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> Le Catastrophisme

Alayn

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* 27/02/2010, 00:13
Message #1
DE L'USAGE DU CATASTROPHISME DANS L'IDEOLOGIE DOMINANTE
(Article de Philippe PELLETIER, géographe anarchiste, paru dans le Monde Libertaire n° 1457 du 30 novembre 2006, p. 11-13, l'hebdomadaire de la Fédération Anarchiste ; ainsi que dans Tierra y Libertad (Espagne), 222, février 2007, p. 11-13).


Qui n'a pas entendu parler du "réchauffement climatique" et des désastres qui s'en suivraient ? Reportages, émissions de télévision ou déclarations politiques chocs tendent à nous mettre face à ce qui serait l'inéluctable. [...] les scientifiques [...] loin d'être tous d'accord sur l'analyse, les explications et les conséquences de la situation climatique, malgré ce que laissent penser les médias, et que de nombreuses interrogations scientifiques, et donc politiques, restaient en suspens.

Prenons les choses à rebours, ce qui ne devrait pas choquer les partisans de la libre pensée.

Imaginons, même si on en est pas forcément d'accord, que le "réchauffement climatique" n'est pas prouvé ou bien, si l'on est trop réfractaire à cette idée, que celui-ci est moins ample qu'on ne le dit, ou partiel. On écoutera alors les médias, les savants -avérés ou charlatans- et les politiciens sous un autre angle. On se demandera pourquoi tous nous parlent doctement et avec angoisse du "réchauffement climatique", pourquoi ils ont tous intérêt à le faire.

Essayez.
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Alayn

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* 27/02/2010, 01:31
Message #2
Le sensationnalisme

Pour s'imposer dans un monde moderne où se mêlent à la fois rationalisme et religiosité que celle-ci soit ancienne ou nouvelle, scepticisme et fanatisme, révolte et fatalisme, toute idéologie à vocation hégémonique doit frapper fort. Elle recourt alors au catastrophisme. Pour cela, elle n'hésite pas à cultiver la plus grande confusion.

Dans la quasi-totalité des reportages qui sont consacrés à l'environnement, le réchauffement climatique apparaît comme la panacée explicative - ce fut le cas de la récente émission télévisée de Yann Arthus-Bertrand, qui fut très regardée. Comme ce phénomène complexe et mouvant est difficile à filmer, des images palliatives parfois éloignées du sujet tentent d'illustrer le propos. Bien souvent, on voit la photo d'une mare asséchée et craquelée, ou bien de vagues déferlant sur une côte, sans savoir s'il s'agit vraiment d'une résultante du réchauffement global, ou simplement la manifestation d'un climat habituel (saison sèche, saison des typhons). Pourtant, l'image du local extrême pour illustrer le global universel est à la limite de l'escroquerie. Un peu comme lorsque la presse anglo-saxonne se délectait d'images de banlieues en émeute pour affirmer que toute la France était en feu...

La moindre inondation, la moindre sécheresse ? C'est désormais la faute au "réchauffement global". Tendez l'oreille, et vous constaterez comme moi que, dans les bulletins d'infos radio-télévisés, les journalistes ne s'encombrent pas d'explications sophistiquées. D'ailleurs, puisqu'ils ne le font pas à propos des révoltes en banlieue, du Proche-Orient ou de la faim dans le monde, pourquoi le feraient-ils à propos du climat ? Et quand ils consultent un spécialiste et que celui-ci essaie de nuancer ou de préciser l'analyse, on lui coupe la chique et on lui demande de dire si oui ou non, c'est "la faute" au réchauffement climatique. Je l'ai encore entendu dire cette année à la radio à propos des orages dans le Midi de la France à la fin de cet été. Ces orages relèvent pourtant d'un phénomène classique très connu des géographes et des climatologues sous le nom d'"épisode cévenol", lequel n'était pas cette année plus intense que d'autres fois.

Pendant ce temps, rares sont les reportages sur les pollutions effectives et non fantasmées, y compris dans notre propre espace, et non pas au fin fond de la forêt vierge ou des calottes polaires qui, il est vrai, sont beaucoup plus exotiques, esthétiques et glamour à montrer. Des ouvriers dans la merde, des habitations dans la merde, vous n'en verrez pas. L'état de la nappe phréatique en Bretagne, des sols dans les anciennes zones industrielles non décontaminées où les promoteurs rebâtissent à tour de bras, du pourquoi de l'usine toulousaine AZF et de ses copies carbones ? Accrochez-vous, vous n'aurez pas grand-chose à vous mettre sous la dent. C'est moins vendeur et plus risqué que la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées, sans parler des hippopotames au bord du lac Edward au Congo. Et les nitrates dans les eaux bretonnes ne doivent rien au "réchauffement global".

