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> Qu'est-ce que la démocratie directe ?, (Manifeste pour une comédie historique)

Alayn

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* 11/06/2010, 02:32
Message #1
De Fabrice WOLFF. Editions Antisociales. Paris. 2010. 138 pages. 5¤. (Que vous pourrez économiser en lisant ce topic puisque l'intégralité de l'ouvrage sera retranscrit par mes soins au fil du temps).

Le présent ouvrage est [...] destiné à l'usage de [celles et] ceux qui s'obstinent à saboter les rouages de la machine à décerveler. Toute utilisation dans ce sens (notamment reproduction partielle ou intégrale, traduction, adaptation) est évidemment libre et gratuite.

4ième de couverture:

"Dans le même temps qu'elles disparaissaient peu à peu de la culture et de l'enseignement bourgeois, jusqu'à n'être plus rien aujourd'hui, les études dites "classiques" connaissaient pourtant, sous l'impulsion de la méthode marxiste et de la meilleure ethnologie, un profond renouvellement, qui ouvrait enfin la voie à une véritable science historique de l'Antiquité.

Grâce aussi à l'apport de quelques très importantes découvertes (dont notamment la Constitution d'Athènes attribuée à ARISTOTE, retrouvée vers 1890), cette science a su grandement étendre et affiner -malheureusement à l'usage d'un public chaque jour plus restreint- notre connaissance des sociétés anciennes, jusqu'à récemment mettre au jour, après plus de deux mille ans de condamnations morales, d'erreurs d'interprétation ou de désintérêt pour ces questions, une démocratie réelle, en langage moderne une démocratie directe, riche et puissante, qui vécut durant près de deux siècles, permettant ainsi l'éclosion et la floraison de l'une des plus brillantes civilisations de l'histoire universelle: l'Athènes des Ve et IVe siècles avant l'ère chrétienne.

Toutes [celles et] ceux qui se disent ou se pensent aujourd'hui partisans de la démocratie directe seraient bien avisé[e]s de s'intéresser à ce seul exemple documenté d'un tel régime durablement établi, à sa genèse et à son évolution: car il suffit à prouver que leur utopie n'est pas qu'une vue de l'esprit."

Photo: couverture de l'ouvrage: A Athènes, le 17 décembre 2008, le démos insurgé réveillait l'antique esprit de l'Acropole.
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Alayn

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* 11/06/2010, 02:56
Message #2
SUR L'AUTEUR

WOLFF Fabrice (S). Né en 1974. Lycéen et étudiant médiocre, il est signalé en 1994-95 comme activiste de la mouvance anarcho-autonome strasbourgeoise, et entame à la même époque une série, ininterrompue à ce jour, de déplacements stratégiques en France et dans le monde. Ayant obtenu une douteuse licence de lettres, il quitte Strasbourg pour la banlieue parisienne en 1999, sous une couverture professionnelle par laquelle il prend immédiatement contact avec la branche francilienne de la mouvance anarcho-autonome. Vivant de contrats précaires et d'allocations chômage, ses sources de revenus n'ont néanmoins pas été jugées suspectes. Il a publié sous son nom, en 2000, une brochure confidentielle sur l'agitation des "chômeurs" de 1998, mais on le soupçonne d'avoir aussi collaboré à la rédaction de plusieurs écrits subversifs anonymes. Depuis, on l'a très peu signalé dans les rassemblements de la mouvance anarcho-autonome, mais il a multiplié les contacts opérationnels avec de nombreux repris de justice et autres malfaiteurs, qui forment de toute évidence l'essentiel de ses fréquentations.

Surveillance: normale jusqu'au printemps 2007 ; élevée depuis (transfert section spéciale). Ne possède ni automobile ni téléphone portable. ADN non répertorié.

(Résumé des fiches de la DCRI)
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Alayn

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* 11/06/2010, 03:52
Message #3
"Si, dans le détail, la métaphysique a eu raison vis-à-vis des Grecs, dans l'ensemble les Grecs ont eu raison vis-à-vis de la métaphysique. C'est la première raison pour laquelle nous sommes obligés, en philosophie comme dans tant d'autres domaines, de revenir sans cesse aux productions de ce petit peuple, auquel sa capacité et son activité universelles ont assuré dans l'histoire de l'évolution de l'humanité une place telle qu'aucun autre peuple ne pourra jamais y prétendre."

