webreader
7 Pages V  < 1 2 3 4 5 > »   
Reply to this topicStart new topic
> Eugène DIEUDONNE, [L'un de la bande à Bonnot]

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 30/05/2010, 18:49
Message #41
Le 31 janvier 1912, c'est au tour de L'anarchie d'être perquisitionné de façon musclée et, sous les yeux de Maud et Chinette, les deux petites filles de Rirette MAITREJEAN, on arrête leur mère et son ami Victor KILBATCHICHE [alias Victor SERGE] ainsi qu'une dizaine de collaborateurs du journal ; mauvais point pour les prévenus, les policiers ont découvert opportunément deux revolvers cachés derrière une rangée de livres, sans doute par un mouchard.

Victor KILBATCHICHE interrogé par Monsieur Jouin, le sous-chef de la police, s'entend proposer un étrange marché: Je crois que vous connaissez bien ces milieux, parlons d'eux sous le sceau du secret, ces hommes sont perdus de toute manière, vous n'aurez aucun ennui, je vous en donne ma parole. Victor SERGE refuse avec hauteur, demandant à son interlocuteur s'il n'a pas honte de lui faire une telle proposition.

Alors qu'il n'avait aucune connivence avec Jules BONNOT, et qu'il réprouvait les méthodes illégalistes, il attendra cinq ans pour goûter à nouveau la liberté.

Cette arrestation est présentée par la presse comme une grande victoire de la police. La bande privée de son théoricien n'en a plus pour longtemps, titre-t-elle.

Photo: Couverture d'un ouvrage de Victor KILBATCHICHE, alias Victor SERGE:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 30/05/2010, 19:13
Message #42
Cet arbitraire conduit des gens jusqu'alors à l'écart comme André SOUDY, René VALLET ou SIMENTOFF à se jeter dans la mêlée et renforce la détermination des autres.

Raymond CALLEMIN, d'un naturel taciturne voire dépressif, erre durant cette période comme une âme en peine. Seules les visites qu'il effectue auprès du couple Dieudonné et l'image de leur bonheur simple lui apportent quelque réconfort. Lui qui se méfie des femmes, se prend à envier le sort d'Eugène DIEUDONNE. Le temps n'est pas si loin où, pour la première fois, il s'est senti responsable de la jolie petite rousse aux yeux verts, sympathisante des idées libertaires de surcroît et qu'il s'est découvert un embrasement du coeur qu'il ne soupçonnait pas.

Le 25 février 1912, Eugène DIEUDONNE lui remet un télégramme en provenance d'Alès signé de SIMENTOFF: Santé maman va bien en clair Tout est prêt pour un casse ici.

Photo: Raymond CALLEMIN, dit Raymond la Science:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 30/05/2010, 19:38
Message #43
Dans la nuit du 26 au 27 février 1912, Jules BONNOT, Raymond CALLEMIN et Octave GARNIER volent une nouvelle Delaunay-Belleville à Saint-Mandé, suivant une technique maintenant éprouvée. L'un fait le guet, l'autre s'occupe des serrures et le troisième pousse le véhicule du garage à quelque distance afin de le faire démarrer sans donner l'éveil. Ils comptent descendre dans le Midi, où leur ami [SIMENTOFF] les attend, mais une bordure de trottoir à Montereau se met en travers de leur projet et le véhicule au train avant faussé, sommairement réparé, leur interdit tout long trajet. Le 27 février au matin, force leur est de rebrousser chemin en direction de Paris. Jules BONNOT, jamais en reste, propose un coup de rechange chez un notaire de Pontoise.

Raymond CALLEMIN insiste alors pour que l'on passe chez Eugène DIEUDONNE pour le convaincre de participer au casse, bien qu'il connaisse la position de ce dernier sur la question de l'illégalisme. Jules BONNOT accepte néanmoins car il entend récupérer chez Eugène DIEUDONNE, le bulletin de la consigne où est entreposé son matériel de rechange ainsi que la trousse de chirurgie pour laquelle il a un client (La bande à Bonnot, Bernard THOMAS, Tchou, 1968).

