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> Eugène DIEUDONNE, [L'un de la bande à Bonnot]

Alayn

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* 30/04/2010, 22:33
Message #21
Ce jeune belge s'appelle Raymond CALLEMIN, c'est un garçon de petite taille dont le visage fin et grave, barré d'un pince-nez à l'ancienne lui donne l'air d'un adolescent trop sérieux. Ses lèvres minces affichent un sourire amer et un peu provoquant, une farouche détermination se lit dans ses yeux clairs. Il s'intéresse et fait confiance au plus haut point aux nouvelles technologies qu'offrent les progrès scientifiques de ce début de siècle. La façon péremptoire dont il assène ses connaissances livresques plus ou moins bien digérées, lui vaut le surnom de Raymond la Science. Il fait partie de ceux qui pensent qu'utilisé pour les hommes et non pour le profit, ce progrès est la seule voie qui soulagera l'humanité.

Photo: Raymond CALLEMIN:
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Alayn

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* 30/04/2010, 22:48
Message #22
Les deux amis vont également rencontrer Edouard CAROUY, belge lui aussi, de sept ans leur aîné, un colosse aux traits épais, terriblement avare, végétarien et buveur d'eau comme la plupart des anars de son temps. Carré de tête et roux de poil, il porte barbe taillée en pointe et moustache en croc. Il est brocanteur et cambrioleur à ses heures. C'est un émule de la reprise individuelle ; on raconte que dès qu'il a trois sous, il achète des oiseaux afin de les libérer.

Photo: Edouard CAROUY:
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Alayn

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* 30/04/2010, 23:04
Message #23
Ils fréquentent aussi Octave GARNIER, né en 1889, venu dès l'âge de quatorze ans au militantisme syndical sous l'influence de son beau-père. Activisme oblige, il trouve de moins en moins de travail, un sentiment de persécution le taraude, si bien que lors de sa mobilisation, il opte pour l'insoumission et se réfugie en Belgique. Ce beau jeune homme, athlétique et élégant, au regard noir et brillant, est devenu après quelques mois passés là-bas, réfractaire à tout, révolté et cynique. C'est aux dires de Victor KILBATCHICHE une force errante lâchée en quête d'il ne sait lui-même quoi (Les bandits tragiques, Victor MERIC, 1924, éditions Kra).

Photo: Octave GARNIER:
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Alayn

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* 30/04/2010, 23:31
Message #24
Ils font la connaissance de René VALET, serrurier parisien, féru de poésie. Ce garçon sain et bien bâti, au long visage émacié qu'illumine une tignasse flamboyante et des yeux verts, vient quant à lui aux idées libertaires non pas à cause de la misère, mais par dégoût de l'injustice.

L'élément déterminant de son engagement va être l'exécution, en 1909, du cordonnier Liabeuf. Cet homme accusé à tort de proxénétisme fait presque deux ans de préventive, sur dénonciation de trois inspecteurs, eux-mêmes d'authentiques souteneurs. Reconnu innocent et libéré, obsédé par l'idée de se venger, puisque la société lui refuse tout recours et toute indemnité, il règle, l'un après l'autre, le compte des trois responsables de son infortune. Il est naturellement arrêté et condamné à mort.

A l'issue d'une nuit d'émeutes, la veille de l'exécution, où participe tout ce que compte Paris de gens épris de justice et d'adversaires de la peine de mort, où Jaurès en personne est assommé, où un policier est tué, où pour finir la tête de Liabeuf roule tout de même dans le panier, sous les huées de la foule, René VALET, ravagé d'indignation résiste au désir de tirer sur les symboles vivants de cet ordre inique et assassin...

Il refuse de cautionner ce système en accomplissant ses obligations militaires, et trouve dans l'exil un refuge à son insoumission.

La manifestation en faveur de Liabeuf fit pour la première fois s'intéresser le pouvoir à l'opportunité des exécutions capitales en public.

Le peuple à qui l'on offrait ces boucheries en spectacle, commençait à les trouver écoeurantes, et plutôt que de risquer une remise en cause de la peine de mort elle-même, on préféra, à partir de 1938 les soustraire aux regards. Ce qui permit de les perpétuer jusqu'en 1978.

