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> Eugène DIEUDONNE, [L'un de la bande à Bonnot]

Alayn

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Lieu : Creuse

* 19/04/2010, 22:00
Message #1
De Philippe BLANDIN. Editions du Monde Libertaire. 2001. 4¤. (que vous économiserez si vous lisez ce topic puisque je vais retranscrire ici au fur et à mesure l'intégralité de cette brochure passionnante comme cela se faisait jadis sous forme de feuilleton dans les journaux^^)
Pourquoi tant de bonté ? Bah... par passion ! (arf !)

Et tout d'abord, en guise "d'allèchement", la 4ième de couverture:

Né le 1er mai 1884 à Nancy, Eugène DIEUDONNE est impliqué dans l'affaire Bonnot, quand Peemans et Caby, employés à la Société Générale, prétendent le reconnaître comme leur agresseur dans l'attentat de la rue Ordener, à Paris, le 21 décembre 1911.

Arrêté le 29 février 1912, Eugène DIEUDONNE comparaît le 3 février 1913 avec les rescapés de la bande à Bonnot, devant la cour d'assises de la Seine. Bien que GARNIER d'abord, Jules BONNOT ensuite l'aient innocenté, Caby maintient ses accusations: Je jure que c'est lui [...] je le jure sur la tête de ma petite fille. C'est vous mon agresseur. (Gazette des Tribunaux, 9 février).

En vain, Eugène DIEUDONNE proteste de son innocence. Le 28 février 1913, il est condamné à la peine de mort. La sentence prononcée, CALLEMIN, qui venait d'être lui-même condamné à la même peine, déclara être, avec GARNIER, l'auteur de l'agression contre Caby: Eugène DIEUDONNE ne se trouvait pas rue Ordener.
Mais cette déposition arrive trop tard.

La peine capitale d'Eugène DIEUDONNE est commuée en travaux forcés à perpétuité.

Au bagne, il tente plusieurs fois de s'évader.
Il y réussit le 6 décembre 1926.

Il est finalement gracié, après les campagnes d'Albert LONDRES et de Louis Roubaud, et s'établit alors comme fabricant de meubles dans le faubourg St-Antoine où il écrit La Vie des Forçats, préfacée par Albert LONDRES.

Il meurt le 21 août 1944, à l'hôpital d'Eaubonne (Seine-et-Oise).

Photos: portrait d'Eugène DIEUDONNE:
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"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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Alayn

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* 19/04/2010, 22:33
Message #2
PREFACE

Il est des expressions très contemporaines exprimant, à n'en pas douter, toute l'ambiguïté des systèmes autoritaires qui habillent de mots l'oppression qu'ils masquent par souci de respectabilité.

Ainsi la guerre humanitaire reste la guerre et le centralisme démocratique n'a jamais prétendu qu'au centralisme.

L'Etat de droit, de la même façon, n'a d'autre but que de maintenir l'Etat.

Eugène DIEUDONNE qui fut opposant à l'Etat et défenseur du droit pour tous à être libres, devait payer de sa propre liberté, la fidélité à ses convictions.

Eugène DIEUDONNE est, à une paire de décennies près, notre contemporain. La France se réclamant de VOLTAIRE défenseur de Calas, fière de ses principes de tolérance et de justice n'a pas cru bon devoir réhabiliter un innocent condamné par erreur, puni par entêtement.

Avec la minutie du détail et la précision des informations, le texte qui suit évoque cette vie douloureuse dont la lecture participera de notre devoir de mémoire et aiguisera l'indispensable critique de la justice de classe dont le souci premier n'est pas la justice.

Jean AUBEL
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Alayn

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* 19/04/2010, 23:22
Message #3
PROLOGUE

Paris Mars 1928.

Après avoir dîné, changé de col et s'être rasé, Eugène DIEUDONNE, comme tous les soirs depuis quelques semaines, embrasse sa femme et sort de l'arrière boutique d'ébénisterie, son logis au 75 de la rue du Faubourg Saint-Antoine.

Ce quartier de Paris spécialisé dans la fabrication des meubles abrite et regroupe tout ce que la capitale compte d'artisans et d'ouvriers des métiers du bois.

L'homme est légèrement voûté mais l'allure encore jeune, son visage prématurément vieilli est creusé de profondes rides, la bouche marquée d'un pli amer lui donne un air désabusé.