Regardez bien les émissions de Nicolas Hulot: les images sont exotiques, belles ; rares sont les gros plans sur les nappes de mazout de dégazage ou de marée noire (qui, elles non plus, ne doivent rien au "réchauffement global" mais tout à la jungle capitaliste qui règne dans le monde des transports) ; rares sont les facteurs scientifiques clairement expliqués (l'émission C'est pas sorcier destinée au public jeune est de ce point de vue bien plus didactique). Tout cela passerait moins bien entre deux coupures publicitaires. L'esthétisation de la catastrophe ne vous rappelle rien comme procédé ? En revanche le discours -d'un expert in situ ou, encore plus dramatique et frappant, la voix off du héraut Hulot- pallie la démonstration par argument d'autorité.

Le discours sensationnaliste et catastrophiste ambiant mêle insidieusement les affirmations péremptoires et l'hypothèse éventuelle, le mode conditionnel et l'abus du verbe "sembler" qui permettent de se garder une issue de secours en cas de flagrant délit d'amalgame ou d'outrance. Il n'hésite pas à mélanger différents problèmes et différentes causes dans un tableau apocalyptique, mais confus.
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Alayn

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* 27/02/2010, 02:37
Message #3
Un discours épouvantail et contre-productif

L'évocation des catastrophes environnementales actuelles mais surtout à venir -donc invérifiables par définition- fonctionne comme un épouvantail destiné à effrayer et à culpabiliser les individus passifs ou indifférents. Elle apeure les masses du monde prétendument post-industriel, tout en stigmatisant les masses de l'ex-Tiers-Monde jugées coupables de vouloir rejoindre ce monde industrialisé.

Théoriquement, le catastrophisme vise, notamment chez certains militants sincères, à faire réagir les individus. Il cherche à s'imposer comme un impératif moral justifiant la révolte. [Cf Ni patrie, ni frontières, n° 16-17, 2006, p. 47.]

Certes, le catastrophisme a permis de sensibiliser les sociétés aux problématiques écologiques et environnementales, ce qui a favorisé certaines avancées. Mais il a aussi permis (tout autant ?) des carrières politiques, parties et pétries de bons sentiments mais aboutissant à des résultats pour le moins mitigés, les seuls sur lesquels nous devons baser notre jugement politique.

Le catastrophisme a en fait surtout des effets contre-productifs. Il renforce l'égoïsme collectif face à une situation présentée comme complexe, inéluctable, redoutable, angoissante car tantôt lointaine, tantôt proche. L'individu est encore tenté de "tirer son épingle du jeu", soit par un refuge dans le mysticisme, soit par une plongée dans le carriérisme. Autrement dit: "Après moi le déluge".

Le catastrophisme peut aussi encourager un terrorisme écologiste ou des actions exemplaires censées réveiller les masses "apathiques". Mais l'Histoire fourmille d'exemples où ces actions ne réveillent personne, tout en annihilant ses propagateurs qui se retrouvent souvent seuls en taule tandis que les derniers soutiens s'échinent à les en faire sortir. Quant au terrorisme, qui présuppose une clandestinité coupée du monde, teintée de paranoïa et sensible au militarisme machiste, il débouche sur une impasse dont le mouvement anarchiste lui-même a tiré le bilan depuis un siècle au moins.

Le catastrophisme légitime aussi deux types d'illusion: celle de pouvoir créer des alternatives immédiates, des échappatoires, dans une contre-culture ou une contre-société ; et celle de promouvoir un capitalisme "éthique" ou "équitable". La première est possible car le système tolère des espaces plus ou moins libres, quand il ne les récupère pas à son profit. La seconde alternative n'est pas incongrue puisque les capitalistes ne peuvent pas scier durablement la branche naturelle sur laquelle est installé leur profit. Les plus conscients d'entre eux -un peu comme les Stiglitz ou les Soros dénonçant les méfaits de la financiarisation en économie, voire les mêmes- proposent des solutions déjà opératoires. Ces deux illusions a priori contradictoires se rejoignent sur le caractère mystifiant de leur démarche.
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Alayn

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* 27/02/2010, 03:56
Message #4
Et quand la catastrophe n'est pas là ?