Photo: couverture du livre de Bernard THOMAS:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/06/2010, 02:11
Message #44
Le même jour, une lettre anonyme avertit Monsieur Jouin, le sous-chef de la Sûreté, qu'un nommé Eugène DIEUDONNE, demeurant 47 rue Nollet, est sans doute l'un des auteurs de l'agression de la rue Ordener. Jouin fait surveiller la pension de famille et, vers seize heures, donne le signal de la rafle. On vérifie l'identité de tous, on bouscule, on perquisitionne et, dans la chambre des Dieudonné, on arrête, outre le couple, Jean de BOE, typographe anarchiste, en visite chez ses amis, ainsi qu'une jeune femme, Marie VUILLEMIN, qui se prétend couturière et dit être là pour son travail. On déniche d'autre part deux pistolets automatiques, des cartes routières indiquant des passages frontaliers de contrebande, une trousse de chirurgien, le billet de consigne de Jules BONNOT et le télégramme de SIMENTOFF. Jouin exulte, il vient de réaliser à coup sûr une belle prise.

La fin de la journée lui réserve une autre surprise. Xavier Guichard, le chef de la Sûreté, surnommé Guichard-coeur-de-lion par la presse, car il a la réputation de donner de sa personne lors des affaires importantes, l'informe d'un nouveau rebondissement.

Photo: Jean de BOE:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/06/2010, 02:50
Message #45
Vers 19 heures, Raymond CALLEMIN et ses amis trouvent porte close rue Nollet.

La logeuse, dans tous ses états, leur explique que des messieurs de la police sont passés vers quatre heures et qu'ils ont arrêté tout le monde, y compris les Dieudonné pourtant de si braves gens. Sans lui laisser le temps de finir, ils sautent dans la voiture qui s'éloigne à toute vitesse.

Si la police avait laissé des hommes en planque devant la pension, c'en était fait des bandits en auto.

Ils débouchent en trombe place du Havre, devant la gare Saint-Lazare, et au lieu de suivre le sens giratoire, Jules BONNOT coupe au plus court, frôle une passante, se trouve bloqué par un autobus et cale. L'agent de police qui règle la circulation, dans sa guérite au centre du carrefour, descend de sa vigie et s'approche de la voiture contrevenante. Octave GARNIER posément sort de l'auto et la remet en marche d'un coup de manivelle.

Le moteur redémarre et l'auto repart mais, plus rapide, le sergent de ville saute sur le marchepied et s'adressant à Raymond CALLEMIN assis à l'arrière, lui intime l'ordre de faire arrêter son chauffeur. Octave GARNIER, assis à côté du conducteur, tend le bras. Trois coups de feu claquent, l'agent s'écroule sur la chaussée, mortellement touché, tandis que la voiture s'éloigne en direction de la Madeleine, aussitôt poursuivie par un cycliste. Mais hors d'haleine, ce dernier perd sa trace place de la Concorde. Hasard de la vie, le policier qui gît dans la rue s'appelle Garnier lui aussi.

Photo: vous pouvez cliquer dessus pour l'agrandir !
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/06/2010, 03:22
Message #46
Monsieur Jouin que la capture d'Eugène DIEUDONNE avait rempli de joie, reçoit une véritable douche écossaise. Il va falloir que l'arrestation des suspects de l'après-midi porte ses fruits, sinon c'est toute sa crédibilité qui va être mise en cause.

Tandis que Paris fait à l'agent Garnier des obsèques solennelles, Eugène DIEUDONNE subit un interrogatoire poussé, d'où il ne ressort pas grand chose. En bon Lorrain, têtu, il justifie la présence à son domicile des pièces à conviction trouvées par la police par des phrases laconiques et des généralités, s'abritant derrière la sempiternelle loi de discrétion, de mise dans son milieu.

On l'interroge alors sur son emploi du temps du 21 décembre dernier.
Il répond qu'il passait les fêtes de Noël chez sa mère, à Nancy ; qu'il a forcément rencontré un certain nombre de gens qui ne manqueront pas de confirmer ses dires, pourvu qu'on lui laisse le temps de s'en souvenir. Sinon, il affirme ne connaître personne et n'avoir jamais entendu les noms de Jules BONNOT ou d'Edouard CAROUY.

On ne sut jamais de quelle cuisine policière Eugène DIEUDONNE fut la victime.
Il est clair, que l'on s'est acharné sur lui parce qu'il avait fréquenté les milieux illégalistes et avait respecté la loi du silence
(La bande à Bonnot, Marcel MONTARRON, Historia, 1969).