L'éclat de ses yeux noirs autrefois rieurs, luit aujourd'hui d'une fièvre inquiétante et si le regard a gardé une certaine tristesse, il y subsiste une détermination acharnée.

Son front barré d'un sillon horizontal contribue à doter son visage d'un air entêté. Ses grandes pognes de travailleur manuel qu'il ne sait où mettre lorsqu'elles sont inoccupées sont résolument enfoncées dans les poches de son pantalon maintenu à la taille par une grosse ceinture de flanelle et par une robuste paire de bretelles pour faire bonne mesure.

Il marche d'un pas rapide, la tête dans les épaules, s'enfonçant dans la nuit tombante, en direction de la station de métro Charonne. Dans la rame qui l'emmène vers le théâtre du Nouvel Ambigu, où il se produit chaque soir, interprétant son propre rôle dans la pièce qu'Harry Mass et Maurice Prax ont adaptée du livre d'Albert LONDRES, Au bagne, Eugène DIEUDONNE songe à l'étrange parcours de sa vie jalonné des luttes sociales de sa jeunesse, de son engagement syndical, de son engagement politique aux côtés de ses frères anarchistes et des rencontres, plus ou moins opportunes.

Il songe au sort du jeune homme candide et idéaliste qu'il fut et dont la destinée bifurqua brusquement un jour de 1912, lors du procès retentissant dont il fut l'un des protagonistes. Il évoque, pour lui-même, sa condamnation, les seize années qu'il passa au bagne de Guyane où il s'efforça de survivre dans un milieu abject et corrompu. Il repense à sa détermination de rester un homme digne de ce nom face à l'implacable machine à écraser les volontés et à laminer l'espoir. La révolte qui le conduisit par trois fois à s'évader était de même nature que celle qui l'amena autrefois au combat politique. Pour lui, les situations ne sont pas intangibles ; il se l'est prouvé en réussissant enfin l'aventure incroyable de sa dernière évasion. Après un bref séjour au Brésil, il avait obtenu la grâce qui lui permit son retour en France.

Le bruit régulier du train cadence le fil de ses pensées. Peu à peu, les panneaux émaillés où se reflète la lumière jaune des ampoules et l'intermittente publicité Dubonnet, animant en cadence les fenêtres, cèdent progressivement la place à une ancienne ballastière envahie par les eaux de la Meurthe à la sortie de Nancy où un groupe de gamins, par un bel après-midi de l'été 1897, se baigne avec délice.

Philippe BLANDIN
(Remerciements à Jean Aubel, Nicole Fortier et Eric JARRY)

Photo: Eugène DIEUDONNE:
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Alayn

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* 19/04/2010, 23:51
Message #4
LES ANNEES MILITANTES

Au milieu des rires et des éclaboussements, une voix retentit...
-Eugène !... Eugène !... Viens, sors de l'eau, dépêche-toi, viens vite que j'te dis...
-Ben que se passe-t-il ?
demande un des gosses.
-C'est ton père, mon pauv' gars, il a eu un accident.

Camille Eugène DIEUDONNE a treize ans ; son père, encore dans la force de l'âge, ouvrier charpentier vient de tomber d'un toit. Pas d'assurances, pas de couverture sociale, les quelques jours d'agonie du pauvre homme tarissent les maigres économies du ménage. C'est avec son frère aîné, sa soeur et sa mère qu'Eugène assiste aux obsèques dans le carré des indigents du cimetière de Nancy, accompagnés de quelques charpentiers que leurs conditions de vie et de labeur ont conduis, comme l'ami qu'ils portent en terre, à se syndiquer.

Bien qu'en année de certificat d'études (diplôme étalon en cette fin de siècle, véritable bâton de maréchal des petits pauvres, seule lueur d'espoir pour échapper à un avenir tracé d'avance) Eugène, nécessité oblige, abandonne l'école et rentre en apprentissage dans une maison d'ébénisterie de la rue de la Commanderie qui emploie déjà son frère.
Le jeune garçon révèle des aptitudes pour ce métier et devient rapidement un bon ouvrier.
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podcol

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Lieu : Creuse et Normandie

* 20/04/2010, 00:10
Message #5
Très interessant, merci Alayn, mais quel boulot !



"Colère et intolérance sont les ennemis d'une bonne compréhension"
Gandhi
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Alayn

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* 20/04/2010, 00:25
Message #6
Le modern'style également appelé école de Nancy, qui bénéficie alors des faveurs du public va assurer quelques années de prospérité aux fabricants de meubles et, dans une moindre mesure, à leurs employés.