Friedrich Engels, Dialectique de la nature


(PROLOGUE)

Vingt ans après la spectaculaire unification du monde sous la glorieuse bannière de la Démocratie et de la Liberté, on ne trouve plus guère que quelques rares et étranges personnages, ayant perdu tout sens de la réalité, pour croire encore que cette "mondialisation" pourrait effectivement réaliser un jour son programme affiché, quand partout on constate qu'elle s'accomplit par le chantage et par le mensonge cynique, par l'usurpation et par le pillage, par la guerre et par la famine. Et dans les banlieues de Paris comme dans les bidonvilles de Buenos Aires, dans les ghettos de La Nouvelle-Orléans comme dans les faubourgs de Bagdad, dans les rues de Séoul comme dans les quartiers d'Athènes, "le peuple" prétendu "souverain" a compris que la "démocratie", concrètement, c'est la police, dotée d'un arsenal ultramoderne, au service du pouvoir absolu d'une caste vulgaire, arrogante et mesquine, mais propriétaire exclusive, par héritage ou par rapine, des plus immenses richesses, des plus colossales fortunes jamais accumulées: la bourgeoisie internationale.


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Alayn

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* 11/06/2010, 04:26
Message #4
Celle-ci en effet avait su, pendant quelque deux siècles, maintenir sa domination sur les masses par les mêmes procédés que la vieille oligarchie romaine, son modèle historique: des guerres de conquête, des miettes pour les prolétaires, un Droit sacralisé et toutes sortes de fascinants spectacles ; mais aujourd'hui que la Terre est conquise, et que l'on estime donc en haut qu'il n'est plus possible d'abandonner des miettes, et en bas qu'il n'est plus possible de s'en satisfaire, le respect de "l'Etat de droit" et des mascarades "démocratiques" s'est perdu, et la bourgeoisie en est venue à imposer ses décisions par la pure et simple terreur policière - que l'on nomme indifféremment "contre-insurrection", "guerre contre le terrorisme" ou "lutte contre l'extrémisme". [L'Ultime Razzia, Le 11 septembre 2001 dans l'histoire, Paris, Ed. Antisociales, 2004.] Cette course précipitée de la société bourgeoise vers un abîme de barbarie nécessite avant tout, bien sûr, le développement universel de l'ignorance, donc l'organisation de l'oubli de toutes les leçons de l'histoire. Les nouveaux rois-sorciers de ce siècle obscur ne sauraient régner que sur des foules définitivement abruties, craintives et superstitieuses, sans autre mémoire qu'une vague mythologie réécrite sans cesse par de serviles bouffons chantant la terrible épopée de la "démocratisation" du monde par une bourgeoisie héroïque.
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Alayn

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* 11/06/2010, 05:20
Message #5
[...] Nous avons la chance de disposer [...] d'une traduction en français du maître ouvrage du grand savant danois Mogens H. HANSEN : La Démocratie athénienne à l'époque de Démosthène, fruit d'un quart de siècle de recherches, qui nous offre la description, la plus complète et la plus précise qui ait jamais été faite, des principes et des structures d'un régime authentiquement démocratique. [The Athenian Democracy in the Age of Demosthenes. Structures, Principles and Ideology, Oxford, 1991, trad. fr. Paris, Les Belles Lettres, coll. "Histoire", 1993, rééd. Paris, Texto, coll. "Le goût de l'histoire", 2009. Toutes les citations ici paginées sans autre référence renvoient [renverront] à cette réédition.] Le présent opuscule se propose de résumer brièvement l'essentiel de son contenu, dans le but d'en signaler l'importance à [celles et] ceux qui, n'ayant pas le goût des antiquailles, car tournés vers l'avenir, croient encore possible de bâtir une société humaine, libre et digne, pour peu qu'on en finisse au plus vite avec toute la magie noire du système marchand. [Dans l'exposé qui va suivre, le lecteur fera, dans l'ensemble, aisément le départ entre ce qui émane de HANSEN et ce que j'y ai ajouté. Dans le premier chapitre, plus général, je ne me suis pas limité aux données de HANSEN, mais j'y ai joint ce que j'avais à ma disposition ; dans les chapitres suivants, je me suis surtout attaché à actualiser des considérations qui, chez HANSEN, sont délibérément restreintes au but de description historique qu'il se propose. Enfin, il va sans dire que j'assume la responsabilité de toutes les conclusions.] C'est le grand mérite de HANSEN que d'avoir montré toute la rationalité, toute la cohérence, et donc aussi toute l'étrangeté de l'organisation démocratique, si radicalement différente de ce que la société bourgeoise appelle fallacieusement "démocratie" que la moindre comparaison, fût-elle la plus prudente et scrupuleuse, vient instantanément confirmer le jugement portée sur celle-ci par la vieille critique révolutionnaire:

