webreader
19 Pages V  < 1 2 3 4 > »   
Reply to this topicStart new topic
> L'Entr'aide, Un Facteur de l'Evolution

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 06/01/2011, 04:12
Message #21
L'importance du facteur de l'entr'aide "si seulement on en pouvait démontrer la généralité" n'échappa pas au vif génie naturaliste de Johann Wolfgang von GOETHE. Lorsqu'un jour Johann Peter ECKERMANN dit à GOETHE -c'était en 1827- que deux petits de roitelets, qui s'étaient échappés, avaient été retrouvés le jour suivant dans un nid de rouges-gorges (Rothkehlchen), qui nourrissaient ces oisillons en même temps que leurs propres petits, l'intérêt de GOETHE fut vivement éveillé par ce récit. Il y vit une confirmation de ses conceptions panthéistes, et dit: "S'il était vrai que ce fait de nourrir un étranger se rencontrât dans toute la Nature et eût le caractère d'une loi générale - bien des énigmes seraient résolues." Il revint sur ce sujet le jour suivant, et pria instamment Johann Peter ECKERMANN (qui était, comme on sait, zoologiste) d'en faire une étude spéciale, ajoutant qu'il y pourrait découvrir "des conséquences d'une valeur inestimable".
(Gespräche, édition de 1848, vol. III, pp. 219, 221.)

Malheureusement, cette étude ne fut jamais faite, quoiqu'il soit fort possible qu'Alfred-Edmund BREHM, qui a accumulé dans ses ouvrages tant de précieux documents relatifs à l'entr'aide parmi les animaux, ait pu être inspiré par la remarque de GOETHE.

Photos: Portraits de GOETHE et de Johann Peter ECKERMANN. La dernière photo étant celle d'Alfred-Edmund BREHM:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée

Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 09/01/2011, 03:20
Message #22
Dans les années 1872-1886, plusieurs ouvrages importants, traitant de l'intelligence et de la vie mentale des animaux, furent publiés (ils sont cités dans une note du chapitre I), et trois d'entre eux touchent plus particulièrement le sujet qui nous occupe ; ce sont: Les sociétés animales d'Alfred ESPINAS (Paris, 1877), La lutte pour l'existence et l'association pour la lutte, conférence par Jean-Louis de LANESSAN (avril 1881) et le livre de Louis BUCHNER, Liebe und Liebes-Leben in der Thierwelt, dont une première édition parut en 1879, et une seconde édition, très augmentée, en 1885.

Photos: Portraits de Jean-Louis de LANESSAN (connu aussi sous le nom de Jean-Marie de LANESSAN) et celui de Louis BUCHNER:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 09/01/2011, 05:03
Message #23
Tous ces livres sont excellents ; mais il y a encore place pour un ouvrage dans lequel l'entr'aide serait considérée, non seulement comme un argument en faveur de l'origine pré-humaine des instincts moraux, mais aussi comme une loi de la nature et un facteur de l'évolution. Alfred ESPINAS porta toute son attention sur ces sociétés animales (fourmis et abeilles) qui reposent sur une division physiologique du travail ; et bien que son livre soit plein d'ingénieuses suggestions de toutes sortes, il fut écrit à une époque où l'évolution des sociétés humaines ne pouvait être étudiée avec les connaissances que nous possédons aujourd'hui. La conférence de Jean-Louis de LANESSAN est plutôt un brillant exposé du plan général d'un ouvrage sur l'appui mutuel, commençant par les rochers de la mer et passant en revue le monde des plantes, des animaux et des hommes. Quant à l'ouvrage de Louis BUCHNER, si fertile en idées qu'il soit et malgré sa richesse en faits, je n'en peux accepter la pensée dominante. Le livre commence par un hymne à l'amour, et presque tous les exemples sont choisis dans l'intention de prouver l'existence de l'amour et de la sympathie parmi les animaux. Mais, réduire la sociabilité animale à l'amour et à la sympathie est aussi réduire sa généralité et son importance ; de même, en basant la morale humaine seulement sur l'amour et la sympathie personnelle, on n'a fait que restreindre le sens du sentiment moral dans son ensemble. Ce n'est pas l'amour de mon voisin -que souvent que je ne connais pas du tout- qui me pousse à saisir un seau d'eau et à m'élancer vers sa demeure en flammes ; c'est un sentiment bien plus large, quoique plus vague: un instinct de solidarité et de sociabilité humaine.


Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 18/01/2011, 03:07
Message #24
Il en est de même pour les animaux. Ce n'est pas l'amour, ni même la sympathie (au sens strict du mot) qui pousse une troupe de ruminants ou de chevaux à former un cercle pour résister à une attaque de loups: ni l'amour qui pousse les loups à se mettre en bande pour chasser ; ni l'amour qui pousse les petits chats ou les agneaux à jouer ensemble, ou une douzaine d'espèces de jeunes oiseaux à vivre ensemble en automne ; et ce n'est ni l'amour, ni la sympathie personnelle qui pousse des milliers de chevreuils, disséminés sur un territoire aussi grand que la France, à constituer des ensembles de troupeaux, marchant tous vers le même endroit afin de traverser une rivière en un point donné. C'est un sentiment infiniment plus large que l'amour ou la sympathie personnelle, un instinct qui s'est peu à peu développé parmi les animaux et les hommes au cours d'une évolution extrêmement lente, et qui a appris aux animaux comme aux hommes la force qu'ils pouvaient trouver dans la pratique de l'entr'aide et du soutien mutuel, ainsi que les plaisirs que pouvait leur donner la vie sociale.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée

Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 19/01/2011, 02:56
Message #25
L'importance de cette distinction sera facilement appréciée par tous ceux qui étudient la psychologie animale, et encore plus par ceux qui s'occupent de la morale humaine.

L'amour, la sympathie et le sacrifice de soi-même jouent certainement un rôle immense dans le développement progressif de nos sentiments moraux. Mais ce n'est ni sur l'amour ni même sur la sympathie que la société est basée dans l'humanité: c'est sur la conscience de la solidarité humaine, -ne fût-elle même qu'à l'état d'instinct ;- sur le sentiment inconscient de la force que donne à chacun la pratique de l'entr'aide, sur le sentiment de l'étroite dépendance du bonheur de chacun et du bonheur de tous, et sur un vague sens de justice ou d'équité, qui amène l'individu à considérer les droits de chaque autre individu comme égaux aux siens. Sur cette large base se développent les sentiments moraux supérieurs. Mais ce sujet dépasse les limites de cet ouvrage, et je ne ferai qu'indiquer ici une conférence, "Justice et moralité", que j'ai faite en réponse à l'opuscule de Thomas Henry HUXLEY, Ethics, et où j'ai traité cette question avec quelque détail, et les articles sur l'Ethique que j'ai commencé à publier dans la revue Nineteenth Century.

Photo: Thomas Henry HUXLEY:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 19/01/2011, 03:51
Message #26
Je pensai donc qu'un livre sur l'Entr'aide considérée comme une loi de la nature et comme facteur de l'évolution pourrait combler une lacune importante. Lorsque Thomas Henry HUXLEY publia, en 1888, son manifeste de lutte pour la vie (Struggle for Existence and its Bearing upon Man), qui, à mon avis, donnait une interprétation très incorrecte des faits de la nature, tels que nous les voyons dans la brousse et dans la forêt, je me mis en rapport avec le directeur de la revue Nineteenth Century, lui demandant s'il voudrait publier une réfutation méthodique des opinions d'un des plus éminents darwinistes. M. James Knowles reçut cette proposition avec la plus grande sympathie. J'en parlai aussi à Henry Walter BATES, le grand collaborateur de Charles DARWIN. "Oui, certainement ; c'est là le vrai darwinisme, répondit-il ; Ce qu'ils ont fait de Darwin est abominable. Ecrivez ces articles, et quand ils seront imprimés, je vous écrirai une lettre que vous pourrez publier." Malheureusement je mis près de sept ans à écrire ces articles et, quand le dernier parut, Henry Walter BATES était mort.