Eugène, élevé au rang de compagnon, ne touche toujours que son salaire d'arpette (apprenti). Il le fait remarquer au comptable, un jour de paye et n'obtient pour toute réponse qu'un trait à l'encre rouge soulignant son nom sur le registre (désignant les fauteurs de trouble et autres agitateurs). Pas réellement satisfait du résultat de sa démarche, il se met à fréquenter les réunions syndicales qui se tiennent régulièrement le samedi soir au café BACH sur le port, au grand dam de Mme Dieudonné mère. C'est la révélation. En quelques mots simples, le discours des orateurs de ces séances, lui fait prendre conscience de sa condition d'ouvrier, de l'injustice énorme dans laquelle le monde évolue, de la nécessité absolue d'un changement radical de la société, des humiliations subies au quotidien, du bourrage de crâne de l'Eglise et surtout de l'évidence de leur force à eux, les plus petits au pied de l'échelle sociale, eux qui sont dix millions en France et si ces dix millions se rendaient compte de leur importance, que de choses on pourrait accomplir. Il se jette à corps perdu dans le militantisme anarcho-syndicaliste et dans la lecture de Pierre-Joseph PROUDHON, Michel BAKOUNINE, Max STIRNER, Elisée RECLUS... s'abonne à des feuilles contestataires. Il rêve de révolution mais pas du type de celles de 89 ou de 48 qui n'ont fait que remplacer des oppressions par d'autres. Il préfère celle des libertaires prônant une société idéale où la tâche de chacun serait fonction de ses aspirations, permettant à chaque individu de se réaliser et où le temps de travail n'excéderait pas le temps de loisir. Il faudra attendre 1906 pour voir officialiser le repos hebdomadaire du dimanche. Il rêve d'un monde où la police, la justice, l'armée, la religion, l'argent, ne seraient plus les maîtres du monde, où l'Etat se ferait de moins en moins pesant et directif, jusqu'à disparaître totalement devant la raison et la sagesse universelles.
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Alayn

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* 20/04/2010, 01:14
Message #7
ELISEE RECLUS

[Le 15 mars 1830, naissance d'Elisée RECLUS à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Géographe, théoricien du mouvement libertaire et militant anarchiste.

Issue d'une famille protestante, Elisée RECLUS fait ses études de géographe à Berlin, avant de parcourir le monde. En 1871, il prend une part active à la Commune de Paris. Arrêté les armes à la main, il est condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Mais, grâce au soutien de la communauté scientifique, sa peine sera commuée, le 3 février 1872, à dix ans de bannissement. Il rejoint alors son frère Elie (également anarchiste et communard) en Suisse, et participe activement à la Fédération Jurassienne, avec Michel BAKOUNINE et James GUILLAUME. En 1877, il rencontre Pierre KROPOTKINE, qui deviendra son ami.

Après la Suisse, c'est en Belgique, à Ixelles (commune bruxelloise) qu'Elisée RECLUS s'installe. Très actif, c'est sous son impulsion qu'une Université Nouvelle est créée, ainsi qu'un Institut des Hautes Etudes (en 1894) dans lequel il enseignera.

Auteur prolifique, Elisée RECLUS a participé à de nombreuses revues, brochures et journaux: Le Révolté, L'Insurgé, Le Cri du Peuple, etc.

Mais il est surtout l'auteur de l'extraordinaire Géographie Universelle (19 volumes), et de L'Homme et la Terre (6 volumes), ouvrages de géopolitique dans lesquels il analyse le rapport de l'homme et de son environnement, et aborde des sujets très variés (éducation, naturisme, etc.). Elisée RECLUS meurt le 4 juillet 1905. Le dernier volume de L'Homme et la Terre ne sortira qu'après sa mort (édité par son neveu Paul RECLUS).

Celui qui commande se déprave, celui qui obéit se rapetisse. La morale qui naît de la hiérarchie sociale est forcément corrompue.
Elisée RECLUS.]

-Encadré extrait de L'Ephéméride Anarchiste perso.club-internet.fr/ytak/ . Merci à eux !