Quand la catastrophe annoncée n'est malgré tout pas au rendez-vous, ou qu'elle est moins forte, moins spectaculaire, le discours passe à l'évocation sentimentale des "générations futures". Il joue sur la fibre paternaliste du si nous laissions n'importe quoi à nos suivants, à tous les suivants, et pas seulement à "nos" enfants.

Mais pourquoi ne pas commencer à améliorer le cadre de vie pour nous tous, ici et maintenant ? Pourquoi remettre au lendemain ? Ce sentimentalisme lénifiant et bien-pensant est, en fait, une habile manière de repousser les vraies solutions, celles qui seraient susceptibles de bousculer vraiment le désordre établi. Rappelons-nous qu'il a été propulsé par le pseudo "commandant" Jacques-Yves Cousteau (il faudrait plutôt dire "capitaine"), dont les positions philosophiques et politiques ont un caractère réactionnaire. [KECHICHIAN Patrick (1999): "La plongée antisémite du commandant Jacques-Yves Cousteau". Le Monde, 18 juin, p. 1. On peut également évoquer les positions démographiques radicales et malthusiennes de Cousteau qui traite les pauvres du Tiers-Monde comme le faisait Malthus des pauvres de l'Angleterre victorienne. Ou encore cette déclaration de Cousteau: "L'Europe va être envahie par les musulmans d'Afrique du Nord. Ne vous y trompez pas: dans trois générations (...), on ne parlera plus français, allemand, espagnol, italien. On parlera arabe" (Le Quotidien de Paris, 5 juin 1991).]

Quand les individus constatent que la catastrophe annoncée n'est pas là, il s'en suit pratiquement le même phénomène que chez les enfants découvrant que les croque-mitaines des adultes n'existent pas. Ils deviennent inconscients face au vrai danger. Ils redeviennent passifs, méfiants, désengagés. Ou schizophrènes, comme les militants à qui le marxisme avait annoncé la paupérisation de la classe ouvrière alors que le niveau de vie augmentait, y compris le leur...

"L'heuristique de la peur", revendiquée par le philosophe Hans Jonas qui nous promettait d'ailleurs une "dictature bienveillante" pour sauver la planète, rien que ça, n'est en réalité pas nouvelle. Tous les dogmes, toutes les Eglises nous promettent une catastrophe: le christianisme avec l'apocalypse, le marxisme avec l'effondrement du capitalisme sous le poids de ses propres contradictions. On attend toujours.

N'oublions pas non plus que le catastrophisme révolutionnaire, véhiculé dans les années 1910-1920 au sein de certains secteurs du mouvement ouvrier et socialiste, a débouché sur le mythe de la violence et sur son utilisation par le fascisme, lequel a également remplacé l'économisme par le psychologisme. La trajectoire du sociologue Roberto Michels, issu de l'extrême gauche socialiste italienne puis admirateur de Mussolini, est à cet égard caractéristique, de même que l'influence auprès des nazis de l'essayiste Oswald Spengler, idéologue de la décadence occidentale. Rappelons-nous aussi qu'au lendemain de mai 68, nombreux furent ceux qui nous annonçaient sans ambages que la révolution était toute proche, et que les mêmes actuellement, à l'instar des Daniel Cohn-Bendit, Serge July et autres Philippe Sollers, nous déclinent au contraire, mais non moins frénétiquement, des variations sur l'aphorisme TINA (There Is No Alternative). [Cf DUPUIS-DERI Francis (2004): "En deuil de révolution ? Pensées et pratiques anarcho-fatalistes". Réfractions, 13, p. 139-150.]

Tous les dogmes, toutes les Eglises jouent sur la crainte, l'angoisse, le châtiment, la paralysie, la soumission, le contrôle. Supposer que la peur est le commencement de la sagesse, c'est se tromper, et tromper les autres. C'est faire tomber bien bas l'ambition philosophique de l'être humain, et rétrograder l'émancipation tant individuelle que collective.

Il ne s'agit pas de nier la gravité des problèmes ou, au contraire, de se taire "pour ne pas désespérer Billancourt" (et Neuilly-sur-Seine ?). Il ne s'agit pas non plus de dire n'importe quoi, car cela profite aux charlatans, aux bonimenteurs et aux carriéristes, ceux qui tiennent encore le Monde sur le dos des naïfs.