"dans une démocratie directe, le peuple se gouverne effectivement lui-même, c'est-à-dire que chacun a le droit de participer à la prise de décision, tandis que dans l'autre, indirecte, au contraire, la seule décision que chacun a le droit de prendre, c'est de choisir ses décideurs." (p. 21)

Photo: couverture de l'ouvrage de Mogens H. HANSEN:
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Alayn

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* 11/06/2010, 05:57
Message #6
L'effondrement dans la violence des institutions de la pseudo-démocratie bourgeoise et la redécouverte des institutions de la démocratie réelle ne sont évidemment pas par hasard des phénomènes contemporains: il s'agit des deux pôles, négatif et positif, d'un même processus de dépassement de la politique - la "politique" au sens traditionnel du terme étant supprimée de fait par la progressive mise hors-la-loi de tout débat de fond sur la nature des institutions (est-il besoin de rappeler quelle implacable répression est aujourd'hui promise à tous les "ennemis de la démocratie", officiellement définis, par un sournois tour de passe-passe, comme des caricatures de monstres sanguinaires ?), dans le même temps que les vrais progrès du savoir (l'histoire bien sûr, donc aussi bien la théorie révolutionnaire moderne, parce qu'elle est directement issue de l'expérience acquise au cours des principales tentatives de révolution démocratique des deux derniers siècles) exploraient les étroits sentiers menant à la prochaine réalisation d'une activité politique nouvelle, supérieure, celle des individus libres et égaux qui construiront la vivante cité-monde où l'humanité renaîtra.
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Alayn

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* 11/06/2010, 06:51
Message #7
APERCU HISTORIQUE (PARODIE)


Il faut dire quelques mots, en guise de remarque préliminaire, de deux solides idées reçues, qui nous viennent du XIXe siècle, et qui ont vaguement survécu, fantômes de vérités révélées par les textes sacrés de la répugnante religion "marxiste-léniniste", pour participer encore aujourd'hui à l'ignorance et à la confusion du public sur notre sujet: la première, popularisée par le célèbre incipit du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, divise les sociétés anciennes, pour les condamner en bloc sans autre forme de procès, en deux "classes" fondamentales qui seraient celle des hommes libres exploiteurs et celle des esclaves exploités ; la seconde, brillamment développée par le seul Engels dans un fameux chapitre de L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, fait d'Athènes un modèle de république marchande, industrieuse et impérialiste. Avec le recul du temps, il est devenu facile de reconnaître tout ce que ces idées (au demeurant contradictoires) doivent à leur époque, la première reflétant le moralisme humanitaire -et les intérêts- de la bourgeoisie abolitionniste, la seconde exprimant les orgueilleuses prétentions des débuts de la conquête coloniale moderne. C'est à quelques historiens, marxistes, bien sûr, donc anti-léninistes, que l'on doit d'avoir fait définitivement litière de ces simplismes, dans ces années 1960 et 1970 qui virent tous les dogmes s'effondrer. [Sur le sort et les aspirations des esclaves dans l'Antiquité -qui n'occupent aucune fonction particulière dans le processus de production-, on lira l'article de Pierre VIDAL-NAQUET "Les esclaves étaient-ils une classe ?" (1968 ; republié dans Le Chasseur noir, Paris, Maspero, 1981, rééd. La Découverte, 2005) et l'étude de Moses FINLEY: Esclavage antique et Idéologie moderne (1979 ; trad. fr. Paris, Minuit, 1981) ; sur la vision anachronique d'une Athènes "marchande", on lira l'article de référence de Nicole LORAUX et Pierre VIDAL-NAQUET, "La formation de l'Athènes bourgeoise" (1979 ; republié dans P. VIDAL-NAQUET, La Démocratie grecque vue d'ailleurs, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 1990). On aura noté ici l'apport de Pierre VIDAL-NAQUET, proche des cercles d'"ultra-gauche" Socialisme ou Barbarie et Pouvoir Ouvrier, qui jusqu'à sa mort, en 2006, resta un partisan inconditionnel de la justice sociale et de la vérité.]