Photos: Elisée RECLUS (la première photo a été prise en Suisse en 1879) et couverture de l'un des ouvrages L'Homme et la Terre:
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Alayn

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* 20/04/2010, 02:13
Message #8
LES ANNEES MILITANTES (Suite)

Durant cette période, Eugène DIEUDONNE est de tous les colloques, réunions, meetings et manifestations. Le souvenir de la Commune est encore très présent et ses vingt mille morts ne sont toujours pas digérés par les activistes de l'époque, pas plus que la terrible répression de Thiers, le boucher, n'est oubliée. Les militants savent bien que le pouvoir tient, à sa disposition, tout un arsenal répressif s'ils venaient à réclamer leur dû un peu trop fort. On a encore présents à l'esprit les scandales impliquant les hautes sphères de la troisième république. 1892: Panama, 1893: le président Grévy et l'affaire des légions d'honneur, 1894: l'affaire Dreyfus auxquels répondent coup pour coup les attentats anarchistes suicidaires ; 1892: RAVACHOL ; 1893: Auguste VAILLANT ; 1894: CASERIO et Emile HENRY...

Les têtes tombent, les mesures de protection de l'ordre bourgeois également. Le vote des lois scélérates qui permettent de perquisitionner à toute heure, d'arrêter arbitrairement, de juger et de condamner à huis clos quiconque est soupçonné d'anarchisme, la censure de la presse, l'infiltration des mouvements extrémistes par les mouchards de la police sont autant de réponses aux actes des hommes. La société se défend, du moins défend-elle ceux qui la dirigent.

Eugène n'est pas favorable à ces attentats individualistes ; il respecte trop la vie humaine, fût-elle celle d'un ennemi de classe et il pense que c'est par la prise de conscience de son sort que la classe ouvrière sera la plus apte à revendiquer son émancipation. La lecture d'Elisée RECLUS lui a procuré une totale confiance dans l'avancée du monde. Il lui apparaît comme impossible que la société soit éternellement dirigée par des brutes assoiffées de profit et de pouvoir. Il pense comme chose évidente que, dans un monde où progressent science et technique il n'y a plus de place pour de mesquins enrichissements individuels et que la société dans laquelle il vit aujourd'hui appartient d'ores et déjà à l'histoire ancienne. Les nouvelles technologies adouciront les conditions de travail et remplaceront progressivement l'homme dans les tâches les plus ingrates. Ce monde dont il rêve n'est qu'à deux pas tant il semble inéluctable, il suffit de le désirer et pour cela il faut faire ce qu'il faut: grèves, actions diverses, réunions, alphabétisation (pour se révolter, il faut être instruit à commencer sur son sort) et puis information, tracts, opuscules, affiches... information, information...

Photos: un ouvrage sur Emile HENRY, l'arrestation de RAVACHOL et l'explosion de la bombe à la chambre des députés déposée par Auguste VAILLANT:
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Alayn

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* 23/04/2010, 00:47
Message #9
Ce n'est pas l'ouvrage qui manque, le monde ouvrier de cette époque compte un million de syndiqués. Naïvement, Eugène se dit que si chacun de ses compagnons gagne sept camarades à la cause, l'affaire est faite, la révolution est pour demain. Bille en tête, il tente l'expérience sur sa propre famille. Déception, sa mère tout d'abord ; aux premières phrases enflammées, la pauvre femme se signe et lui déclare d'un air navré: Mon dieu, mon garçon ! Tu ne vas pas suivre le chemin de ton père à présent ? C'est qu'il m'en a fait tant faire du mauvais sang avec sa politique... Et d'ailleurs, Monsieur le curé l'a dit, il ne faut pas mettre le doigt là-dedans autrement toute la machine y passe.

Il essaie de convaincre son frère aîné à présent devenu contremaître et n'obtient qu'un haussement d'épaules et une mise en garde quant à la réaction de leur employeur. La tâche se révèle plus ardue qu'il n'y paraît. Il comprend que la lutte sera longue, mais au lieu de se décourager, il redouble d'activité. Il enchaîne action sur action, grève sur grève, se fait mal voir de sa direction qui le garde à son service eu égard à ses compétences. Il est fiché par la police, arrêté plusieurs fois pour agitation, vente de journaux séditieux, distribution de tracts ; bref, c'est le type même du révolté.

