vécues comme des centres d'exclusion." Et une responsable de la protection judiciaire de la jeunesse: "Les centres fermés ne règlent en rien le problème de la délinquance, de la violence. Bien au contraire, ils en créent et sont inefficaces, déstructurants et destructeurs".
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* 24/12/2010, 18:34
Message #32
Tolérance zéro donc pour les petits loubards, mais tolérance maximale en matière de corruption, de fraude fiscale, de blanchiment d'argent ou d'atteintes au Code du travail (il faut savoir que 0,7% seulement des infractions en matière de travail sont sanctionnées, et que les graffitis sur le mobilier urbain sont plus visibles que le harcèlement moral dans l'entreprise !). Par ailleurs, en matière d'infraction à la législation sur les stupéfiants, les condamnations pour usage s'envolent (20 580 en 1994, 24 081 en 1998) alors qu'en matière de trafic elles diminuent (2450 en 1994, 1977 en 1998) selon Gilles SAINATI, vice-président du Syndicat de la magistrature. Qui veut-on poursuivre et qui veut-on défendre ? Et que fait la police contre un délinquant nommé Michel-Edouard Leclerc, patron de la chaîne de distribution bien connue, quand il déclare: "Je ne contourne pas la loi, je m'assois dessus" ?

Un rapport de politique pénale, commandé par le Garde des Sceaux, concluait en juin 2000: "le traitement en temps réel a envahi la quasi-totalité de l'action pénale privilégiant les fameuses au détriment de la poursuite en justice de toutes les autres formes de délinquance, notamment économique et financière, environnementale."
Et Gilles SAINATI d'insister: "Les pauvres, pour des infractions moins graves, seront finalement plus facilement embastillables que le chef d'entreprise, le commerçant pollueur ou l'empoisonneur public qui commercialise des farines animales."

Photos: Michel-Edouard Leclerc dans l'un de ses supermarchés ; quelques couvertures d'ouvrages de Gilles SAINATI et une photo de lui en dernier:
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* 24/12/2010, 19:47
Message #33
En matière de lutte contre la "délinquance", un autre domaine donne la mesure des intentions de la classe politique. En octobre 2002, Francis Mer, ministre de l'Economie et des Finances, annonçait une restructuration de la DGC-CRF, le service de la répression des fraudes: dix-neuf agences menacées de fermeture sur l'ensemble du territoire.
S'inscrivant dans le cadre du démantèlement du service public, cette décision conduirait, de toute évidence, à confier les contrôles, les vérifications sur les prix, l'hygiène et toutes sortes d'infractions au privé.
Au détriment du consommateur puisque, si l'on peut penser que les petits commerçants resteront surveillés de près, la grande distribution, elle, bénéficiera sans doute d'une totale impunité.

L'objectif prioritaire n'est pas d'éliminer le crime, mais de neutraliser les "classes dangereuses", car les vrais criminels sont ailleurs. Dans "Bad Business: Corporate Crime in Canada" (Scarborough: Nelson Canada, 1993), Laureen SNIDER écrit: "Même si la criminalité des entreprises attire beaucoup moins l'attention des médias que les voies de fait, les vols et les viols auxquels songent la plupart des gens lorsqu'ils entendent le mot , elle cause plus de préjudices, coûte plus cher et ruine plus de vies que n'importe laquelle de ces autres infractions. La criminalité des entreprises est un tueur de premier ordre, causant plus de décès en un mois que tous les meurtriers réunis en une décennie. Des Canadiens sont tués au travail par des conditions de travail peu sécuritaires (et illégales), blessés par des produits dangereux mis en vente avant que leur sécurité soit démontrée, rendus invalides par des déchets industriels libérés dans l'atmosphère ou déversés dans les lacs et les rivières et volés par des conspirations illégales visant à augmenter les prix et à supprimer le choix du consommateur... Les Canadiens risquent vingt-huit fois plus d'être blessés en milieu de travail que par un agresseur... Ils risquent dix fois plus d'être tués par leurs conditions de travail que d'être victimes d'un homicide." Faudrait-il se résigner face à un système arrogant fondé sur le vol légal organisé, qui s'acharne sur les auteurs de délits mineurs, souvent liés à des besoins de survie, et qui laisse les criminels en col blanc accaparer des milliards de dollars ?