Photos: Pierre VIDAL-NAQUET et quelques-uns de ses ouvrages:
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Alayn

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* 15/06/2010, 00:20
Message #8
Dans une remarquable synthèse, L'Invention de la politique [Politics in the Ancient World, Cambridge, 1983, trad. fr. Paris, Flammarion, coll. "Champs", 1985. Citations p. 36 et p. 160.], l'un d'entre eux, Moses I. FINLEY, le plus important des auteurs issus de "l'Ecole de Francfort", concluait en décrivant les sociétés anciennes comme étant essentiellement "des sociétés agraires, où les conflits de classe ouverts (...) mettaient aux prises régulièrement et exclusivement les paysans endettés et leurs créanciers, membres de l'aristocratie terrienne qui, en fait comme en droit, monopolisaient le pouvoir et l'autorité". C'est cette lutte entre une classe exploitée de paysans pauvres ou sans terre, ayant pour programme le "mot d'ordre révolutionnaire ", et une classe exploiteuse de riches propriétaires fonciers, héritière des roitelets de la féodalité archaïque magnifiée à jamais par HOMERE, qui fut le principal moteur de l'histoire ancienne. C'est pour tenter de résoudre cette contradiction sociale que les Grecs en général, et les Athéniens en particulier, s'engagèrent dans toute une série de révolutions.

Photos: couverture du livre de Moses I. FINLEY et statue d'HOMERE:
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Alayn

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* 15/06/2010, 01:23
Message #9
De la même façon que les révolutions bourgeoises naquirent de l'adhésion des masses à la philosophie des Lumières, les révolutions politiques de l'Antiquité furent précédées et accompagnées par une révolution des mentalités.

Celle-ci trouve sa source dans une transformation majeure de l'art de la guerre, que les historiens ont coutume d'appeler "réforme (ou révolution) hoplitique" et de situer vers le milieu du VIIe siècle: l'armée archaïque, où la chevalerie aristocratique est soutenue par une piétaille légèrement équipée et mal organisée, est mise en échec par de nouveaux fantassins lourds, les hoplites, qui combattent en lignes serrées. L'ordre féodal a perdu la faveur des dieux, et la force appartient désormais à la masse des guerriers-paysans, qui s'attelle à reconstruire son univers selon ses propres conceptions. Pour faire (trop) bref, la fraternité d'armes inhérente à la formation en ligne, ainsi que le souci d'un partage équitable du butin, favorisèrent le développement d'une vision du monde profondément égalitaire, vision qu'on retrouve au coeur de la fondation d'innombrables "cités-Etats" -les poleis- aussi bien que de la formidable explosion culturelle, longtemps considérée comme un "miracle" inexplicable, qui a offert à l'humanité le plus précieux de tous les cadeaux somptuaires: les clefs de la connaissance - géométrie, géographie, astronomie, physique, biologie, philosophie, et la clef des clefs, qui donne accès à toutes les autres, l'histoire, découverte au milieu de ce tourbillon par THUCYDIDE, stratège athénien partisan de la démocratie directe. [Les livres intéressants ne manquent pas sur cette fascinante révolution: on peut renvoyer ici à Jean-Pierre VERNANT, Les Origines de la pensée grecque (1962 ; rééd. Paris, PUF, coll. "Quadrige", 2007) ; à Marcel DETIENNE, Les Maîtres de Vérité dans la Grèce archaïque (1967 ; rééd. Paris, Le Livre de poche, coll. "Philosophie" n° 611, 2006) ; à Geoffrey E. R. LLOYD, Origines et Développement de la science grecque (1979 ; trad. fr. Paris, Flammarion, coll. "Champs", 1990). Pour l'aspect plus proprement historique, on peut lire de Claude MOSSE, La Grèce archaïque d'Homère à Eschyle (Paris, Ed. du Seuil, coll. "Points-Histoire", 1984), et le dernier ouvrage de Mogens H. HANSEN, Polis, Une introduction à la cité grecque (2006, trad. fr. Paris, Les Belles Lettres, coll. "Histoire", 2008), où l'auteur, entre autres questions, revient sur la vieille interprétation de Fustel de COULANGES qui, en 1864, dans La Cité antique, avait brossé le portrait d'une effrayante société totalitaire - de la société totalitaire qui était déjà en germe en 1864.]