Photos: René VALET et l'exécution de Liabeuf:
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Alayn

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* 01/05/2010, 00:12
Message #25
Tous ces jeunes gens ont comme point commun l'intérêt qu'ils portent à la règle généreuse et révoltée à la fois, qu'offre l'anarchie. Ils se nourrissent des exploits de ceux pour qui la bombe est la seule réponse aux fusilleurs d'ouvriers. Les grands anciens sont naturellement vénérés, eux qui dans les années 1890 ont fait régner la terreur noire et fait trembler la société, (Auguste VAILLANT, Emile HENRY, RAVACHOL, etc...), mais aussi les contemporains, aux actes moins glorieux il est vrai, des exilés russes pour la plupart, échappés de l'enfer de la Sibérie, qu'exaspèrent l'embourgeoisement et la résignation des classes laborieuses occidentales. Tatiana Léontiéva par exemple, qui assassine, en Suisse, un inconnu, au simple motif qu'il est le sosie d'un ministre du Tsar. Ou encore un certain Rips qui tire à Paris sur la Garde Républicaine. De leur côté, les gendarmes de Clémenceau ne sont pas en reste ; ils font feu sur des grévistes à Draveil et renouvellent leur exploit sur le public venu assister à l'enterrement des victimes (Ils ont tué Bonnot, William CARUCHET, Calmann-Levy, 1990). La violence et la mort sont monnaie courante dans la lutte politique de cette époque. Paris les attire, le Paris de la Commune, celui où siège le parti socialiste révolutionnaire, celui où Lénine, exilé, rédige son Iskra. Les Belges séduits par toutes ces actions et les exilés qui ne se sentent plus en sécurité à Bruxelles, ont choisi de rentrer en France.

C'est ainsi que nous les retrouvons début 1910, fréquentant plus ou moins activement le phalanstère de Romainville. Octave GARNIER ramène avec lui la belle Marie Vuillemin qui a quitté époux et emploi pour le suivre.

Victor KILBATCHICHE fait la connaissance de Rirette MAITREJEAN, une jeune femme brillante, ancienne institutrice, qui porte blouse noire et sage col blanc. Elle a les cheveux courts comme les suffragettes dont elle partage les idées. Son ex-mari, un extrémiste rêveur, est en prison pour émission de fausse monnaie ; elle l'a quitté quelques temps auparavant, réprouvant son engagement parmi les illégalistes, qu'elle juge puérils.

Elle est, suivant sa propre définition, une militante anarchiste, pas une délinquante. Les deux jeunes gens se reconnaissent et ne tardent pas à se fréquenter assidûment.

Photo: Rirette MAITREJEAN avec Victor KILBATCHICHE, alias Victor SERGE, surnommé aussi Le RETIF:
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Alayn

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* 01/05/2010, 00:41
Message #26
Les débats vont bon train dans ce vivier d'idées, sous l'égide d'André LORULOT et de Louise promue égérie de ce microcosme. On l'appelle désormais La Vénus Rouge, surnom dû davantage à sa chevelure rousse et au tempérament de braise qui la caractérise qu'à son activité militante. Néanmoins, elle ne se prive pas de disserter avec beaucoup d'aplomb à propos de l'amour libre, de la condition féminine ou du statut de prostituée légale des femmes mariées qui accomplissent leur devoir conjugal afin d'être logée et nourrie par leurs maris. Ces propos mettent Eugène DIEUDONNE au supplice lorsque ce dernier passe lui rendre visite, mais ne voulant risquer de passer pour un esprit faible, il prend son mal en patience, et fait dès lors autorité, en matière de largesse d'esprit, il obtient sans difficulté le respect de ses camarades. En effet, nul ne peut se prévaloir d'avoir surpris Eugène DIEUDONNE en flagrant délit de jalousie, ce sentiment contre nature qui contient en germe toutes les tares du système. Sa nature profonde le pousserait plutôt à casser la figure de son rival, mais raison oblige, il joue les blasés et emploie toute son énergie à dominer ses instincts. La situation s'éternise ainsi durant deux ans et à courts d'arguments, écoeuré, désabusé, en juin 1911, Eugène DIEUDONNE quitte son emploi, va saluer ses amis, embrasser celle qui fut sa femme, mais qui lui a néanmoins conservé son amitié, et s'en va à pied, les poches vides, à Nancy, pour chercher un peu d'affection auprès de sa vieille mère qui élève tendrement le petit Jeannot, et rencontrer auprès de ses amis une compréhension qu'il n'a jamais trouvée à Paris. Il se remet rapidement au travail en se faisant embaucher chez un artisan ébéniste.