Première photo: Francis Mer:
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* 06/02/2011, 01:43
Message #34
Mais l'essentiel reste les moyens mis en oeuvre, et que justifie le discours d'un pouvoir attentif aux revendications des "mercenaires" de l'ordre mais sourd à la détresse des exclus. Des moyens en personnels, formation comprise: création de nombreuses structures spécialisées qui opèrent dans les quartiers populaires (brigades anti-criminalité, unités mobiles spécialisées, compagnies départementales d'intervention, forces de maintien de l'ordre fidélisées, brigades de recherche d'enquêtes et de coordination). Les effectifs ont plus que doublé en quelques décennies: plus d'un million de policiers dans l'Union européenne, chargés de "faire du chiffre" et dérogeant sans vergogne aux règles de l'"Etat de droit" ; plus de 200 000 en France (environ un pour 250 habitants). Des moyens en matériels, des technologies sans cesse perfectionnées, dissipant parfois les frontières entre le militaire et le policier.

Et lorsque le secteur public fait défaut, le privé accourt: l'Etat ne dispose plus aujourd'hui du monopole de la contrainte légitime ; la sécurité est devenu un marché, un service vendu par des polices privées (aux Etats-Unis, le rapport est de 2,5 agents privés pour un agent public). Surveillance, gardiennage, transport de fonds, protection physique des personnes... : plus de 150 000 salariés pour plus de 5000 entreprises... pour un chiffre d'affaires de 27,5 milliards d'euros.
Et le business est d'autant plus juteux que la main-d'oeuvre (essentiellement des jeunes) exploitée, sans aucune perspective, a souvent été formée préalablement par l'Etat. Servie de plus en plus efficacement par la haute technologie, la libéralisation du secteur sécuritaire, plus qu'une réelle concurrence, témoigne d'un partenariat entre les collectivités territoriales et les entreprises privées, nouvelle source de corruption. Qu'il s'agisse de fonds publics ou d'argent privé, peut-on être surpris de constater que l'ensemble des programmes coûteux réalisés dans ce cadre répressif ne parviennent au mieux qu'à déplacer la délinquance dans le temps et l'espace ? Mais ne s'agit-il pas, précisément, de lutter contre le sentiment d'insécurité plus que contre l'insécurité elle-même ?

Peut-on également être surpris de l'augmentation du nombre de "bavures", lorsqu'on sait que la justice accordera toujours plus de crédit à la parole d'un flic qu'à celle d'un basané ? L'Inspection générale des services (I.G.S.) a traité 432 plaintes pour violences policières en 2002 contre 216 en 1997.

L'idéologie sécuritaire étant ancrée dans les esprits, les attentats du 11 septembre lui ont donné un prétexte inespéré pour la mettre en oeuvre.
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* 06/02/2011, 02:54
Message #35
B - L'alibi du 11 septembre 2001


Alors qu'elles n'auront peut-être pas fait reculer d'un pas le terrorisme sur la planète, les réactions politiques aux attentats du 11 septembre 2001, en jouant une nouvelle fois sur l'imaginaire de la peur, en soufflant toujours plus fort sur les braises de la haine et de l'intolérance, auront permis de montrer quelles sont les véritables préoccupations de l'ensemble des dirigeants: restreindre les libertés au nom... de la défense des libertés, criminaliser la dissidence, faire de l'"autre", de l'étranger, un paria.

C'est évidemment au gouvernement Bush que revient l'"honneur" de prendre la tête d'une "croisade" contre le terrorisme international.
Entérinée par le Congrès américain quelques semaines après les "évènements", une loi "patriotique" permet de sacrifier des libertés individuelles au nom d'une prétendue sécurité collective. Les mesures prises donnent le ton: les autorités peuvent enregistrer les conversations entre les prisonniers et leurs avocats sans passer par une décision judiciaire. La mise sur écoute est modernisée pour s'adapter aux nouvelles technologies ; le ministère de la Justice demande au FBI d'interroger 5000 jeunes gens (d'origine moyenne-orientale et arrivés récemment aux Etats-Unis) afin de vérifier qu'ils n'ont pas de lien avec les organisations terroristes ; tout étranger soupçonné de terrorisme peut être placé en détention et jugé par un tribunal militaire d'exception.