Photo: couverture de la brochure mise en ligne ici-même:
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Alayn

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* 23/04/2010, 01:30
Message #10
Le 1er mai 1904, il participe à une manifestation dans les rues de Nancy, drapeau noir en tête. Sans raison apparente, les gendarmes à cheval chargent la foule, frappant les manifestants du plat du sabre ou de la crosse de leur fusil et piétinant sans discernement hommes, femmes, enfants. Nombre des camarades d'Eugène s'écroulent sous les coups de la maréchaussée. Indigné, il ramasse une pierre et la lance avec adresse à la tête d'un maréchal-des-logis en lui criant au passage un Salaud ! retentissant. L'homme se retourne, fait pivoter son cheval et se met à pourchasser Eugène DIEUDONNE à travers les ruelles de Nancy. Eperdu, Eugène tente de se soustraire à la vue de son poursuivant en se plaquant à une porte cochère. Le bruit du pas du cheval se rapproche, il va être surpris, soudain la porte s'ouvre, une petite voix se fait entendre: Par ici, vite. Il s'engouffre dans la cour, il est sauvé. Son salut, il le doit à une petite lingère qu'il a déjà remarquée, rousse à n'en plus pouvoir, un petit nez à la retroussette, une voix cristalline.

-Vous l'avez échappé belle, lui dit-elle en tamponnant de son mouchoir le sang qui perle au front d'Eugène.
-Merci, bredouille-t-il, comment vous appelez-vous ?
-Louise, Louise Kaiser.

Eugène est ébloui. C'est un véritable coup de foudre. Suit alors le temps des doux serments et des grands projets sans oublier le prosélytisme. Il entreprend d'éduquer politiquement la jeune fille qui n'a en guise de conscience sociale que la haine des gendarmes qui ont voulu mettre à mal son héros.
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Alayn

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* 23/04/2010, 02:45
Message #11
Mais les roucoulades et les baisers volés sont interrompus par le service militaire. En toute cohérence, il est contre, et caresse un moment l'idée de s'insoumettre, acte considéré à l'époque comme une désertion et jugé par les tribunaux militaires, passible de quatre ans d'emprisonnement en forteresse, majoré de toute façon du temps de service (trois ans) dans un Bat d'Af (bataillons disciplinaires d'Afrique). Mais grâce aux efforts conjugués de sa mère et de sa petite fiancée, il renonce à ce projet et rejoint sa caserne, muni du manuel du soldat, précieux opuscule édité par les libertaires contenant quelques conseils pratiques pour rester en harmonie avec ses idées même sous le coup des vexations et humiliations qu'il ne manquerait pas de subir.

Il est libéré en 1907 en ayant fait le moins de compromissions possibles et, aussitôt, il épouse Louise civilement à la mairie de Nancy, au grand désappointement de sa mère qui aurait souhaité une cérémonie religieuse.

Louise à 19 ans, Eugène en a 23. La vie s'ouvre devant eux, ils s'aiment et leur union est très vite couronnée par la naissance d'un petit garçon qu'ils appellent Jean.

Eugène a retrouvé sans peine de l'emploi et donne satisfaction à ses patrons. Louise arrange gentiment leur petit logement. L'activité syndicale a repris également, et en dehors des meetings et réunions hebdomadaires, Eugène entreprend sérieusement de faire découvrir à sa jeune femme toutes les facettes de l'engagement politique. Il guide ses lectures, l'emmène aux réunions et il est assez fier de son rôle de Pygmalion lorsqu'il constate que, timidement au début, puis de façon de plus en plus affirmée, Louise participe aux discussions, pose des questions, prend la parole et même intervient carrément dans les débats. Les camarades, un peu déroutés au début, apprécient eux aussi la présence, à leur côté, de cette ravissante révolutionnaire tenant des propos à la fois pleins de verdeur et de candeur.
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Alayn

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* 23/04/2010, 03:19
Message #12
Parallèlement aux brochures propagandistes, elle dévore la presse féminine de l'époque et, ne tardant pas à s'ennuyer à Nancy, ne rêve que d'aller s'installer à Paris. D'abord rétif, Eugène finit par accepter, partagé entre le désir de faire plaisir à sa femme et la peine qu'il fait à sa mère.