Photo: Eugène DIEUDONNE:
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Alayn

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* 01/05/2010, 01:11
Message #27
Pendant ce temps, à Romainville, on fréquente l'ami André SOUDY surnommé tendrement Bécamel, toujours prêt à rendre service. Il assure même la garde des deux petites filles de Rirette MAITREJEAN lorsqu'elle s'absente pour la Cause. Sorte de gribouille moderne, il représente le type même du pas de chance (La bande à Bonnot, Bernard THOMAS, Tchou, 1968).

A treize ans, il gagne sa vie comme commis d'épicerie ; bien vite syndiqué, il récolte un mois de cellule pour distribution de tracts. Sa peine se mue en huit mois de prison après qu'on ait trouvé chez lui du matériel de cambriolage entreposé là par des camarades (toujours le devoir d'entraide...). Il en sort phtisique et révolté, prêt à toutes les sollicitations. A part Victor KILBATCHICHE et Rirette MAITREJEAN, tous sont devenus de farouches individualistes, d'ardents adeptes de la reprise individuelle allant du simple chapardage au cambriolage organisé. Ils ont fait leurs, les paroles de Max STIRNER qui clame: Vive moi ! Si c'est juste pour moi, c'est juste ! Il est possible que ce ne soit pas juste pour les autres ; c'est leur affaire et non la mienne, qu'ils se défendent à leur tour.

Photos: Portrait d'André SOUDY et couverture du livre de Max STIRNER:
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Alayn

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* 01/05/2010, 01:46
Message #28
Ils sont tous à la recherche d'une liberté idéalisée et insaisissable.

Tout le monde a pris des responsabilités à la conception du journal.

René VALET assure la typographie, Edouard CAROUY et Octave GARNIER s'occupent de l'impression sur l'antique presse à bras. Raymond CALLEMIN gère les finances et corrige les papiers. Victor KILBATCHICHE et Rirette MAITREJEAN écrivent des articles de fond, tandis qu'André LORULOT continue de prôner ses théories hardies sur l'alimentation et l'organisation sociale. Victor KILBATCHICHE prend de l'ascendant sur le petit groupe, et réprouve de plus en plus souvent les illégalistes dont il juge les méthodes anti-révolutionnaires. Au terme de longues discussions houleuses, il est fréquemment mis en cause par ses amis.

Le schisme semble désormais inévitable et les graves dissensions qui éclatent durant l'automne 1911, entre les divers intervenants au journal, précipitent la dislocation de l'équipe.

Victor KILBATCHICHE et ses fidèles installent la nouvelle rédaction rue Fessart dans le 20ème. André LORULOT et Louise restent à Romainville où ils tentent de faire survivre l'idée du phalanstère tout en gardant des contacts avec leurs anciens lecteurs, tant par l'intermédiaire de la librairie L'idée libre, passage de Clichy, qu'ils dirigent à présent, qu'à travers les articles qu'ils continuent de livrer régulièrement à L'anarchie.

Photo: Bandeau du journal L'anarchie:
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* 01/05/2010, 02:23
Message #29
Sous l'Influence de Victor KILBATCHICHE, le journal retrouve un ton plus militant et moins versatile, ce qui n'empêche pas Raymond CALLEMIN de s'opposer de plus en plus fréquemment à la rédaction. Il va jusqu'à traiter ouvertement Victor KILBATCHICHE de renégat et de traître, à cause d'un papier où ce dernier s'en prend une fois de plus, sans ménagement, aux illégalistes.

Tout est consommé entre les deux amis d'enfance et Raymond CALLEMIN quitte le journal en claquant la porte. Un vent mauvais semble souffler sur la petite communauté, et le torchon brûle, même entre les amants de Romainville.