Photos: soldats hoplites, THUCYDIDE et couvertures de quelques ouvrages cités:
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* 15/06/2010, 02:34
Message #10
La réalité de l'égalité est alors telle, dans toute la Grèce, que le langage est amené à inventer des mots nouveaux pour en exprimer les nuances: "isonomia (égalité de droits politiques), isègoria (égal droit de parole dans les assemblées politiques), isogonia (égalité par la naissance) et isokratia (égalité de pouvoir)" (p. 109). Jamais cependant, il faut s'empresser de le préciser, les Grecs n'ont sérieusement songé à faire de ces notions des valeurs universelles, au contraire: l'égalité politique est, par définition, le privilège des citoyens, qui ne sont partout qu'une minorité de la population.

C'est donc bien parce que ces idéaux égalitaires ont été les idées du groupe social dominant qu'ils se sont imposés comme les idées dominantes de l'époque. On peut ainsi dire que si les Grecs pouvaient admettre la célèbre formule d'ARISTOTE définissant l'être humain comme un "animal politique", ils l'auraient volontiers complétée par la maxime qui régit la Ferme des animaux de George ORWELL, "tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres" ; et que s'ils inventèrent tant de constitutions, si diverses qu'elles couvrent tout l'éventail qui va de Sparte, prototype d'Etat policier et terroriste, à la démocratie radicale athénienne, c'est parce qu'ils eurent partout à trancher la question de savoir précisément qui peut prétendre à l'égalité - et spécialement si la masse du dèmos, le "petit peuple" de citoyens pauvres qui n'ont pas les moyens de s'offrir le relativement coûteux équipement hoplitique, peut ou non y prétendre.

Photos: hoplite grec et couverture du livre La ferme des animaux de George ORWELL:
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* 16/06/2010, 02:27
Message #11
Dans son traité de Politique (III, 8, 1279b), ARISTOTE lui-même fait de l'octroi du plein droit de cité à la seule minorité des "nantis" (euporoi), ou de son extension à la majorité des "démunis" (aporoi), le critère déterminant, en dernière analyse, le caractère oligarchique ou démocratique d'une cité. C'est ainsi que la classe des ouvriers agricoles finit par remporter à Athènes des droits politiques égaux à ceux de la classe des propriétaires terriens, tandis qu'à Sparte elle lui fut absolument soumise: dépouillés de tout droit, y compris à la plus élémentaire dignité humaine, les "hilotes" condamnés héréditairement aux travaux forcés à perpétuité, parqués comme du bétail, surveillés en permanence, délibérément affamés et harcelés sans répit par des escadrons de la mort nocturnes, pouvaient envier même le sort des esclaves, ailleurs.

Photos: ARISTOTE et un Spartiate montrant à ses enfants des hilotes:
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* 16/06/2010, 03:14
Message #12
A l'orée du VIe siècle, à Athènes, les troubles civils avaient atteint une telle intensité que, pour éviter un bain de sang, les diverses factions s'accordèrent pour faire appel à la médiation de SOLON, "le plus sage des Sept Sages", qui parvint à calmer les esprits en imposant une série d'énergiques réformes, dont les principales furent la levée de toutes les hypothèques et l'abolition totale de l'esclavage pour dettes ; mais il se garda bien de satisfaire aux revendications radicales des plus pauvres, et s'attacha au contraire à instituer l'inégalité sociale, en répartissant les citoyens en quatre classes censitaires et en rédigeant une constitution ploutocratique. Mais ce faisant, il brisait aussi les deux plus solides piliers de la domination traditionnelle, le droit du sang et la force de loi des révélations sacrées, si aisément manipulables par les puissants du moment. (Au demeurant, c'est la Constitution de SOLON elle-même qui fut investie par les Athéniens de tous les attributs d'un texte sacré, et invariablement, tous les bouleversements institutionnels qui suivirent se firent au nom du rétablissement de la pureté originelle de la "constitution des ancêtres".) En réalité, le compromis solonien fut de courte durée: trente ans plus tard, les luttes intestines avaient de nouveau mené Athènes au bord de la guerre civile, ouvrant la voie du pouvoir à l'audacieux qui saurait se concilier, par ses cadeaux et ses promesses, la masse du dèmos en ébullition. Pisistrate établit ainsi sa durable "tyrannie", sorte de dictature populiste éclairée sous laquelle Athènes s'affirma pour la première fois comme une grande cité d'art et de culture.

Photos: SOLON sur son trône et portrait de Pisistrate:
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* 16/06/2010, 04:18
Message #13
Les deux fils héritiers de Pisistrate n'ayant pas, comme on imagine, la même habileté que leur père, s'attirèrent assez d'inimitiés pour être, l'un assassiné, l'autre ensuite renversé par une conspiration aristocratique menée par CLISTHENE et Isagoras, qui avaient négocié avec Sparte l'intervention opportune d'un corps expéditionnaire.