Photos: Bush...
Dernière photo: prisonniers de Guantanamo:
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* 06/02/2011, 03:56
Message #36
Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls à avoir renforcé leur législation sécuritaire, à avoir montré la voie d'un Etat policier. Beaucoup d'obsédés de l'ordre leur ont emboîté le pas avec une touchante solidarité qui se traduit dans la formule de Jean-Marie COLOMBANI, directeur du journal "Le Monde": "Nous sommes tous des Américains". Propos qui faisaient écho à ceux du calamiteux G. W. Bush: "Qui n'est pas avec nous est avec les terroristes". Au Canada, un texte entré en vigueur le 24 décembre 2001 permet notamment l'arrestation préventive (durant soixante-douze heures) des personnes soupçonnées d'actes terroristes et donne à la police des moyens étendus en matière d'écoute. Au Royaume-Uni, une loi, adoptée le 14 décembre 2001, permet aux autorités de détenir sans procès, sur la foi de "preuves secrètes", un étranger soupçonné de représenter une menace pour la sécurité nationale. Cette loi permet aussi l'élargissement des pouvoirs de la police pour surveiller l'utilisation d'Internet, du courrier électronique, du téléphone portable et d'autres moyens de communication.

En Allemagne, un arsenal de mesures est très vite adopté, visant à renforcer la sécurité du pays: croisement des fichiers informatiques, surveillance accrue des étudiants originaires des pays arabes, rallonge budgétaire de 500 millions de marks pour renforcer l'efficacité des services de police, renforcement des pouvoirs des services secrets de renseignements, durcissement des conditions d'entrée des étrangers en Allemagne. En Italie, le projet de loi de réforme des services secrets prévoit que les agents des services secrets civils et militaires pourront accomplir des délits pendant leurs missions, à l'exception des meurtres et des blessures, sans être poursuivis ; ils pourront ainsi commettre des vols, réaliser des perquisitions, des écoutes, des filatures, faire intrusion dans un lieu, sans jamais demander d'autorisation au juge.

Photo: Jean-Marie COLOMBANI:
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* 12/02/2011, 04:03
Message #37
En France, la loi du 15 novembre 2001, dite "Loi de sécurité quotidienne" (LSQ) -plus de 70 articles adoptés dans la précipitation sans susciter de réelles controverses dans les sphères officielles- autorise, sur réquisition écrite d'un procureur de la République, la fouille par les officiers de police judiciaire des véhicules sur la voie publique (même ceux en stationnement et même sans la présence du conducteur) ainsi que les perquisitions à domicile ou les saisies de pièces à conviction sans l'assentiment du propriétaire. Le contrôle des personnes et des bagages à main par des vigiles privés est également permis, tout comme les perquisitions préventives, par des policiers, des avions, véhicules, bagages et colis dans les ports et les aéroports.

D'autres mesures liberticides, qui visent plus les sans-papiers ou les fumeurs de cannabis que les terroristes, ont été adoptées dans la foulée: conservation en mémoire pendant un an des correspondances téléphoniques et électroniques des citoyens, fichage génétique de toute personne condamnée pour simple vol, pour des destructions, des dégradations ou des détériorations ; possibilité d'interdire les rassemblements dans les halls d'immeubles et les rassemblements festifs à caractère musical. Un nouveau délit apparaît même: l'absence de titre de transports (l'article 50 stipule que toute personne ayant accumulé plus de dix contraventions sur une année ou moins sera punie d'une peine de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende ; l'article 63 légitime la SNCF et la RATP à disposer d'un service interne de sécurité). Mais que l'on se rassure, tout le monde ne souffrira pas de se voir restreindre les libertés de circulation: certains pourront continuer à s'offrir des trajets exotiques en avion avec l'argent public !
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* 25/02/2011, 03:50
Message #38
Ces lois, dont certaines éraflent la Constitution, ne s'inscriront pas dans la durée, nous assure-t-on. Michel Dreyfus-Schmidt, sénateur socialiste affirmait sans rire: "Il y a des mesures désagréables à prendre en urgence, mais j'espère que nous pourrons revenir à la légalité républicaine avant la fin 2003". Comme disait cyniquement Pasqua: "les promesses n'engagent que ceux qui y croient".