Philippe PELLETIER
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Alayn

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* 10/03/2010, 02:04
Message #5
CATASTROPHISME OU ABDICATION DU SENS CRITIQUE ?
(Article de Philippe PELLETIER publié dans le Monde Libertaire n° 1478, l'hebdomadaire de la Fédération Anarchiste, du 17 mai 2007, p. 15 à 17 et dans Tierra y Libertad (Espagne), 225, avril 2007, p. 12-14.)

Pourquoi l'analyse critique que nous avons à propos de nombreuses questions technico-scientifiques, comme les OGM (organismes génétiquement modifiés), le décryptage du génome humain, la procréation humaine artificielle ou encore la fabrication de l'énergie électro-nucléaire, ne s'exercerait-elle pas à propos de la théorie du "réchauffement global" (global warming) ?

Pourquoi la prudence sinon la méfiance dont nous faisons habituellement preuve à l'égard des croyances admises (l'Etat, Dieu, l'autorité, la prison...) seraient-elles d'un coup mises au rencart ?

Parce que le climat nous dépasse ? Parce qu'il relève de la nature, qu'il nous renvoie à la psyché d'un antique animisme subsistant dans un recoin de notre cerveau reptilien ?

Non, rien, aucun motif ne nous empêche de garder notre raison critique, de pratiquer notre philosophie du doute, laquelle n'est pas incompatible avec des convictions. Et il se trouve que, dans le cas du "réchauffement global", les scientifiques ne sont pas unanimes, contrairement à ce qu'on prétend.

Certes, la majorité d'entre eux admettent les conclusions des rapports du GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l'Etude du Climat). [Le terme même d'"Intergouvernemental", et non d'"International", devrait suffire à attirer notre vigilance car il signifie bien que, en l'affaire, les scientifiques sont pilotés par les politiques, et plus précisément par les gouvernements, les Etats !] Mais les anarchistes sont bien placés entre tous pour savoir que la majorité n'a pas toujours raison. Il existe également des savants qui, à des degrés divers, s'interrogent sur la réalité du "réchauffement climatique". Si l'on prend le cas de la France, on peut citer, par exemple, les géographes Marcel Leroux et Jean-Pierre Vigneau, l'ingénieur Yves Lenoir, tandis que nombreux sont ceux qui se montrent prudents sur tel ou tel point de l'hypothèse, telle ou telle interprétation (Robert Kandel, Martine Tabeaud, Pierre Pagney...).

Ecartons provisoirement, pour avancer sereinement dans l'analyse, l'argument qui consiste à dire que ceux qui nient (ou minimisent) le "réchauffement global" roulent pour les majors du pétrole et la famille Bush. On pourrait y opposer en effet le lobby de l'électro-nucléaire arguant que l'énergie atomique ne dégage pas de gaz à effets de serre.

Ecartons également les constats empiriques: l'enneigement hivernal s'est, par exemple, amoindri dans le Massif central et les Alpes du Nord en France depuis une vingtaine d'années, ce qui conforterait l'hypothèse d'un "réchauffement" (non pas forcément "global" mais "local" ce qui n'est pas du tout la même chose). On peut aussi rétorquer que certaines régions de Sibérie n'ont jamais connu un hiver aussi froid (le record centennal y a été battu en 2006).
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Alayn

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* 10/03/2010, 04:01
Message #6
Une prudence scientifique et méthodologique nécessaire

Les désaccords entre scientifiques sont variés et gradués. Ils portent en gros sur quatre points particuliers, plus la question de la synthèse:

1. La validité des mesures, notamment des mesures de température (les relevés disponibles, leur répartition géographique, la reconstitution des températures passées...).

2. La relation entre réchauffement et gaz à effet de serre (GES).

3. Le rôle des GES d'origine anthropique.

4. La pertinence des modèles climatiques, utilisés par les ordinateurs pour prévoir notamment le futur climatique.

Sans pouvoir entrer dans une discussion savante qui mériterait plusieurs pages, on peut évoquer, toujours avec prudence, quelques interrogations.