Photo: Eugène DIEUDONNE:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/06/2010, 03:54
Message #47
On vérifie ses alibis. Sa mère confirme que le 21 il était bien à Nancy, et qu'il n'a repris le train de Paris que le 25 décembre au soir mais quoi !... Le témoignage d'une mère...

Un autre témoin affirme l'avoir rencontré l'après-midi du 21 décembre, mais de savants calculs font apparaître qu'après l'agression de Caby, il aurait eu matériellement le temps de sauter dans le rapide de Nancy à la gare de l'Est, et rencontrer son témoin à l'heure dite. Pour couronner le tout, le garçon de recettes de la Société Générale maintenant totalement remis de ses blessures, confronté à lui, le reconnaît catégoriquement.

-C'est bien lui, on n'oublie pas des yeux comme ça, c'est lui qui a tiré sur moi.
- Vous vous trompez Monsieur et je le prouverai
, lui répond calmement Eugène DIEUDONNE.

Caby ne variera plus dans ses déclarations. Il avait pourtant, sur son lit d'hôpital, tout d'abord désigné, dans un choix de photos qui lui étaient proposées, celle d'un inspecteur de police glissée au milieu des autres, puis, quelque temps plus tard, celle d'Octave GARNIER, pour enfin désigner Eugène DIEUDONNE comme seul responsable. Plus de doute, on tient enfin l'un des agresseurs.
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 03/06/2010, 02:13
Message #48
Par ailleurs, on se perd en conjectures concernant les pressions exercées par Monsieur Jouin sur Louise Dieudonné. Toujours est-il que le 2 mars elle est libérée, et ne sera plus jamais inquiétée, pas plus qu'elle ne sera convoquée par le juge Gilbert chargé de l'instruction de son mari ni même convoquée comme témoin au procès. Lors de sa levée d'écrou, Louise est un peu désappointée et ne sait trop où aller.

Elle est fâchée avec André LORULOT, nombre de ses anciens amis sont soit en prison, soit à l'abri. En désespoir de cause, elle se débrouille pour rencontrer Raymond CALLEMIN en qui elle a confiance et qui l'a déjà protégée une fois. Le timide et misogyne Raymond CALLEMIN, flatté, se lance dans un panégyrique flatteur d'Eugène DIEUDONNE qu'il sait innocent, mieux que quiconque. Il vante les qualités de son ami ébéniste puis celles de Louise avec beaucoup de conviction. Lui qui n'a jamais connu de femme trouve les mots qui vont droit au coeur de Louise et finit par la ramener dans le petit appartement mis à sa disposition au pied de la butte Montmartre.

Paradoxalement, il va vivre les trois semaines les plus heureuses de sa vie (La bande à Bonnot, Bernard THOMAS, Tchou, 1968).
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 03/06/2010, 03:11
Message #49
Le 15 mars, Marie Vuillemin est, à son tour, libérée, aucune charge n'a été retenue contre elle et l'on ignore qu'elle est la maîtresse d'Octave GARNIER. Elle s'empresse de reprendre contact avec lui par l'intermédiaire de sa belle mère.

Le 19 mars Octave GARNIER décide d'écrire une lettre ouverte au journal Le Matin pour disculper Eugène DIEUDONNE.

Paris, le 19 mars 1912. Monsieur le Rédacteur en chef, veuillez insérer la suivante.

A messieurs Gilbert, Guichard et Cie. Depuis que par votre entremise la presse a mis ma modeste personne en vedette à la grande joie de toutes les concierges de la capitale, vous annoncez ma capture comme imminente, mais, croyez-le bien, tout ce bruit ne m'empêche pas de goûter en paix les joies de l'existence. Comme vous l'avez fort bien avoué à différentes reprises, ce n'est pas grâce à un mouchard qui s'était introduit parmi nous. Soyez persuadés que moi et mes amis, nous saurons lui donner la récompense qu'il mérite, ainsi d'ailleurs qu'à quelques témoins par trop loquaces. Vous l'avouerai-je ? Votre incapacité pour le noble métier que vous exercez est si évidente qu'il me prit l'envie, il y a quelques jours, de me présenter dans vos bureaux pour vous donner quelques renseignements complémentaires et redresser quelques erreurs voulues ou non. Je vous déclare qu'
Eugène DIEUDONNE est innocent du crime que vous savez bien que j'ai commis. Moi seul suis coupable. Et ne croyez pas que je fuis vos agents ; je crois bien que ce sont eux, ma parole, qui ont peur ! Je sais que cela aura une fin dans la lutte qui s'est engagée entre le formidable arsenal dont dispose la société et moi. Je sais que je serai vaincu, je serai le plus faible, mais j'espère bien faire payer cher votre victoire. En attendant le plaisir de vous rencontrer. Garnier.