Photos: Thomas Henry HUXLEY et Henry Walter BATES:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 19/01/2011, 04:42
Message #27
Après avoir examiné l'importance de l'entr'aide dans les différentes classes d'animaux, je dus examiner le rôle du même facteur dans l'évolution de l'homme. Ceci était d'autant plus nécessaire qu'un certain nombre d'évolutionnistes, qui ne peuvent refuser d'admettre l'importance de l'entr'aide chez les animaux, refusent, comme l'a fait Herbert SPENCER, de l'admettre chez l'homme. Chez l'homme primitif, soutiennent-ils, la guerre de chacun contre tous était la loi de la vie. J'examinerai, dans les chapitres consacrés aux Sauvages et aux Barbares, jusqu'à quel point cette affirmation, qui a été trop complaisamment répétée, sans critique suffisante, depuis Thomas HOBBES, est confirmée par ce que nous savons des périodes primitives du développement humain.

Photos: Herbert SPENCER, Thomas HOBBES et aborigènes australiens:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 20/01/2011, 02:35
Message #28
Après avoir examiné le nombre et l'importance des institutions d'entr'aide, formées par le génie créateur des masses sauvages et à demi sauvages pendant la période des clans, et encore plus pendant la période suivante des communes villageoises, et après avoir constaté l'immense influence que ces institutions primitives ont exercé sur le développement ultérieur de l'humanité jusqu'à l'époque actuelle, je fus amené à étendre mes recherches également aux époques historiques. J'étudiai particulièrement cette période si intéressante des libres républiques urbaines du Moyen Age, dont on n'a pas encore suffisamment reconnu l'universalité ni apprécié l'influence sur notre civilisation moderne. Enfin, j'ai essayé d'indiquer brièvement l'immense importance que les instincts d'entr'aide, transmis à l'humanité par les héritages d'une très longue évolution, jouent encore aujourd'hui dans notre société moderne, - dans cette société que l'on prétend reposer sur le principe de "chacun pour soi et l'Etat pour tous", mais qui ne l'a jamais réalisé et ne le réalisera jamais.