On connaît très mal le détail des évènements révolutionnaires qui se déroulèrent alors à Athènes, dans les dernières années du VIe siècle: il semble que CLISTHENE, l'aristocrate sincèrement acquis aux idées nouvelles, parvint à fomenter une insurrection populaire en sa faveur. Parvenu au pouvoir (?), CLISTHENE entreprit sur-le-champ de démolir méthodiquement les structures de la vieille société stratifiée (lignages, patronages, solidarités tribales et régionales, qui envenimaient tous les conflits civils), et de tout refonder sur la base d'un rigoureux plan géométrico-politique conçu pour garantir à tous les citoyens un droit égal de participer aux instances de décision de la cité. CLISTHENE enfin paracheva son oeuvre en instituant "l'ostracisme", procédure en deux temps par laquelle le peuple pouvait condamner à un exil de dix ans quiconque était suspecté de briguer un pouvoir personnel. C'est cette "révolution clisthénienne" qui marque la naissance de la démocratie athénienne. [Pierre LEVEQUE et Pierre VIDAL-NAQUET ont consacré une très stimulante étude à la révolution clisthénienne: Clisthène l'Athénien, Essai sur la représentation de l'espace et du temps dans la pensée politique grecque de la fin du VIe siècle à la mort de Platon (1964 ; rééd. Paris, Macula, 1992, épuisé).] Le nouveau régime ne fit pourtant pas complètement table rase du passé: ni les classes censitaires de SOLON, ni le vieux conseil des patriarches, l'Aréopage, ne furent jamais formellement abolis ; les premières tombèrent simplement en désuétude, parce qu'incompatibles avec le bon fonctionnement de la démocratie ; quant à l'Aréopage, il fut dépouillé de tout pouvoir politique par l'initiative du démocrate radical Ephialte, en 462, avant d'être réinvesti au siècle suivant de fonctions techniques mineures - et "la boucle fut bouclée quand Athènes ne fut plus qu'une cité dans une province de l'Empire romain: au dernier siècle de la République et pendant le principat, l'Aréopage redevint l'organe le plus important de l'Etat athénien, comme il l'avait été à l'époque archaïque, avant CLISTHENE et Ephialte" (p. 333).

Photos: CLISTHENE, un Aréopage grec et la couverture du livre de Pierre LEVEQUE et de Pierre VIDAL-NAQUET:
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* 17/06/2010, 03:41
Message #14
L'Athènes démocratique s'imposa immédiatement, par son intelligence et son courage, comme la première puissance de la Méditerranée orientale: sa victoire décisive sur l'armée de Darius, à Marathon en 490, remportée malgré la défection des terribles Spartiates, la plaça à la tête de la coalition qui, en gagnant les "guerres médiques", écarta la menace que l'empire perse faisait peser sur l'indépendance des cités grecques. Dans le même temps les Athéniens découvraient les richesses de leur sous-sol, naturellement considéré comme propriété commune, et sur proposition de l'habile Thémistocle, affectèrent les premiers revenus de l'exploitation des mines d'argent du Laurion à la construction d'une puissante flotte de guerre, qui fit d'Athènes la maîtresse incontestée de la mer, après qu'elle eut, en 480, écrasé la flotte de Xerxès à Salamine. Les libres cités d'Asie Mineure, qui avaient été à l'avant-garde de la révolution culturelle de l'époque précédente, firent alors appel à la protection d'Athènes: davantage menacées par la puissance impériale perse, elles avaient eu aussi un avant-goût de ce que valait la protection spartiate, en ayant eu à subir le comportement tyrannique de Pausanias, commandant en chef de l'armée de coalition. De nombreuses cités se rallièrent ainsi à la démocratie athénienne dans une "ligue de Délos" qui fut malheureusement cause de la plus grave erreur politique de l'histoire d'Athènes: au lieu d'y voir l'opportunité de réaliser sur une plus grande échelle les idéaux démocratiques, les Athéniens cédèrent à la tentation de la piraterie - extorsions, expéditions punitives, jusqu'à faire scandaleusement main basse sur le trésor commun de la ligue.