1. Nous ne disposons de relevés thermiques (et climatologiques) scientifiquement solides que sur un siècle et demi environ (de 1850 à nos jours). Ce qui est peu, très peu, à l'échelle du temps planétaire. La période est encore plus restreinte pour les relevés concernant de très vastes régions essentielles (Afrique sub-saharienne, Asie centrale, Amazonie...). Autrement dit, pour analyser le climat sur l'ensemble de la terre et du temps, nous n'avons que des données fragmentaires.

Il faut reconstituer les climats anciens, ce qu reste très difficile malgré l'aide récente de la glaciologie et de la palynologie. L'une des conséquences est l'utilisation de moyennes, souvent abusives, de généralisations, d'approximations, lesquelles augmentent chacune la marge d'erreur.

Fondamentalement, la notion même de "réchauffement global" est aussi ambiguë que peut l'être celle d'un "climat global" ou d'un "temps moyen". Quel est le "climat terrestre" selon que l'on soit Africain, Inuit ou Aborigène ? Argentin ou Français ? Si la Terre se réchauffe ici mais se refroidit là, quelle est la valeur d'une moyenne thermique ?

2. La relation entre réchauffement et GES est communément admise. Encore faut-il ne pas oublier que la vapeur d'eau en fait partie, et qu'elle représente près des deux tiers de l'effet de serre ! Celui-ci est d'abord un phénomène naturel - sans quoi la planète Terre serait froide comme Vénus. Il faut donc parler plus précisément d'"effet de serre additionnel" pour évoquer les causes d'origine anthropique.

La Terre a déjà connu plusieurs réchauffements, soit pour les derniers: époques interglacières, optimum du Dryas (de -10 000 à -8500 ans BP), petit optimum boréal du Xe au XIIIe siècles, à l'époque où le Groenland était le "Pays vert" (green land) des Vikings, avant que ceux-ci ne l'abandonnent suite à un refroidissement. Or ces épisodes de réchauffement, fondamentaux à observer car il nous permettent d'évaluer concrètement un phénomène au lieu de gloser sur le futur, ne sont pas forcément corollaires d'une élévation des GES. Autrement dit: tout réchauffement n'est pas lié à l'abondance de CO2 dans l'atmosphère.

3. L'existence de GES d'origine anthropique n'est pas contestée. En revanche, l'ampleur et l'impact de ces GES soulèvent des interrogations. Un léger refroidissement climatique a été observé de 1950 à 1970 en Europe occidentale, alors que les industries lourdes des "Trente Glorieuses" émettrices de GES tournaient à plein régime. Ce rappel suffit à nous rendre prudent sur la relation entre industrie, émission de CO2 et réchauffement climatique. D'ailleurs, les scientifiques et les écologistes de l'époque nous pronostiquaient alors un refroidissement du climat pour cause de poussières polluantes bloquant les rayons solaires.

4. La manipulation de milliers de données par des ordinateurs de plus en plus puissants suffit-elle à reconstituer le temps et à prévoir l'avenir ? On peut en douter au vu de l'incapacité actuelle qu'ont les météorologues à nous prédire hic et nunc le temps au-delà de trois jours, et encore à l'intérieur de ces trois jours les erreurs sont-elles nombreuses. Chacun est à même de s'en rendre compte, sans parler des ratages monumentaux de la météorologie (comme la fameuse tempête hivernale de 1999 en France).

Le problème est au moins double pour les calculs par ordinateur:

a. Les modèles climatologiques appliqués n'ont pas été révisés depuis des lustres, notamment celui de la circulation générale de l'atmosphère. Les travaux de Marcel Leroux qui mettent l'accent sur la circulation méridienne (nord-sud) générée par les AMP (anticyclones mobiles polaires) sont écartés parce qu'ils dérangent le dogme communément admis.

b. Tous les paramètres ne sont pas intégrés, ou mal: la nébulosité, la vitesse du vent, les émissions de GES causés par les éruptions volcaniques... La circulation générale des océans, pendant longtemps peu prise en compte, d'où de nombreuses critiques justifiées à ce propos, fait enfin l'objet de nouvelles recherches, mais qui soulèvent également des questions.