Photos: vues de villes du Moyen Age:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 20/01/2011, 03:44
Message #29
On peut objecter à ce livre que les animaux aussi bien que les hommes y sont présentés sous un aspect trop favorable ; que l'on a insisté sur leurs qualités sociables, tandis que leurs instincts anti-sociaux et individualistes sont à peine mentionnés. Mais ceci était inévitable. Nous avons tant entendu parler dernièrement de "l'âpre et impitoyable lutte pour la vie", que l'on prétendait soutenue par chaque animal contre tous les autres animaux, par chaque "sauvage" contre tous les autres "sauvages" et par chaque homme civilisé contre tous ses concitoyens -et ces assertions sont si bien devenues des articles de foi- qu'il était nécessaire, tout d'abord, de leur opposer une vaste série de faits montrant la vie animale et humaine sous un aspect entièrement différent. Il était nécessaire d'indiquer l'importance capitale qu'ont les habitudes sociales dans la nature et dans l'évolution progressive, tant des espèces animales que des êtres humains ; de prouver qu'elles assurent aux animaux une meilleure protection contre leurs ennemis, très souvent des facilités pour la recherche de leur nourriture (provisions d'hiver, migrations, etc.), une plus grande longévité et, par conséquent, une plus grande chance de développement des facultés intellectuelles ; enfin il fallait montrer qu'elles ont donné aux hommes, outre ces avantages, la possibilité de créer les institutions qui ont permis à l'humanité de triompher dans sa lutte acharnée contre la nature et de progresser, malgré toutes les vicissitudes de l'histoire. C'est ce que j'ai fait. Aussi est-ce un livre sur la loi de l'entr'aide, considérée comme l'un des principaux facteurs de l'évolution ; mais ce n'est pas un livre sur tous les facteurs de l'évolution et sur leur valeur respective. Il fallait que ce premier livre-ci fût écrit pour qu'il soit possible d'écrire l'autre.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 21/01/2011, 02:50
Message #30
Je serais le dernier à vouloir diminuer le rôle que la revendication du "moi" de l'individu a joué dans l'évolution de l'humanité. Toutefois ce sujet exige, à mon avis, d'être traité beaucoup plus à fond qu'il ne l'a été jusqu'ici. Dans l'histoire de l'humanité la revendication du moi individuel a souvent été, et est constamment, quelque chose de très différent, quelque chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus profond que cet "individualisme" étroit, cette "revendication personnelle" inintelligente et bornée qu'invoquent un grand nombre d'écrivains. Et les individus qui ont fait l'histoire n'ont pas été seulement ceux que les historiens ont représenté comme des héros. Mon intention est donc, si les circonstances le permettent, d'examiner séparément la part qu'a eue la revendication du "moi" individuel dans l'évolution progressive de l'humanité. Je ne puis faire ici que les quelques remarques suivantes d'un caractère tout à fait général. Lorsque les diverses institutions successives d'entr'aide -la tribu, la commune du village, les guildes, la cité du Moyen Age- commencèrent, au cours de l'histoire, à perdre leur caractère primitif, à être envahies par des croissances parasites, et à devenir ainsi des entraves au progrès, la révolte de l'individu contre ces institutions présenta toujours deux aspects différents. Une partie de ceux qui se soulevaient luttaient pour améliorer les vieilles institutions ou pour élaborer une meilleure organisation, basée sur les mêmes principes d'entr'aide.
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 21/01/2011, 03:39
Message #31
Ils essayaient, par exemple, d'introduire le principe de la "compensation" à la place de la loi du talion, et plus tard le pardon des offenses, ou un idéal encore plus élevé d'égalité devant la conscience humaine, au lieu d'une "compensation", proportionnelle à la caste de l'individu lésé. Mais à côté de ces efforts, d'autres individus se révoltaient pour briser les institutions protectrices d'entr'aide, sans autre intention que d'accroître leurs propres richesses et leur propre pouvoir. C'est dans cette triple lutte, entre deux classes de révoltés et les partisans de l'ordre établi, que se révèle la vraie tragédie de l'histoire. Mais pour retracer cette lutte et pour étudier avec sincérité le rôle joué dans l'évolution de l'humanité par chacune de ces trois forces, il faudrait au moins autant d'années que j'en ai mis à écrire ce livre.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 22/01/2011, 03:36
Message #32
Parmi les oeuvres traitant à peu près le même sujet, parues depuis la publication de mes articles sur l'entr'aide chez les animaux, il faut citer The Lowell Lectures on the Ascent of Man, par Henry DRUMMOND (Londres, 1894), et The Origin and Growth of the Moral Instinct, par Alexander SUTHERLAND (Londres, 1898). Ces deux livres sont conçus suivant les grandes lignes de l'ouvrage de Louis BUCHNER sur l'amour ; et dans le second de ces livres le sentiment de famille et de parenté, considéré comme la seule influence agissant sur le développement des sentiments moraux est traité assez longuement. Un troisième ouvrage, traitant de l'homme et construit sur un plan analogue, The Principles of Sociology par le professeur Franklin Henry GIDDINGS, a paru en première édition à New-York et à Londres en 1896, et les idées dominantes en avaient déjà été indiquées par l'auteur dans une brochure en 1894. Mais c'est à la critique scientifique que je laisse le soin de discuter les points de contact, de ressemblance ou de différence entre ces ouvrages et le mien.

Photo: Franklin Henry GIDDINGS:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée

Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 22/01/2011, 23:05
Message #33
Les différents chapitres de ce livre ont paru dans le Nineteenth Century ("L'Entr'aide chez les animaux", en septembre et novembre 1890 ; "L'Entr'aide chez les sauvages", en avril 1891 ; "L'Entr'aide chez les Barbares", en janvier 1892 ; "L'Entr'aide dans la cité du Moyen Age", en août et septembre 1894 ; et "L'Entr'aide parmi les Modernes", en janvier et juin 1896). En les réunissant en un volume ma première intention était de rassembler dans un appendice la masse de documents, ainsi que la discussion de plusieurs points secondaires, qui n'auraient pas été à leur place dans des articles de revue. Mais l'appendice eût été deux fois plus gros que le volume, et il m'en fallut, sinon abandonner, au moins ajourner la publication. L'appendice du présent livre comprend la discussion de quelques points qui ont donné lieu à des controverses scientifiques durant ces dernières années ; dans le texte je n'ai intercalé que ce qu'il était possible d'ajouter sans changer la structure de l'ouvrage.

Je suis heureux de cette occasion d'exprimer à M. James Knowles, directeur du Nineteenth Century, mes meilleurs remerciements, tant pour l'aimable hospitalité qu'il a offerte dans sa revue à ces articles, aussitôt qu'il en a connu les idées générales, que pour la permission qu'il a bien voulu me donner de les reproduire en volume.