La découverte de la capitale est conforme à l'idée que s'en faisait Louise à travers ses lectures. Grands boulevards, grands magasins, métro, cinémas, cafés concerts sont pour eux un émerveillement. Ce fourmillement et cette activité incessante leur donnent le vertige mais, après deux semaines d'éblouissement, les finances étant en chute libre, il faut essayer de rechercher du travail... Dans le faubourg Saint-Antoine, l'ouvrage ne manque pas. Muni de ses certificats, Eugène trouve sans peine une place. La question du logement est plus délicate mais, après quelques semaines passées place Clichy, dans l'hôtel meublé qui les avait accueillis le soir de leur arrivée, ils dénichent, rue de la Roquette, un petit deux pièces avec l'eau sur l'évier et les commodités sur le palier. Le prix du loyer leur semble exorbitant mais il est vrai que la paye est meilleure qu'à Nancy et puis qu'ils sont à Paris.

Après le temps nécessaire à leur installation, Eugène ne tarde pas à nouer des contacts avec des camarades de lutte. Son grand ami Charles Bill de Nancy, entre autres adresses, lui avait donné celle du journal L'anarchie, rue du Chevalier de la Barre à Montmartre derrière le Sacré-Coeur, où se tenaient des causeries populaires hebdomadaires sous l'égide d'Albert LIBERTAD.

Photo: La une d'un exemplaire datant de 1907 du journal L'Anarchie:
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Alayn

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* 24/04/2010, 02:44
Message #13
On ne connaissait que ce nom à cet étrange personnage, véritable chantre de la pensée libertaire, force de la nature aux jambes flageolantes (sans doute la polio), qui s'était, quelques années auparavant, traîné plus qu'il n'était monté à Paris depuis son Bordelais natal. Il avait acquis une certaine renommée dans les manifestations grâce à la technique qu'il employait contre les policiers. Au lieu de se sauver devant eux en claudiquant, il se laissait tomber sur le dos et faisant tournoyer ses béquilles au-dessus de lui, il pratiquait des coupes claires dans les rangs des adversaires qui passaient à sa portée, tout en les couvrant d'invectives de sa voix de stentor. Il fonda un journal hebdomadaire qu'il intitula L'anarchie avec un a minuscule ; pas de raison qu'une lettre, fût-elle la première de l'alphabet, prenne le pas sur les autres. Il y assurait les fonctions de rédacteur sans que, bien entendu, jamais n'apparaisse le mot chef. Il organisait en outre tous les lundis des causeries libres au siège du journal et accueillait les participants debout, vêtu de sa blouse noire de typographe, s'appuyant sur les épaules des soeurs Mahé qui lui tenaient lieu de secrétaires, de correctrices, de muses et de maîtresses pour faire bon poids. Ces causeries étaient animées par toute personne qui en manifestait le désir, dans l'ordre d'inscription et couvraient les sujets les plus divers.

Le public se composait d'anarchistes, bien entendu, mais également de curieux de tout poil, allant de jeunes gens de bonne famille que séduisaient les idées libertaires, à des militants convaincus en passant par des journalistes en mal de copie. On y côtoyait des bourgeois en goguette, des penseurs, professeurs, philosophes et autres intellectuels. On y évoquait Max STIRNER, NIETZSCHE, Le Dantec... On y parlait d'amour libre et de reprise individuelle, réponse radicale au vol que légalise la propriété. Puisque la propriété est le vol, volons la propriété, en particulier les moyens essentiels et nécessaires à la survie dont nul ne devrait être privé, comme la nourriture, les vêtements, le logement, le transport. On s'enhardissait à encenser le cambriolage, la fabrication et la diffusion de fausse monnaie (tout cela ne dépassant pas le stade artisanal). On y entendait parfois quelques Julos casse-croûte (ambigus individualistes) justifier le "travail" qu'ils obligeaient leurs femmes à pratiquer dans les quartiers chauds de la capitale par le fait qu'ils faisaient cracher le bourgeois. Ces théories pour le moins étranges et fumeuses s'opposaient aux revendications légitimes des femmes de ce début de siècle qui possédaient moins de droits que les enfants pourvu qu'ils soient nés garçons.