Ces mesures, prises dans l'urgence, préfigurent ce qui sera sans doute un des objectifs les plus consensuels au niveau européen, la création d'Europolice, qui comprendra une police anti-émeute, qui permettra de criminaliser tout type de dissidence politique et qui, surtout, définira le terrorisme de manière à atteindre infailliblement les cibles principales: les "radicaux", les "anarchistes". Europol vient d'ailleurs de publier un rapport sur "la situation et les tendances des activités terroristes dans l'Union Européenne" dans lequel il mentionne, bien entendu l'ETA et l'IRA, mais aussi un prétendu "terrorisme anarchiste" désigné comme "une autre catégorie encore plus problématique" !!!

Photos: Michel Dreyfus-Schmidt et Charles Pasqua:
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* 15/03/2011, 04:38
Message #39
Au cours de la première Conférence européenne sur le terrorisme qui se déroulait à Madrid, on pouvait entendre: "le terrorisme n'est pas seulement l'action des groupes ou commandos, mais un projet qui cherche à s'insérer dans la société, et pour le combattre, il faut aussi lutter contre ses structures sociales, économiques, y compris les modes de communication qui l'appuient et le nourrissent". Comme le reconnaissait le sous-secrétaire du ministère espagnol de l'Intérieur en juillet 2001: "La sécurité est un des piliers sur lesquels s'appuiera la présidence espagnole de l'UE de l'année qui vient. Le gouvernement espagnol favorisera le renforcement d'Europol -la police européenne- et les relations de l'UE avec Interpol". On pouvait lui faire confiance pour ne pas nous décevoir.

Si la gauche plurielle, en France, a bondi sur l'occasion pour restreindre les libertés, avec son nouveau projet de loi sur la sécurité intérieure, la droite, incarnée en l'occurrence par le cow-boy de Neuilly, Sarkozy (et plus largement par l'équipe "C.R.S" - Chirac, Raffarin, Sarkozy), fignole le chef-d'oeuvre. En s'attaquant aux mendiants, aux sans-logis, aux immigrés, aux prostituées, aux gens du voyage plutôt qu'aux hommes d'affaires corrompus, ce projet, qui mêle hypocrisie et brutalité, et que n'aurait pas renié Le Pen, porte directement atteinte aux libertés fondamentales, désigne les pauvres comme boucs émissaires, étend les pouvoirs de la police pour mieux assurer la répression de ces nouvelles "classes dangereuses", de ceux qui oscillent entre quasi-esclavage et stratégies de survie.

Photos: Europol:
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* 27/03/2011, 01:17
Message #40
Ce projet de loi, caractéristique d'un Etat policier, malgré l'abandon de certaines mesures par rapport à la première version du texte, a été vivement décrié par la Ligue des droits de l'Homme et le Syndicat de la Magistrature, pourtant peu suspects d'ardeur révolutionnaire: "Ce projet de loi dessine les contours d'une société où les policiers font le travail des juges et peuvent violer en toute impunité les libertés individuelles, où les avocats sont mis en marge, où être pauvre devient un crime et où être simplement suspect devient prétexte à mettre toute personne dans des fichiers de plus en plus tentaculaires".

Ce projet permet par exemple à la police, sans autorisation judiciaire:
* de fouiller un véhicule au simple motif que le conducteur a oublié son permis de conduire ;
* de confisquer les domiciles mobiles, tels que caravanes, mobil-homes, dès lors qu'ils sont stationnés sans autorisation publique ou privée ;
* de prélever les empreintes génétiques de toute personne simplement soupçonnée d'un vol, et de les conserver sur un fichier...

L'extension des fichiers de police n'a par ailleurs pas fait l'objet d'une consultation de la Commission Nationale Informatique et Libertés (C.N.I.L.), pourtant prévue par la loi. Quand une société n'ose plus soutenir le regard de ceux qu'elle a réduit à la misère, il ne lui reste plus qu'à les jeter dans l'obscurité des prisons.
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