webreader
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> La Décroissance

Do

Groupe: Membre.

* 15/02/2010, 16:59
Message #21
Merci Alayn!!! C'est vraiment très intéressant, tout ça!
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Alayn

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* 15/02/2010, 17:48
Message #22
Bonjour Do ! De rien ! La suite du texte de Jean-Pierre TERTRAIS:

L'empreinte écologique: quelle fiabilité ?

Relativement nombreux sont aussi ceux qui mettent en cause la pertinence du système comptable de l'empreinte écologique, ce qui leur permet de discréditer dans la foulée l'approche de la décroissance. Rappelons d'abord que cette notion, élaborée au début des années 90 par M. Wackernagel et W. Rees, mesure la quantité de capacité régénératrice de la biosphère nécessaire au fonctionnement de l'économie humaine pendant une année pour une population donnée.

Les inventeurs de cette notion n'ont jamais eu la prétention d'un recensement exhaustif des pressions exercées par l'homme. L'empreinte écologique omet inévitablement un certain nombre de phénomènes qui mériteraient d'être pris en compte. Certaines informations sont insuffisantes ou indisponibles. Des imprécisions ou incertitudes méthodologiques existent. Il n'est pas évident de combiner, comme le soulignent A. Boutaud et N. Gondran (L'empreinte écologique -La Découverte- 2009), des données aussi disparates que des quantités d'énergie, d'émissions de CO2, de viande, de céréales, de coton ou de bois. Il n'est pas simple de quantifier précisément des flux biophysiques. D'autre part, des procédés de fabrication d'un produit peuvent avoir des impacts très variés, les surfaces bio-productives offrent des degrés de "productivité" très hétérogènes.

Une bonne part de ces critiques tombent, d'ailleurs, en désuétude dans la mesure où les données statistiques ont largement augmenté, où aussi les modèles de calculs ont sensiblement évolué au cours des dix dernières années. L'argumentation des pourfendeurs de l'écologie pourrait bien se réduire à néant, la marge d'erreur pouvant se situer dans l'autre sens. En effet, par exemple, centrée sur l'aspect utilitaire des ressources, l'empreinte écologique néglige largement la question pourtant cruciale de la biodiversité. En outre, cette empreinte des ressources renouvelables ne prend pas en compte directement les effets négatifs de certaines pratiques agricoles qui ont des conséquences néfastes sur la productivité des sols.

Si donc l'image de la réalité se trouve légèrement déformée, les conclusions n'en restent que plus valables en mettant en lumière l'essentiel. Il est hautement probable que l'empreinte écologique, qui a au moins le mérite d'assurer une fonction pédagogique, sous-estime la "demande en nature" (sur une planète qui compte, chaque année, soixante millions de nouveaux locataires !). Nous sommes bien en train de solliciter la nature au-delà de ses capacités de régénération. La situation mondiale peut être qualifiée d'insoutenable.
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_Denis_

Invité

* 15/02/2010, 18:30
Message #23
Excellent Arf! et Ourf!
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Alayn

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* 15/02/2010, 18:31
Message #24
Yo ! Coucou Denis !
Amitiés Anarchistes !

La décroissance: pertinence ou aberration ?

Etat le plus riche des Etats-Unis, symbole de la réussite technologique, la Californie a commencé son effondrement: le gouverneur a annoncé en juin 2009 la banqueroute de l'Etat, les services publics seront fermés trois jours par mois, cinq mille fonctionnaires devraient être licenciés, les dépenses d'éducation sont réduites de cinq milliards de dollars. Et parmi les mesures envisagées prochainement: la suppression des aides aux familles modestes, la fermeture de plusieurs dizaines de casernes de pompiers... La situation est si grave que certains envisagent sérieusement de légaliser la marijuana et de la taxer pour combler en partie un déficit budgétaire de 26 milliards de dollars ! Non, ce ne sont pas les tenants de la décroissance qui conduisent à l'âge de pierre, mais bien l'ultra-performant capitalisme industriel, la sacro-sainte croissance économique, le jubilatoire productivisme techno-scientiste !