La moindre des choses -la moindre des "précautions" pour reprendre un terme à la mode- c'est donc, face à une telle complexité, complexité du climat, du monde, des calculs, de rester prudent, interrogatif, mesuré. Comme le soulignait déjà avec justesse Elisée RECLUS dans la préface de Dieu et l'Etat de Michel BAKOUNINE (1882), "le savant du jour n'est que l'ignorant du lendemain". Or que constate-t-on sinon la débauche de catastrophisme écologiste, les pronostics les plus inquiétants, la démesure en tout genre ! Excès où s'engouffrent les éternels prophètes de malheur, les gourous, les médias sensationnalistes, les politiciens démagogues ! L'anarchisme, qui ne constitue pas une outrance encore plus extrême que les autres, malgré ce que certains voudraient en faire ou en dire, a, à mon sens, plus à perdre qu'à gagner en rejoignant ce cortège de la peur, de l'excès et de l'extrémisme.
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Alayn

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* 10/03/2010, 05:25
Message #7
Le catastrophisme, technique de domination

Il faut s'interroger sur l'utilisation du catastrophisme écologiste tel qu'il est véhiculé de façon généralisée par les dominants. Selon moi, l'intérêt plus ou moins subit qu'ont les dirigeants à s'intéresser à l'environnement ne relève pas que d'un simple opportunisme. Certes, celui-ci existe en termes de tactique électorale, de calcul politicien, de démagogie ou de stratégie carriériste. Mais cela n'est pas suffisant pour comprendre ce qui se passe. Plusieurs facteurs sont en jeu, et il n'est nul besoin pour les expliquer d'une "théorie du complot", approche qu'on peut laisser à l'extrême droite.

Les capitalistes ont compris qu'ils ne pouvaient pas indéfiniment scier la branche écologique sur laquelle sont assis leurs profits. La formule (catastrophiste) de Lénine, selon laquelle ils vont jusqu'à vendre la corde avec laquelle les révolutionnaires les pendront, est certes frappante, mais elle n'est qu'en partie vraie. L'externalisation des coûts écologiques a ses limites, même pour les capitalistes. Envisager d'autres ressources (matières premières, énergie...) leur est déjà une nécessité dans le cadre d'une compétition féroce pour la survie économique, même dans le secteur pétrolier et automobile. Là comme dans d'autres activités, il ne suffit pas de faire suer le burnous ou de rechercher ailleurs un prolétariat plus corvéable et exploitable, il faut déjà propager le message écologiste du "serrage de ceinture" et de la "lutte pour la survie". Un discours social-darwinien remis au goût du jour en quelque sorte.

Ce message est d'autant plus pratique qu'il conforte les bases même de la domination. Il cultive l'éternel principe des dominants affirmant que "nous sommes tous sur le même bateau", la Terre en l'occurrence, en sous-entendant: pas de classes sociales, pas de dominants et de dominés, pas de lutte de classes. Il est affublé d'une dimension mystique, la "déesse Gaïa" (à sauver) étant plus attractive que "l'indice Dow Jones" (à augmenter). Cette dimension mystique, qui va jusqu'à diviniser la nature, est d'autant plus nécessaire et bienvenue qu'elle pallie dans les pays industrialisés le recul du sentiment religieux classique, tout en permettant un retour de celui-ci: soit par de nouvelles sectes qui font de la Nature leur nouvelle religion, soit par un retour vers les Eglises traditionnelles qui, comme le Vatican, ont adopté un discours écologiste.

Le catastrophisme écologiste ajoute une dimension de peur, qui a plusieurs conséquences. Il paralyse une partie des masses en cultivant chez elles "l'égoïsme collectif", c'est-à-dire le "chacun pour soi, Dieu et l'Etat pour tous". Il lance quelques minorités dans des postures urgentistes (l'activisme écologiste plus ou moins radical) ou de repli (la petite communauté, le primitivisme, la secte), avec leurs dérives politiques inquiétantes comme la "dictature bienveillante" réclamée par le philosophe Hans Jonas afin de "sauver la planète".

La peur véhiculée par le catastrophisme écologiste engendre des réactions hystériques qui relèvent plus de la "peste émotionnelle", celle que Wilhelm REICH dénonçait à propos du fascisme, que de l'argumentaire réfléchi et respectueux. Il suffit de consulter Internet pour voir le niveau affolant et incompétent de certaines réactions vis-à-vis de ceux qui s'interrogent sur la véracité du global warming. Le compagnon argentin ne fait heureusement pas partie de ceux-là, mais la tendance est, chez certains, plus à l'exclusion qu'au dialogue.