Photos: La couverture du livre "Le Culte de la Charogne" d'Albert LIBERTAD et son portrait jeune:
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Alayn

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* 24/04/2010, 03:29
Message #14
Albert LIBERTAD régnait sur ce public, donnant tort ici et raison là. Il dominait l'assistance composite du haut de la méchante estrade qui lui tenait lieu de tribune. Il donnait alors libre cours à son intarissable faconde, ne craignant pas d'aborder tous les sujets. Eugène et Louise sortent très ébranlés de cette première causerie et, les idées faisant leur chemin, ils y retournent la semaine suivante, puis celle d'après, jusqu'à en devenir de véritables habitués. Dans ses souvenirs, Eugène DIEUDONNE parle ainsi d'Albert LIBERTAD: Il était populaire dans tout Paris, il allait pieds nus dans des sandales, été comme hiver, le front bombé et dégarni, la barbe hirsute, les cheveux longs et la tête nue, en appui sur ses béquilles, toujours accompagné des soeurs Mahé, deux anciennes institutrices qui l'aidaient dans sa tâche d'imprimeur. Il prenait la parole dès qu'un rassemblement se formait quelque part, il avait la voix forte avec un sérieux sens des nuances et savait tenir son auditoire. C'était une manifestation à lui seul.


Photo: Albert LIBERTAD:
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Alayn

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* 26/04/2010, 02:30
Message #15
Les Dieudonné ne tardent pas à faire des rencontres. Un jeune homme s'impose à leur sympathie. La gouaille dont il émaille les débats et sa voix de titi parisien les amusent. Il s'appelle André SOUDY, il a 17 ans, l'impertinence de son âge et la phtisie.

Un soir, un orateur tente de convaincre l'assistance de sa bonne foi à être des leurs...
-Mes amis, je pense avoir fait mes preuves, vous ne devez plus douter de mes convictions anticléricales, je ne suis pas baptisé pas plus que je ne suis marié à l'église... Pour mériter votre confiance, que dois-je faire de plus ?..
-Fais-toi enterrer civilement, pauv'type,
crie la voix gouailleuse.

Une autre fois, à propos de l'opportunité du déroulement des choses et des évènements, un tribun d'occasion évoque, de façon fumeuse, le hasard qui fait si bien les choses...
-Toi, t'as pas dû être fait par hasard, eh ! Bille persifle le petit parigot.

Ce type de commentaires est, bien entendu toujours accueilli par force rires et applaudissements. A d'autres moments, tout ne se déroule pas si bien et l'aimable assistance joint les actes aux paroles. Certaines réunions, en effet, se terminent en pugilat. Les chaises et coups de poing volent bas. Un soir d'échauffourée, alors que Louise se cramponne au bras de son mari, un voisin de tribune, au physique avantageux, qu'elle a remarqué depuis un certain temps, se détache du public et s'avance sur l'estrade. En quelques paroles mesurées et choisies, il ramène un semblant de calme dans la salle avec, au fond, il est vrai, la présence rassurante d'Albert LIBERTAD. André LORULOT va se rasseoir à côté de la jeune femme, frisant sa moustache de satisfaction, certain d'avoir produit une forte impression sur la petite provinciale. C'est un homme d'une quarantaine d'années, mince, dégarni, à la moustache abondante, d'une incroyable volubilité, coiffé d'un canotier ou d'un panama suivant la saison, toujours vêtu de clair et la cravate nouée en Lavallière. Il s'érige un peu en dauphin d'Albert LIBERTAD et s'il possède, lui aussi, des sympathies pour l'illégalisme, il s'en méfie et développe plutôt des raisonnements à propos de la prostitution et de l'amour libre prônant la vie en commun et le partage des femmes et des enfants. Il émet également des idées à propos de l'alimentation. Végétarien à ses heures, il se passionne tantôt pour la banane, dans laquelle il pense trouver une solution à la nutrition du monde, tantôt pour la baleine, le plus gros mammifère de la création, forcément riche en énergie.

L'évolution des techniques le séduit. C'est un anarchiste scientifique, remettant en cause les savoirs empiriques, faisant totalement confiance au progrès et aux expériences nouvelles.

Photos: André SOUDY et André LORULOT:
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"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 26/04/2010, 03:07
Message #16
Très impressionnés par toutes ces théories, Eugène et Louise se mettent à fréquenter ce curieux personnage qui ne tarde pas, tout comme André SOUDY, à devenir un familier du couple. Louise se met à contempler le drôle de petit homme avec les yeux dont elle couvait son mari au début de leur relation. Eugène sent bien qu'il se passe quelque chose. Il est un peu agacé par l'attitude de sa femme qui rit trop fort aux plaisanteries d'André LORULOT et remarque qu'elle lui jette des regards jusqu'alors à lui réservés. Louise est littéralement sous le charme. Elle insiste désormais pour se rendre aux causeries d'Albert LIBERTAD où elle est sûre de rencontrer l'homme qui l'éblouit.