Bromley, Kent, 1902.

PS: J'ai profité de l'occasion que m'offrait la publication de cette traduction française pour revoir soigneusement le texte et ajouter quelques faits à l'appendice.

Janvier 1906.

Photo: Pierre KROPOTKINE:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 23/01/2011, 01:06
Message #34
CHAPITRE I

L'ENTR'AIDE PARMI LES ANIMAUX


La conception de la lutte pour l'existence comme facteur de l'évolution, introduite dans la science par Charles DARWIN et Alfred Russel WALLACE, nous a permis d'embrasser un vaste ensemble de phénomènes en une seule généralisation, qui devint bientôt la base même de nos spéculations philosophiques, biologiques et sociologiques. Une immense variété de faits: adaptations de fonction et de structure des êtres organisés à leur milieu ; évolution physiologique et anatomique ; progrès intellectuel et même développement moral, que nous expliquions autrefois par tant de causes différentes, furent réunis par Charles DARWIN en une seule conception générale. Il y reconnut un effort continu, une lutte contre les circonstances adverses, pour un développement des individus, des races, des espèces et des sociétés tendant à un maximum de plénitude, de variété et d'intensité de vie. Peut-être, au début, Charles DARWIN lui-même ne se rendait-il pas pleinement compte de l'importance générale du facteur qu'il invoqua d'abord pour expliquer une seule série de faits, relatifs à l'accumulation de variations individuelles à l'origine d'une espèce. Mais il prévoyait que le terme qu'il introduisait dans la science perdrait sa signification philosophique, la seule vraie, s'il était employé exclusivement dans son sens étroit - celui d'une lutte entre des individus isolés, pour la simple conservation de l'existence de chacun d'eux. Dans les premiers chapitres de son mémorable ouvrage il insistait déjà pour que le terme fût pris dans son "sens large et métaphorique, comprenant la dépendance des êtres entre eux, et comprenant aussi (ce qui est plus important) non seulement la vie de l'individu mais aussi le succès de sa progéniture."
[Origine des espèces, ch, III.]

Photo: Charles DARWIN et Alfred Russel WALLACE:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 23/01/2011, 02:02
Message #35
Bien que lui-même, pour les besoins de sa thèse spéciale, ait employé surtout le terme dans son sens étroit, il mettait ses continuateurs en garde contre l'erreur (qu'il semble avoir commise une fois lui-même) d'exagérer la portée de cette signification restreinte.
Dans The Descent of Man il a écrit quelques pages puissantes pour en expliquer le sens propre, le sens large. Il y signale comment, dans d'innombrables sociétés animales, la lutte pour l'existence entre les individus isolés disparaît, comment la lutte est remplacée par la coopération, et comment cette substitution aboutit au développement de facultés intellectuelles et morales qui assurent à l'espèce les meilleures conditions de survie. Il déclare qu'en pareil cas les plus aptes ne sont pas les plus forts physiquement, ni les plus adroits, mais ceux qui apprennent à s'unir de façon à se soutenir mutuellement, les forts comme les faibles, pour la prospérité de la communauté. "Les communautés, écrit-il, qui renferment la plus grande proportion de membres le plus sympathiques les uns aux autres, prospèrent le mieux et élèvent le plus grand nombre de rejetons" (2° édit. anglaise, p. 163).
L'idée de concurrence entre chacun et tous, née de l'étroite conception malthusienne, perdait ainsi son étroitesse dans l'esprit d'un observateur qui connaissait la nature.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

podcol

Groupe: Membre
Lieu : Creuse et Normandie

* 23/01/2011, 22:18
Message #36
Eh bien, je ne sais quoi dire: superbes photos Alayn, superbe sujet, très émouvant et très beau !.. Merci et bravo ! Je ne pensais pas que l'on puisse faire un tel sujet sur une telle notion...



"Colère et intolérance sont les ennemis d'une bonne compréhension"
Gandhi
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 24/01/2011, 02:00
Message #37
Bonsoir Podcol ! Merci...
Je pense qu'on peut faire des topics entiers sur n'importe quelle notion.^^
Là, il s'agit de celle de l'entr'aide et bien évidemment, elle est très particulière, émouvante, etc... mais très très intéressante !