A la suite d'une terrible dispute, André LORULOT excédé, jette une pile de tracts à la tête de Louise. En larmes, elle se réfugie sous la protection du petit Raymond la Science, témoin de l'échauffourée. Raymond CALLEMIN la prend sous son aile, lui loue une chambre d'hôtel, et plus troublé qu'il ne voudrait se l'avouer, expédie un télégramme à Eugène DIEUDONNE pour lui annoncer la bonne nouvelle. Sans perdre une minute, ce dernier saute dans un train afin de tenter la reconquête de sa femme.

Le 29 novembre, ayant fait le voyage de Nancy, il rencontre son épouse qui lui laisse entendre qu'elle ne serait pas opposée à la reprise de la vie commune, mais qu'en aucun cas, elle ne retournera à Nancy.

Au comble de la félicité, Eugène DIEUDONNE qui attend dans un café l'heure de son train, pour aller régler les détails de son prochain retour à Paris, est abordé par un homme de taille moyenne, les cheveux châtains, une petite moustache soigneusement taillée, un nez en pied de marmite et des yeux gris, perçants et volontaires. Il se recommande d'un ami et demande à Eugène DIEUDONNE si ce dernier peut l'héberger quelques jours.

-Je ne suis que de passage ici, répond Eugène DIEUDONNE. En revanche je connais un petit meublé rue Nollet, derrière la place Clichy, bien tranquille et pas trop cher. D'autres copains y logent et c'est là que je descends lorsque je viens à Paris. Son interlocuteur le remercie et lui propose de se revoir bientôt.
-C'est entendu, fait Eugène DIEUDONNE. Mais au fait comment t'appelles-tu ?
-Bonnot, Jules Bonnot.

Eugène DIEUDONNE ignore encore qu'il vient de faire une rencontre capitale qui va bouleverser irrémédiablement son avenir.

Photo: Jules BONNOT:
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Alayn

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* 07/05/2010, 02:28
Message #30
LA BANDE A BONNOT

On ne savait pas grand chose de Jules BONNOT lorsqu'il arriva dans la capitale, sinon que pour fuir la police il s'était échappé de Lyon dans une auto. Né dans le département du Doubs en 1876, dans un milieu ouvrier, Jules BONNOT se consacre au métier de mécanicien ajusteur aux ateliers de constructions Berliet. Il y apprend la réparation et la conduite des automobiles. Mal noté au service militaire à cause de son caractère trop entier, il se fait mal au retour à la vie civile, se marie, et ne tient pas en place. Il change fréquemment d'emploi en raison d'incompatibilité d'humeur avec ses chefs. La naissance d'un petit garçon n'améliore pas les relations de plus en plus tendues qui règnent au sein du ménage.

Après quelques années, le couple se sépare au grand regret de Jules BONNOT qui adore son fils. Le divorce consommé, il mène une vie instable constituée de petites rapines, avec pour tout bagage une sacoche de cuir qui ne le quitte jamais, dans laquelle sont jetés pêle-mêle quelques vêtements, des brochures révolutionnaires, complétées des indispensables brownings et de leurs munitions. Il ne travaille plus qu'épisodiquement, bien que toujours très apprécié pour ses compétences professionnelles. Il s'expatrie quelques mois en Angleterre, pour se faire oublier et devient, dit la légende, chauffeur de Sir Arthur CONAN DOYLE, le futur créateur de Sherlock Holmes. De retour en France, il se fixe à Lyon, où il s'amourache de la femme d'un gardien de cimetière, Judith Thollon. Il ouvre un garage en association avec le mécanicien Petitdemange qui lui sert d'homme de paille. Sous le couvert d'une honnête activité de réparation automobile, Jules BONNOT va pouvoir écouler les véhicules sous forme de pièces détachées qu'il vole la nuit avec la complicité d'un anarchiste italien Joseph SORENTINO surnommé PLATANO.

la combine est bientôt éventée et Jules BONNOT n'a que le temps de fuir lorsque la police fait inopinément irruption dans son garage, arrêtant Petitdemange totalement abasourdi, d'autant plus qu'il est totalement étranger à la combine. Jules BONNOT se réfugie chez Judith, récupère son magot caché dans une tombe et prend la route de Paris au volant d'une La Buire volée (superbe automobile de luxe), accompagné de PLATANO, non sans avoir promis à sa maîtresse de revenir la chercher dès que l'orage serait passé.