Dernière photo: la bataille de Salamine:
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* 22/06/2010, 04:09
Message #15
On ne peut pas dire qu'ils firent mauvais usage de leur butin, puisqu'ils se payèrent toutes les merveilles du "siècle de Périclès", les monuments de l'Acropole aussi bien que les grandes fêtes populaires où rivalisaient de génie les ESCHYLE, SOPHOCLE et EURIPIDE, attirant irrésistiblement les plus grands esprits du temps, HERODOTE venu d'Halicarnasse, ZENON d'Elée, ANAXAGORE de Clazomène, PROTAGORAS d'Abdère, lui qui professait <<que désormais "l'homme était la mesure de toute chose" et que les dieux n'étaient peut-être qu'invention de l'esprit humain>>. [Claude MOSSE, Histoire d'une démocratie: Athènes (1971 ; rééd. Paris, Ed. du Seuil, coll. "Points - Histoire", 2007), p. 54 ; du même auteur, on lira plutôt maintenant Périclès, l'inventeur de la démocratie (Paris, Payot, coll. "Biographie Payot", 2005).] De plus, sur proposition de PERICLES, petit-neveu de CLISTHENE, l'Assemblée du peuple instituait le misthos, salaire civique calculé pour garantir aux citoyens pauvres qu'ils ne perdraient pas le revenu de leur travail pour le temps passé au service de la cité, et qui fut progressivement étendue jusqu'à rémunérer, au IVe siècle, la participation à l'Assemblée centrale.

Photos: HERODOTE, ESCHYLE et SOPHOCLE côte à côte, EURIPIDE, PERICLES:
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Alayn

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* 22/06/2010, 05:28
Message #16
Mais c'est bien la démesure et l'orgueil de la politique péricléenne qui perdirent une première fois Athènes: trop confiante en sa propre force, alors même qu'elle avait perdu beaucoup de son prestige moral, la cité s'engageait dans une guerre à outrance contre Sparte et ses alliés qui devait durer presque trente ans, et aboutir à la ruine et à la destruction de la puissance athénienne. Les ennemis de la démocratie, organisés dans des sociétés secrètes, profitèrent bien entendu de la situation pour tenter de renverser le régime: en 411 d'abord, une campagne d'assassinats leur permit de prendre le pouvoir à Athènes ; mais les marins de la flotte, alors basée en l'île de Samos, refusèrent de se soumettre à la nouvelle autorité, et rentrèrent chasser les usurpateurs.
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Alayn

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* 23/06/2010, 04:12
Message #17
Puis quelques années plus tard, la flotte athénienne ayant été totalement anéantie à la bataille d'Aigos Potamos, désastre qui mit un terme à la "guerre du Péloponnèse", les Spartiates vainqueurs eurent la clémence de renoncer à raser la ville et disperser ses habitants, se contentant de favoriser une seconde révolution oligarchique.

Le nouveau régime fit régner la terreur pendant quelques mois à peine avant d'être renversé par une insurrection armée menée par THRASYBULE, et la démocratie restaurée -réformée et renforcée- se maintint durant huit décennies, sans crise interne majeure, jusqu'à la conquête macédonienne et l'abolition brutale de la constitution démocratique, en 322, par le vieil Antipatros, général héritier d'Alexandre.
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mowgly

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* 25/06/2010, 20:24
Message #18
Salut !
Bon ça claque bien tout ça mais j'attend la suite avec impatience. C'est super prenant et ta biblio est super riche.
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Alayn