Les échéances lointaines, apocalyptiques et quasi millénaristes, de l'hypothèse du "global warming" amoindrit ou reconfigure la problématique des besoins immédiats, y compris environnementaux, et encore plus quand il ne s'agit pas directement du climat (la pollution des eaux, la dangerosité du travail, de certains produits...). L'effet pervers est que de nombreux acteurs sociaux ont intérêt à mettre du "réchauffement global" dans leurs revendications pour obtenir satisfaction. Certains scientifiques l'ont bien compris qui s'en servent à tout va pour bénéficier de crédits ou de notoriété...

Plus généralement, le "global warming", qui est de plus en plus avancé comme LA cause unique et explicative de tout, ou presque, nous ramène à une philosophie moniste, mono-causale, où règnent les systèmes de causalité linéaire, où les principes uniques (Dieu, la Terre...) sont censés tout expliquer et... dicter notre conduite. C'est là que se fait la connexion entre science et idéologie: car chez certains savants, la prise en compte de multiples facteurs, de paramètres variés, de vastes échelles de temps et d'espace, est souvent raccourcie de façon sidérante. Et ne parlons pas des médias qui caricaturent et simplifient à outrance ! L'abaissement du raisonnement complexe est une remise en cause de notre intelligence et de notre sens critique. Le système scolaire dominant en raffole... Simultanément, le bon peuple se sent écrasé par les savants, tout en étant maintenu dans l'ignorance. La techno-science, qui détient la légitimité du discours sur le global warming, peut encore s'imposer, et régner.
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Alayn

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* 10/03/2010, 06:37
Message #8
Vive l'anarchie des météores

Il y a enfin deux paradoxes. Car la rhétorique sur le global warming, sa prétention à prévoir le temps dans un siècle, la montée des océans au centimètre près, l'élévation thermique au degré près, alors que le moindre bulletin météo est incapable de nous donner le temps exact d'ici une semaine, a pour corollaire la prétention d'affirmer que l'humanité est responsable d'un désastre climatique.
Sous couvert de dénonciation anti-prométhéenne, cette rhétorique cultive et réhabilite en fait la pensée prométhéenne.

Elle la pratique même dans les deux sens: en dénonçant la main mise de l'humanité sur la nature et son irresponsabilité, elle annonce dans le même temps que ce que l'humanité a défait, elle peut le refaire: elle peut tout modifier à sa guise. Autrement dit, elle prétend que l'humanité peut contrôler le climat à son avantage, qu'elle est maîtresse du temps et de l'espace ! On voit tout de suite la débauche d'aménagements et de politiques en tout genre qui se préparent chez les dirigeants.

D'ailleurs, les solutions les plus technocratiques ou farfefues pour lutter contre le global warming existent déjà... Certains projets envisagent rien moins que d'ensemencer les océans avec de la limaille ou du sulfate de fer afin de favoriser la multiplication du phyto-plancton piégeur de CO2.
Voilà un bon débouché pour les sidérurgistes... !

Ce n'est pas la moindre des surprises -et c'est le second des deux paradoxes annoncés- que les écologistes, pourtant si critiques vis-à-vis de la philosophie prométhéenne et de la techno-science, se soient soumis avec autant de facilité à la rhétorique du global warming qui est fondée sur la science, celle qui est a priori pure et dure, elle qui ressuscite pourtant Prométhée !

Ce n'est toutefois pas étonnant vu les origines et l'histoire, en réalité mal connue, de l'écologie et de l'écologisme depuis Haeckel, inventeur du mot écologie (1866), dont le livre sur Le Monisme (1897) a été préfacé par le racialiste Georges Vacher de Lapouge qui y suggérait de remplacer la devise "liberté, égalité, fraternité" par "déterminisme, inégalité, sélection". Certes, tous les écologistes ne partagent pas de telles idées, mais pourquoi ne pas s'interroger sur l'existence de celles-ci ? Et pourquoi les anarchistes devraient emprunter ce chemin boueux ?

Oui, le temps est instable, changeant, complexe, multiforme, vivant, libre ! Ce temps que tous les prêtres, les gourous, les rois ont cherché depuis des lustres à contrôler à leur avantage (l'horlogerie, les fêtes, les calendriers...), mais en vain. Ce temps qu'ils ont voulu déguiser en dieux omnipotents, avec leurs prêtres, leurs gourous et leurs prophètes de malheur... Ce temps qui leur fait la nique car il leur montre la réalité, celle de l'humanité et de son environnement dans toute sa richesse. Vive l'anarchie des météores !

Philippe PELLETIER
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