On ne parlera pourtant jamais tant de lui que dans les mois qui suivront !

Photos: Jules BONNOT en 1896 et une La Buire:
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Alayn

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* 10/05/2010, 01:07
Message #31
A Paris, après avoir erré quelques heures dans les bars fréquentés par des sympathisants anarchistes, se recommandant de PLATANO connu dans ce milieu, il se fait indiquer un hébergement par un militant de rencontre et prend contact un peu plus tard avec les amis de son complice italien au siège du journal L'anarchie.

J'eus aussitôt des soupçons
, confia plus tard Rirette MAITREJEAN, PLATANO était allé recueillir l'héritage d'un oncle mort en Italie, environ 30.000 francs. Il voulait consacrer une partie de cette somme à remplacer la vieille presse d'imprimerie de notre journal et avec le reste comptait ouvrir à Choisy-le-Roy un atelier de mécanique et de réparation de bicyclettes en s'associant à DUBOIS, le gérant des lieux, et à Jules BONNOT que nous ne connaissions pas encore. Il relata l'accident survenu à notre ami de la manière suivante: "Je conduisais, PLATANO jouait avec un Browning en le faisant tourner. Un coup imprévu est parti, il s'écroula sur moi. J'ai dû l'achever pour qu'il ne souffre plus"... et enchaînant le plus naturellement du monde: "Moi je suis pour les gros coups ! Etes-vous des hommes ou des rêveurs ?" (La bande à Bonnot, Marcel MONTARRON, Historia, 1969).

Photo: Rirette MAITREJEAN:
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Alayn

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* 10/05/2010, 01:24
Message #32
Aussitôt, ces paroles résonnent chez Raymond CALLEMIN et Octave GARNIER qui entraînent Jules BONNOT dans la rue, par discrétion, afin de poursuivre une discussion qui ne va pas tarder à se révéler lourde de conséquences.

La base de ce que l'on ne tardera pas à appeler La bande à Bonnot est désormais établie. Leur idéalisme et leur hargne n'attendaient que la froide détermination de Jules BONNOT pour éclater au grand jour.

Le 14 décembre 1911, les trois comparses volent une superbe automobile de marque Delaunay-Belleville, dans le garage d'un riche médecin de Boulogne.

La nouvelle qui ne mérite pas les gros titres fait tout de même l'objet d'un entrefilet dans L'Excelsior.

Ils remisent la voiture chez le garagiste Georges DETTWEILLER, un camarade de Bobigny, à qui le manque de curiosité vaudra un an de prison ferme, et la récupèrent une semaine plus tard. Ce jour là, le 20 décembre, Jules BONNOT quitte définitivement la pension de famille de la rue Nollet, indiquée par Eugène DIEUDONNE, muni de son petit baise en ville et de son inquiétant contenu.

Photo: Une Delaunay-Belleville de 1911:
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Alayn

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* 10/05/2010, 01:55
Message #33
RAYMOND LA SCIENCE

[Le 26 mars 1890, naissance de Raymond CALLEMIN dit Raymond la science, à Bruxelles. Anarchiste illégaliste, membre de la Bande à Bonnot.

C'est en Belgique qu'il fait la connaissance de Victor SERGE, qu'il retrouvera à Romainville autour des anarchistes individualistes et du journal L'anarchie. Raymond, avide de connaissance et de lecture, surnommé Raymond la science, par les membres de la bande à Bonnot avec lesquels il va commettre sa première expropriation le 21 décembre 1911, à la Société Générale de la rue Ordener, à Paris. Puis les braquages succèdent aux coups de main, laissant plusieurs morts dans leur sillage. La presse se déchaîne contre les bandits en auto, et la police les traque. Raymond CALLEMIN est arrêté le 7 avril 1912, rue de la Tour d'Auvergne, à Paris.

Vous faites une bonne affaire ! Ma tête vaut cent mille francs, chacune des vôtres sept centimes et demi. Oui, c'est le prix exact d'une balle de browning ! déclare-t-il aux policiers qui l'arrêtent. Jugé avec les survivants de la bande, il est condamné le 28 février 1913 à la peine capitale, avec André SOUDY, Ferdinand MONNIER [dit SIMENTOFF] et Eugène DIEUDONNE. Il sera guillotiné le 21 avril 1913, après avoir tenté de disculper Eugène DIEUDONNE.]