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* 26/06/2010, 03:24
Message #19
Dès lors, et pour plus d'un siècle, l'histoire d'Athènes fut déterminée par les incessantes luttes des dynasties des Diadoques pour le partage du monde hellénistique: ainsi les démocrates profitèrent des luttes entre les successeurs d'Antipatros pour faire la révolution, dès 318 ; mais Cassandre, fils d'Antipatros, ayant rapidement vaincu son rival, rétablit à Athènes un régime oligarchique à sa botte. La démocratie directe jeta ses derniers feux entre 307, quand l'armée de Démétrios, fils d'Antigone le Borgne, "libéra" la Grèce du joug de Cassandre, et 300, quand après la défaite des Antigonides à la bataille d'Ipsos, le chef d'un corps de mercenaires, Lacharès, soutenu par Cassandre, s'empara du pouvoir à la faveur du désordre et de la famine qui régnaient à Athènes. (C'est au cours de ces sept années où les Athéniens crurent encore pouvoir sauver leur pleine et entière liberté qu'ils accueillirent les deux nouvelles écoles philosophiques qui eurent tant d'influence jusqu'au triomphe du christianisme, le Jardin d'EPICURE et le Portique de ZENON de Kition.) Une brève restauration démocratique eut à nouveau lieu en 295, quand Démétrios 1er, de retour en Grèce après avoir refait ses forces, chassa Lacharès au terme d'un terrible siège et de combats acharnés, avant d'abolir une fois de plus la démocratie, quinze mois plus tard. A sa chute, en 287, les Athéniens firent une nouvelle révolution démocratique, et surent conserver une liberté précaire pendant un quart de siècle, grâce à la protection des lointains Ptolémées ; mais une partie de l'Attique, y compris Le Pirée, restait sous contrôle des Antigonides, qui rétablirent leur puissance en Grèce -et la dictature à Athènes- en remportant la "guerre de Chrémonidès" (du nom de l'Athénien qui fut à l'initiative de la coalition de cités qui échoua encore une fois à abattre la monarchie macédonienne). Athènes recouvra son indépendance en 229, quand à la mort de Démétrios II, petit-fils du premier du nom, le commandant en chef des troupes d'occupation, un certain DIOGENE, accepta tout bonnement de licencier ses garnisons. La cité se réfugia alors dans une politique de stricte neutralité, avant de se mettre sous la protection de la nouvelle grande puissance, la Rome républicaine qui, dans le même temps qu'elle subjuguait militairement tout le monde méditerranéen, se laissait subjuguer culturellement par la Grèce, et particulièrement par Athènes - qui devenait certes la plus prestigieuse école de l'oligarchie romaine mais perdait ainsi, en une lente et graduelle érosion, son farouche esprit de liberté, jusqu'à ce que la démocratie directe ne fût plus, sous l'Empire, qu'un vague et lointain souvenir. [Nous avons suivi ici le récit de Christian HABICHT: Athènes hellénistique, Histoire de la cité d'Alexandre le Grand à Marc Antoine (1995 ; trad. fr. Paris, Les Belles Lettres, coll. "Histoire", 1999, rééd. 2006).]

Photos: Démétrios, Lacharès, EPICURE, ZENON...:
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Alayn

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* 27/06/2010, 03:09
Message #20
Depuis Engels, on avait coutume de faire de "l'impérialisme" athénien du Ve siècle la condition sine qua non du bon fonctionnement du régime démocratique. Cette idée était étroitement liée au jugement global porté sur le siècle suivant, depuis toujours considéré, sur la foi de ce grincheux contempteur du dèmos qu'était PLATON, comme étant déjà une époque de décadence. (Il est vrai que les éclatantes lumières du temps de PERICLES ont rejeté dans leur ombre les réalisations moins tapageuses du siècle qui suivit ; mais n'est-il pas tout de même étrange que l'on se soit tant complu à juger sur le déclin la cité qui abrita les écoles fondatrices de deux millénaires de science et de philosophie, l'Académie de PLATON et le Lycée d'ARISTOTE ?) C'est à Mogens HANSEN que l'on doit d'avoir pour ainsi dire "réhabilité" tout le "siècle de DEMOSTHENE", simplement en le reconsidérant sous l'angle des institutions de la démocratie directe, là où avait toujours prédominé la sévérité de jugement soit de la philosophie idéaliste, pour laquelle le peuple n'est que racaille inculte se vautrant dans ses bas instincts, soit de la froide histoire qui jauge tout à l'aune de la domination. Certes, la démocratie athénienne fut au cours du IVe siècle confrontée à des difficultés de plus en plus insurmontables, dans la gestion de son trésor et dans ses relations avec ses voisins ; mais ces deux aspects en réalité n'en sont qu'un, lié à un contexte général qui dépassait de loin la seule Athènes, comme l'a bien montré HANSEN: "Ce n'étaient donc pas les institutions démocratiques qui mirent Athènes au bord de la banqueroute, mais la succession ininterrompue des guerres, qui exigeaient des dépenses bien supérieures à tous les salaires politiques réunis." (p. 360) Ainsi l'Athènes du IVe siècle a prouvé que la démocratie pouvait se passer d'"empire" (terme au demeurant plutôt impropre, pour une "zone d'influence" à l'échelle de la seule mer Egée): HANSEN conclut à ce propos que si "ce sont bien la nécessité d'administrer l'empire, à partir du milieu du Ve siècle, et les revenus de cet empire qui permirent l'épanouissement des institutions démocratiques et l'introduction des premières formes de salaire politique", il reste que "la démocratie athénienne ne dépendait pas des revenus de l'empire" (p. 363, souligné dans l'original).

1ière photo: PLATON et ARISTOTE.
Seconde photo: DEMOSTHENE
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