Ca démarre sur les chapeaux de roues avec cette "controverse" entre Pierre KROPOTKINE et Charles DARWIN... C'est du très grand !

Et nous n'en sommes qu'au tout début du premier chapitre du pavé d'un des ouvrages de Pierre KROPOTKINE ! (arf !)

Bonne lecture !



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 24/01/2011, 04:00
Message #38
Malheureusement ces remarques, qui auraient pu devenir la base de recherches très fécondes, étaient tenues dans l'ombre par la masse de faits que Charles DARWIN avait réunis dans le dessein de montrer les conséquences d'une réelle compétition pour la vie. En outre il n'essaya jamais de soumettre à une plus rigoureuse investigation l'importance relative des deux aspects sous lesquels se présente la lutte pour l'existence dans le monde animal, et il n'a jamais écrit l'ouvrage qu'il se proposait d'écrire sur les obstacles naturels à la surproduction animale, ouvrage qui eût été la pierre de touche de l'exacte valeur de la lutte individuelle. Bien plus, dans les pages même dont nous venons de parler, parmi des faits réfutant l'étroite conception malthusienne de la lutte, le vieux levain malthusien reparaît, par exemple, dans les remarques de Charles DARWIN sur les prétendus inconvénients à maintenir "les faibles d'esprit et de corps" dans nos sociétés civilisées (ch. V). Comme si des milliers de poètes, de savants, d'inventeurs, de réformateurs, faibles de corps ou infirmes, ainsi que d'autres milliers de soi-disant "fous" ou "enthousiastes, faibles d'esprit" n'étaient pas les armes les plus précieuses dont l'humanité ait fait usage dans sa lutte pour l'existence - armes intellectuelles et morales, comme Charles DARWIN lui-même l'a montré dans ces mêmes chapitres de Descent of Man.

Photo: Charles DARWIN:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 29/01/2011, 05:07
Message #39
La théorie de Charles DARWIN eut le sort de toutes les théories qui traitent des rapports humains. Au lieu de l'élargir selon ses propres indications, ses continuateurs la restreignirent encore. Et tandis que Herbert SPENCER, partant d'observations indépendantes mais très analogues, essayait d'élargir le débat en posant cette grande question: "Quels sont les plus aptes ?" (particulièrement dans l'appendice de la troisième édition des Data of Ethics), les innombrables continuateurs de Charles DARWIN réduisaient la notion de la lutte pour l'existence à son sens le plus restreint. Ils en vinrent à concevoir le monde animal comme un monde de lutte perpétuelle entre des individus affamés, altérés de sang. Ils firent retentir la littérature moderne du cri de guerre Malheur aux vaincus, comme si c'était là le dernier mot de la biologie moderne. Ils élevèrent la "lutte sans pitié" pour des avantages personnels à la hauteur d'un principe biologique, auquel l'homme doit se soumettre aussi, sous peine de succomber dans un monde fondé sur l'extermination mutuelle. Laissant de côté les économistes, qui ne savent des sciences naturelles que quelques mots empruntés à des vulgarisateurs de seconde main, il nous faut reconnaître que même les plus autorisés des interprètes de Charles DARWIN firent de leur mieux pour maintenir ces idées fausses.
En effet, si nous prenons Thomas Henry HUXLEY, qui est considéré comme l'un des meilleurs interprètes de la théorie de l'évolution, ne nous apprend-il pas, dans son article, "Struggle for Existence and its Bearing upon Man", que:

jugé au point de vue moral, le monde animal est à peu près au niveau d'un combat de gladiateurs. Les créatures sont assez bien traitées et envoyées au combat ; sur quoi les plus forts, les plus vifs et les plus rusés survivent pour combattre un autre jour. Le spectateur n'a même pas à baisser le pouce, car il n'est point fait de quartier.

Photos: Herbert SPENCER et Thomas Henry HUXLEY:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

_Denis_

Invité

* 29/01/2011, 18:04
Message #40
Et voui Podcol, c'est ça les Anarchistes, entre autre !

Ourf!
Go to the top of the page
+Quote Post


19 Pages V  < 1 2 3 4 > » 
Reply to this topicStart new topic
0 membre(s):

 

Voir le classement des sites les plus populaires
RSS Version bas débit Nous sommes le : 21/07/2018 - 14:51