Photo: Raymond CALLEMIN:
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Alayn

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* 10/05/2010, 02:29
Message #34
LA BANDE A BONNOT (Suite)

Un casse est prévu chez un bijoutier à condition que la pluie soit au rendez-vous, afin que son bruit couvre le leur. La nuit est claire et rien ne laisse augurer une averse. Il n'est pas question pour ces hommes déterminés de rentrer bredouilles. Jules BONNOT propose alors un coup de remplacement in extremis, l'attaque d'un encaisseur de banque, rue Ordener, à Paris.

Comme tous les matins, le 21 décembre vers 8 heures 30, Ernest Caby, garçon de recettes à la Société Générale descend du tramway avec, sous le bras, une sacoche contenant 380.000 francs de titres et, à bout de bras, un petit sac rempli de 5.000 francs de monnaie et dans la poche intérieure de la jaquette, un portefeuille garni de 20.000 francs en billets. C'est le fond de roulement de l'agence où il travaille qu'il a été chercher au siège. Il est vêtu de l'uniforme des encaisseurs qui ressemble à celui des académiciens, bicorne, redingote à brandebourgs et boutons dorés. Pour cette tâche, il est escorté d'un garde du corps venu à sa rencontre à la station de tram. Soudain, le passage est barré par deux hommes aux visages couverts de foulards. Sans un mot, Octave GARNIER tire à bout portant sur Caby tandis que le garde du corps s'enfuit en courant. Raymond CALLEMIN tente d'arracher la sacoche à laquelle s'agrippe l'encaisseur tombé à genoux. Octave GARNIER lui tire une seconde balle dans la poitrine. L'homme est délesté du sac de pièces et de la sacoche. Octave et Raymond refluent vers le véhicule en tirant des coups de pistolet en l'air, pour contenir l'hostilité des passants qui font mine de les poursuivre. Ils s'engouffrent dans le véhicule dont le moteur n'a cessé de tourner et Jules BONNOT, avec adresse, se dégage du bord du trottoir.

La voiture s'éloigne sous les yeux médusés des poursuivants. Le premier hold-up en auto de l'histoire vient d'avoir lieu.
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Alayn

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* 10/05/2010, 03:18
Message #35
Cette nouvelle fait l'effet d'une bombe. L'audace et le sang-froid mais plus encore la méthode utilisée des bandits en auto, comme on les appelle déjà, font frissonner les lecteurs de la presse. Une prime de 125.000 francs est promise par la Société Générale à qui donnera des renseignements sur les malfaiteurs. Le jeu des mouchardages et l'appât du gain ne tardent pas à porter leurs fruits. Pour Jules BONNOT et ses complices, la désillusion est amère. Les titres, la plupart nominatifs, sont inutilisables. On tentera de négocier ceux qui sont au porteur en Belgique. Il ne leur reste que les 5.000 francs de monnaie, maigre butin pour la peau d'un homme. La lecture des journaux leur apprend qu'ils ont négligé le portefeuille contenant 20.000 francs dans la jaquette du malheureux Caby mais que, toutefois, bien que gravement blessé, les jours de ce dernier ne semblent pas en danger. Ils abandonnent la voiture sur une plage du côté de Dieppe et songent, tandis que le train les ramène à Paris, que désormais la lutte est ouverte entre eux et la société et qu'à l'évidence ils ne triompheront pas.

-On est cuits lance laconiquement Octave GARNIER.
-Cuits, peut-être, mais nous avons encore notre liberté pour leur en faire baver avant d'être pris, lui répond Jules BONNOT.

Raymond CALLEMIN, quant à lui, leur fait remarquer que plus rien désormais ne sera plus comme avant, et qu'il conviendra de se méfier de tout et de tous. La suite ne tardera pas à lui donner raison.

La porte d'André LORULOT à L'idée libre leur est désormais fermée. Un soir, à la recherche d'un soutien moral, Raymond CALLEMIN et Octave GARNIER se faufilent rue Fessart pour rencontrer Victor KILBATCHICHE et Rirette MAITREJEAN qui les accueillent poliment mais leur font comprendre qu'à présent leurs routes ont divergé et que, par mesure de prudence, il ne faudra plus se revoir.
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_Denis_

Invité

* 13/05/2010, 20:25
Message #36
Excellent ! et sur le forum.anarchiste ça bouquine sec ! Ourf!