Petit à petit, les relations du couple se tendent. Eugène sent sa femme s'éloigner de lui. Elle lui reproche de ne pas trouver de quoi la retenir ; éternel combat entre l'amour bourgeois qui opprime et l'amour libre qui déprime. Après plusieurs mois de ce régime et à la suite d'une dissertation brillante d'André LORULOT sur la liberté des femmes à disposer d'elles-mêmes et de l'immoralité du mariage, Louise devient sa maîtresse. Tout d'abord clandestine, leur relation ne tarde pas à s'affirmer au grand jour.

Eugène, abasourdi, ne peut, eu égard à ses convictions, étaler ses états d'âme, il a beau examiner le problème sous tous les angles et multiplier les efforts pour tenter de fléchir la décision de son épouse, il s'interdit d'intervenir et, alors que son instinct le pousserait à massacrer son rival, il fait bonne figure et s'accommode de la situation.

Photo: "L'Idée Libre", journal dont fut rédacteur en chef André LORULOT:
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Alayn

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Lieu : Creuse

* 26/04/2010, 03:38
Message #17
Vers la fin de 1908, Albert LIBERTAD meurt à la suite d'une manifestation en faveur des grévistes de Draveil. Cette fois-ci, sa technique de la tortue est inopérante et les coups des agents ont raison de sa vieille carcasse.

Il expire à l'hôpital Bichat, non sans avoir légué son corps à la science.

André LORULOT, désormais maître du destin de L'anarchie va ajouter au désarroi d'Eugène en proposant à Louise de sauter le pas et de vivre avec lui dans la communauté qu'il a décidé d'installer à Romainville, en banlieue parisienne au nouveau siège du journal.

La propriété est constituée d'un corps de logis bourgeois et de nombreuses dépendances. Elle offre bien des possibilités et les théories farfelues du nouveau gérant vont pouvoir être mises en application: vie communautaire, expériences alimentaires, jardinage, bricolage, etc...

La taille et la nature des bâtiments vont permettre de faire fonctionner la règle d'entraide sacrée dans le milieu libertaire et d'héberger ainsi tout camarade qui se présente, sans qu'il lui soit posé de questions ni demandé d'argent, laissant à sa discrétion le prix de sa pension.

C'est dans cette sorte de phalanstère que Louise et André LORULOT s'installent courant 1909, laissant Eugène DIEUDONNE aux prises avec le désespoir.

Photos: André LORULOT en 1921 et la couverture d'un ouvrage récent de Céline BEAUDET publié aux Editions Libertaires:
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véronique

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* 26/04/2010, 21:54
Message #18
ça peut pas s'arrêter comme ça !! la suite, la suite......... wink.gif
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Alayn

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Lieu : Creuse

* 29/04/2010, 21:53
Message #19
Bonsoir ! Bien sûr que non ! (arf !) Très bientôt, la véritable histoire de la bande à Bonnot + une vue de l'intérieur saisissante de la réalité du bagne (Cayenne and co)



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Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 30/04/2010, 22:16
Message #20
Parmi les habitants permanents ou temporaires de ce phalanstère, on pouvait rencontrer entre autres jeunes gens, des personnages qui ne tarderaient pas à devenir célèbres.

Victor KILBATCHICHE par exemple, ce jeune slave, né en 1891, aux yeux rêveurs, dont le père poursuivi en Russie pour ses idées sur le partage des terres, a été contraint à l'exil. A travers l'errance de sa famille, il est témoin de toutes les misères et de toutes les injustices sociales. A l'âge de huit ans, il assiste à l'agonie de son jeune frère souffrant de malnutrition. Cette confrontation à la cruauté de la vie va le conduire sur le chemin de l'engagement politique. Il profite d'abord de l'exemple de son père qu'il juge beaucoup trop modéré. C'est ensuite aux côtés des anarchistes qu'il commence son parcours de militant. Il passera de la rédaction de journaux libertaires au combat actif aux côtés des républicains espagnols, non sans avoir vécu et rendu compte, par ses écrits, de la révolution russe, sous le pseudonyme de Victor Serge et d'avoir tâté des geôles de Staline en Sibérie.

Il poursuit ses études secondaires à Bruxelles et devient l'ami d'un gamin de son âge avec lequel il s'associe pour vendre des journaux subversifs et distribuer des tracts politiques.

Photo: Victor KILBATCHICHE, plus connu sous le pseudonyme de Victor SERGE:
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