A ce message est joint une feuille de papier sur laquelle il a appliqué l'empreinte de sa main droite accompagnée d'une formule laconique:
Bille de Bertillon, mets tes lunettes et gaffe.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 04/06/2010, 02:07
Message #50
Jules BONNOT qui ne veut pas être en reste fait irruption aux locaux du Petit Parisien, armé d'un revolver en hurlant à la cantonade: Nous brûlerons nos dernières cartouches sur les roussins et s'ils n'osent pas venir, nous saurons bien les trouver (La bande à Bonnot, Marcel MONTARRON, Historia, 1969) puis, il s'éclipse aussi facilement qu'il est venu. Le 24 mars, la lettre de démission de Mr Jouin est rejetée avec hargne par le préfet Lépine ; il argue qu'un capitaine ne quitte pas son navire lorsqu'il fait naufrage et qu'il pourra démissionner à son aise lorsque la bande sera sous les verrous.

Photo: Jouin:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 04/06/2010, 02:46
Message #51
Le 25 mars 1912 à 8 heures du matin, six hommes à l'affût, guettent le passage d'une automobile sur la Nationale 5, à quelques kilomètres de Brunoy. [Montgeron, forêt de Sénart] Outre le trio de base [Jules BONNOT, Octave GARNIER, Raymond CALLEMIN], se trouvent présents SIMENTOFF monté du Midi après le coup raté d'Alès, ainsi que René VALET et André SOUDY qui, révoltés par les dernières arrestations dont ont fait l'objet leurs camarades anarchistes et notamment Victor KILBATCHICHE, Rirette MAITREJEAN et Eugène DIEUDONNE, ont décidé de s'impliquer davantage et participent à l'opération. Jules BONNOT, seul au milieu de la route, agite un mouchoir à l'approche de la De Dion-Bouton convoitée. Le chauffeur croyant à un accident arrête son véhicule. Aussitôt, cinq hommes sortent du bois et intiment l'ordre aux deux occupants de la voiture d'en descendre. Soudain, interprétant mal un geste du conducteur, Octave GARNIER se met à tirer de façon compulsive, aussitôt imité par Raymond CALLEMIN. Jules BONNOT, hors de lui, exhorte ses compagnons à davantage de sang froid. On traîne les corps dans le sous-bois.

L'un est mort et le second, qui n'est blessé qu'aux mains, craignant d'être achevé, feint de l'être. On essuie sommairement le sang maculant les banquettes et l'on fait demi-tour en direction de Paris.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 04/06/2010, 03:36
Message #52
La bande contourne la capitale et, vers 10 heures 30, arrivé à Chantilly, en plein centre, place de l'hospice de Condé, et s'arrête face à une agence de la Société Générale. Octave GARNIER, revolver en main, saute de l'auto et se rue à l'intérieur, entraînant dans son sillage Raymond CALLEMIN, René VALET et SIMENTOFF.

André SOUDY, armé d'une carabine, assure la couverture en tenant en respect le public fort nombreux à cette heure. Jules BONNOT, toujours calme, son browning à la main, reste assis au volant de la voiture moteur en marche, prêt à partir. A l'intérieur de la banque, c'est le carnage. A l'ordre de ne pas bouger lancé par Raymond CALLEMIN, les employés de l'agence ont tenté de résister. Quatre hommes s'écroulent sous le feu des agresseurs. Deux sont tués net, deux autres grièvement blessés.

Dehors, André SOUDY tient la foule en respect en tirant avec sa winchester au-dessus des têtes sans toutefois blesser personne, gagnant ainsi son surnom d'homme à la carabine. Après avoir jeté rouleaux de pièces et billets ainsi que le contenu du coffre, en vrac dans un sac, Raymond CALLEMIN donne le signal du départ et c'est, couvert par le feu nourri de leurs armes qu'ils reprennent place dans la voiture qui s'éloigne laissant les témoins médusés. L'affaire n'a pas duré cinq minutes, les six hommes exultent, le butin s'élève, cette fois, à 50.000 francs.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 06/06/2010, 16:44
Message #53
Le coup de Chantilly stupéfie la France entière. Pas un journal qui ne titre le lendemain sur le sujet. Même le très guindé L'Illustration qui ne relate jamais les faits divers en fait exceptionnellement sa une.