Denis.
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Alayn

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* 19/05/2010, 00:55
Message #37
Bonsoir ! Les anarchistes ont toujours bouquiné et ont, pour la plupart d'entre eux, toujours des bibliothèques impressionnantes: c'est un signe ! (arf !)

Amitiés Anarchistes !



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Alayn

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* 26/05/2010, 04:21
Message #38
Parallèlement le 25 décembre, avec armes et bagages, un Eugène DIEUDONNE ravi, venant de passer les fêtes de Noël en famille à Nancy, débarque Gare de l'Est, pour reprendre la vie commune avec Louise dans la pension de famille de la rue Nollet. Il a évidemment entendu parler de l'affaire de la rue Ordener. Comment ne pas être au courant ?

Mais il est loin de penser que les auteurs de l'agression sont ses amis.

Aussi, quand il rencontre Raymond CALLEMIN, ils échangent quelques généralités à propos des femmes et de leur sincérité. Jouant les affranchis, Eugène DIEUDONNE, sûr de lui, réplique à Raymond CALLEMIN: Tu ne me connais pas ! Elle m'a eu une fois, elle ne m'aura pas deux (La bande à Bonnot, Bernard THOMAS, Tchou, 1968).

Enfermé dans sa tour d'ivoire, il reçoit ses amis devenus pourtant indésirables pour la société, et leur sert de boîte à lettres. Raymond CALLEMIN reçoit chez lui du courrier adressé par un certain Monnier dit SIMENTOFF d'Alès. Un camarade qui fait partie de la mouvance illégaliste et s'occupe "d'affaires" entre la Provence et la région parisienne.

On peut faire ce que l'on veut autour d'Eugène DIEUDONNE, il ne voit, ne vit, et ne respire que du haut du nuage où il s'est installé. Il a reconquis Louise, il aime Louise, Louise l'aime...

Photo: SIMENTOFF:
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Alayn

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* 30/05/2010, 17:45
Message #39
Début janvier, grâce au travail des indics, la police commence à évoquer le nom d'Edouard CAROUY comme participant possible à l'affaire de la Société Générale. Alors que jusque là elle patauge. On lance, à tout hasard, un mandat d'amener à son encontre. Piqué au vif, le gros flamand débonnaire ressent cela comme une provocation ; avec la complicité d'un ami un peu simple d'esprit, le cuisinier Marius METGE, il décide d'agir en s'occupant d'un rentier presque centenaire qui vit seul à Thiais avec sa gouvernante. L'affaire se déroule mal, les occupants réveillés tentent de donner l'alarme. Prenant ce qui leur tombe sous la main, Edouard CAROUY et Marius METGE les font taire à coups de marteau. Ils emportent 30.000 francs et laissent partout leurs empreintes digitales qui font le régal de Monsieur Bertillon, père de la police scientifique et inventeur de l'anthropométrie. Reconnu formellement sur photo par un témoin, Marius METGE est arrêté dès le lendemain.

Photos: Marius METGE et le "laboratoire" de Bertillon:
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"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 30/05/2010, 18:16
Message #40
Le 20 janvier, la librairie L'idée libre fait l'objet d'une perquisition, et bien que défenseur de l'illégalisme, André LORULOT arrêté, est très rapidement relâché. Il est des mystères qu'il vaut mieux ne pas chercher à comprendre... (La bande à Bonnot, Bernard THOMAS, Tchou, 1968).

Le 23 janvier, en Belgique, Jules BONNOT, Octave GARNIER, Raymond CALLEMIN et Edouard CAROUY tentent de négocier les titres au porteur provenant de la sacoche de Caby et volent une voiture à un médecin de Gand. Ils la revendent à Amsterdam, non sans conserver la superbe trousse de chirurgien qui s'y trouve. On la laisse en dépôt chez Eugène DIEUDONNE.

A présent, c'est la photo d'Octave GARNIER qui fait la une des journaux. Caby l'a reconnu formellement d'après des photos présentées par la police.

Photo: Octave GARNIER:
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