Une véritable psychose règne sur le pays, on voit partout les bandits tragiques et la police engage des extras afin de dépouiller le courrier anonyme qui s'entasse à la préfecture. En haut lieu, on ne décolère pas et l'on exige, coûte que coûte, des résultats. Tous les moyens sont déployés pour en obtenir. Les indics et les mouchards de tout poil sont mis sur la brèche.

Un "ami" bien intentionné, ne tarde pas à vendre le petit André SOUDY, retiré à Berck Plage avec sa part de butin. Il comptait y finir paisiblement ses jours de tuberculeux, on ne lui en laissa que cinq.
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 06/06/2010, 17:04
Message #54
Le 4 avril, non loin de Palaiseau, dans une gare de la ligne de Sceaux, c'est au tour d'Edouard CAROUY d'être arrêté. Il n'oppose pas de résistance, un peu à la manière de ces animaux qui cessent de lutter face aux prédateurs quand leur dernière heure arrive. Le soir même, il tente de s'empoisonner sans succès, et va rejoindre André SOUDY à la Santé.

Lui aussi a été vendu par un camarade qui l'a attiré dans le guet-apens de la gare. Quelques mois plus tard, quand on retrouvera le corps du délateur criblé de balles, Gustave HERVE, dans La Guerre Sociale, titrera méprisant: La fin d'un traître (La bande à Bonnot, Bernard THOMAS, Tchou, 1968).

Photo: Gustave HERVE:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 06/06/2010, 17:27
Message #55
Raymond CALLEMIN, de son côté, ne s'inquiète pas trop, aucun journal n'a diffusé son signalement ni même évoqué son nom. Il coule des jours heureux avec Louise dans le petit logement de son ami Pierre JOURDAN, 48 rue de la Tour d'Auvergne. S'accommodant fort bien de la vie de rentier, il fait même des projets. Il achète une valise de luxe, une tenue de sportman en tweed et un vélo sur lequel il compte gagner le Havre par petites étapes, le plus discrètement possible. Louise le rejoindra plus tard et ils essaieront de quitter la France en s'embarquant pour l'Angleterre. Le départ est fixé au 7 avril et le jour dit, c'est ganté et casqueté de neuf que Raymond CALLEMIN enfourche sa bicyclette. Il est aussitôt ceinturé et maîtrisé en un clin d'oeil par les policiers de Guichard qui a conduit, en personne, l'interpellation. On arrête par la même occasion Pierre JOURDAN et sa maîtresse, mais, curieusement, on laisse Louise en liberté...

Photos: Arrestation de Raymond CALLEMIN et de Pierre JOURDAN et portrait de Pierre JOURDAN:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 06/06/2010, 18:21
Message #56
L'importance des moyens mis en place pour surveiller le milieu anarchiste ne tarde pas à porter ses fruits.

En filant André LORULOT, on arrête SIMENTOFF le 23 avril, et grâce, à des documents trouvés sur lui, la police enquête à Ivry, chez un marchand de fripes nommé Antoine GAUZY. Le 24 au matin, une opération est menée à laquelle participe Monsieur Jouin. Il faut donner au public l'image d'une police efficace et dynamique qui n'hésite pas à payer de sa personne sur le terrain. En l'occurrence, l'effet souhaité sera totalement atteint !

Lors de la perquisition chez le fripier, les policiers visitent le magasin, puis l'étage où se trouve l'appartement. Entrant dans une chambre, Jouin avise un homme tapi derrière une table et s'écrie: Bon Dieu. C'est Bonnot !

Aussitôt, des coups de feu éclatent de part et d'autre. Jouin s'écroule, deux balles dans la tête. Ses deux adjoints blessés refluent dans l'escalier. Jules BONNOT se précipite sur le palier, passe dans l'appartement voisin dont il enfonce la porte d'un coup d'épaule et s'enfuit par une fenêtre qui donne sur une succession de cours et de jardins communicants. Puis gagnant la rue, il adopte une démarche calme et se fond dans la foule.

Photos: Mort de Jouin:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 06/06/2010, 19:01
Message #57
La nouvelle de Jules BONNOT filant entre les mains de la police, après en avoir assassiné un des grands responsables et blessé deux de ses inspecteurs, contribue à renforcer la légende du bandit insaisissable. La psychose est grande et la presse enflamme les esprits, désignant à la vindicte populaire la peste anarchiste, fauteuse de troubles.

Antoine GAUZY qui a abrité une nuit le criminel en fuite, sans en connaître l'identité, fidèle au principe du devoir d'entraide des camarades, est volontairement abandonné par la police à la colère de la foule. Il échappe de peu au lynchage pour tomber dans les mains de Xavier Guichard, le chef de la Sûreté, qui vient de perdre son principal collaborateur. Le malheureux fripier est giflé à tour de bras et menacé des pires tourments s'il ne dévoile pas la retraite de Jules BONNOT dont il ignore tout. Des journalistes prennent sa défense au nom du droit d'asile que l'homme n'a fait que respecter. SEVERINE, Anatole FRANCE, Marcel SEMBAT, Gustave HERVE, Octave MIRBEAU, pour ne citer qu'eux, signent des pétitions en faveur de l'inculpé qui n'en reste pas moins enfermé (Ils ont tué Bonnot, William CARUCHET, Calmann-Lévy, 1990).

Photos: le commissaire Xavier Guichard, Antoine GAUZY et Octave MIRBEAU:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 07/06/2010, 00:03
Message #58
Pendant ce temps, Jules BONNOT qui s'est blessé à la main en s'échappant, s'est réfugié à Choisy-le-Roi, au lotissement Fromentin, dans le garage de Joseph DUBOIS, le camarade mécanicien avec lequel il avait prévu de s'associer. On surnomme l'endroit le nid rouge car le milliardaire progressiste Fromentin, qui consacre une partie de sa fortune à aider les militants libertaires, a fait don à la cause d'un terrain qu'il fait bâtir au gré des besoins de ses amis.

La construction se situe au centre d'un terrain vague, c'est un modeste atelier en carreaux de plâtre, doté d'un appartement à l'étage, auquel on accède par un escalier extérieur. Jules BONNOT, épuisé, passe quelques jours à se remettre sur pieds, grâce aux bons soins de Joseph DUBOIS. L'indiscrétion du pharmacien chez qui lequel ils se sont fournis en pansements leur sera fatale.

Photos: Le nid rouge de Fromentin et le portrait de Joseph DUBOIS:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 07/06/2010, 00:34
Message #59
Le matin du dimanche 28 avril 1912, Joseph DUBOIS qui répare le moteur d'une Panhard-Levassor est interrompu dans son activité par un sonore: Haut les mains ! Police !

Il se jette aussitôt en arrière et saisissant un automatique, tire au jugé.
Il blesse un policier au bras. Une fusillade éclate, et le garagiste, mortellement touché, s'effondre en hurlant: Assassins !

Du haut de l'escalier, Jules BONNOT alerté par les coups de feu, a évalué la situation. Il a compris que la maison était cernée et qu'il n'en sortirait pas vivant. Aussi a-t-il décidé de lutter jusqu'au bout. Il commence par faire refluer les policiers en leur tirant dessus de façon ininterrompue et les maintient à bonne distance. La police fait appel à des renforts.

Deux compagnies de gardes républicains, la brigade des anarchistes, au grand complet, des inspecteurs de la Sûreté, un détachement de gendarmes venus de Belle-Epine, l'incontournable Guichard, le juge d'instruction Gilbert, et maints officiers de police cherchant à se faire voir ou venus en curieux, bref, en tout, près de 500 hommes sont mobilisés sous la direction du préfet Lépine sanglé dans sa sempiternelle redingote démodée.

Photos: mort de Joseph DUBOIS et portrait du préfet Lépine:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 07/06/2010, 01:33
Message #60
Vers 10 heures du matin, de petits groupes de volontaires armés de fusils de chasse arrivent des communes avoisinantes. Le maire de Choisy, ceint de son écharpe, fait l'important. De temps en temps, Jules BONNOT ouvre la porte de son repaire et tire sur tout ce qui bouge en hurlant des injures. Tout le monde se jette alors piteusement à terre.

Photo: Quelques piteux assaillants:
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post


7 Pages V  < 1 2 3 4 5 > » 
Reply to this topicStart new topic
0 membre(s):

 

Voir le classement des sites les plus populaires
RSS Version bas débit Nous sommes le : 25/09/2018 - 08:58