Parce qu'elle inflige une blessure narcissique à l'homme, parce qu'elle bouscule l'imaginaire du consommateur occidental, parce qu'elle menace le productivisme, parce qu'elle compromet le profit, la décroissance dérange, inquiète, perturbe. Venant de tous les horizons, les accusations fusent: archaïsme, irréalisme, obscurantisme, idéologie réactionnaire, techno-phobie, lubie de gosses de riches, pourvoyeuse de chômage... Les mensonges aussi, les amalgames, la malhonnêteté intellectuelle, les invectives. Même pour ceux qui n'y sont pas franchement hostiles, le terme lui-même serait mal choisi. Le "dé" privatif symboliserait la régression, le retour à la bougie (voir plus haut).

Mais précisément, ce terme confirme l'impasse dans laquelle nous nous sommes fourvoyés et la nécessité d'un virage à 180° (désaliéner, déconditionner, désintoxiquer, désencombrer...), concrétise la faillite de la "rationalité" techno-scientifique et de la vision anthropocentrique, marque l'inéluctabilité d'une rupture avec ce qui précédait. Méprisant l'adaptation aux contraintes naturelles des sociétés anciennes, au nom du culte infantile de la modernité, la civilisation thermo-industrielle a favorisé l'avancée du désert et multiplié les ruines. La boulimie consumériste a engendré une misère psychique et morale, un appauvrissement de la sensibilité, des carences émotionnelles, l'uniformisation des comportements et des désirs, l'aliénation, l'intoxication, le conditionnement, le surencombrement.

Abandonnons notre fantasme d'immortalité. Nous n'échapperons pas à notre finitude. Nous ne nous affranchirons pas des lois de la biosphère. Le problème n'est pas la légitimité des besoins de l'homme, mais la capacité de cette biosphère à supporter ces besoins. C'est bien parce que nous nous heurtons aux limites physiques de la planète (dont la fin du pétrole bon marché constitue sans doute l'aspect le plus lourd de conséquences) qu'il faut remettre en cause nos modes de vie. C'est bien parce que nous avons usé de la consommation ostentatoire, du gaspillage généralisé et de la dilapidation des ressources qu'il va falloir repenser l'économie au sein de la biosphère et s'orienter vers plus de sobriété. C'est bien parce qu'ont été sacrifiés l'inutile, le gratuit, le rêve qu'il faut retrouver cette dimension humaine perdue. La décroissance, ce n'est pas seulement la baisse de l'empreinte écologique, c'est aussi une perspective d'émancipation de l'homme par la diminution du temps de travail.
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Alayn

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* 15/02/2010, 19:04
Message #25
Malthus: illuminé ou visionnaire ?

L'inflation démographique constitue un autre thème ultra-sensible. En 1798, dans un ouvrage intitulé "Essai sur le principe de population", l'économiste anglais Thomas Malthus soutient que la population croît en progression géométrique alors que les subsistances n'augmentent qu'en progression arithmétique, entraînant périodiquement guerres, famines, épidémies. Pour mettre un terme à ce fléau, Malthus préconise la chasteté, et plus particulièrement pour les pauvres. Evoquer aujourd'hui la question de la "surpopulation" provoque souvent une levée de boucliers à tel point que "malthusien" est devenu une injure.

Si Malthus a posé le problème de manière erronée (l'agriculture industrielle a considérablement augmenté les rendements - argument auquel on pourrait opposer qu'une agriculture post-pétrole verra décroître ces rendements) et proposé des solutions inacceptables, faut-il pour autant, là aussi, sombrer dans un optimisme béat et imbécile qui consiste à prétendre que l'espèce humaine recule les limites. Faudrait-il croire que la Terre puisse accueillir vingt ou trente milliards d'individus ?

L'espèce humaine se trouve dans l'incapacité de contrôler sa démographie. Une population de plus en plus nombreuse dispose de ressources de plus en plus rares: les conséquences (qui sont déjà à l'oeuvre) ne vont pas tarder à se manifester de la façon la plus dramatique qui soit, les conflits vont nécessairement se multiplier et s'intensifier. Il importe donc de réhabiliter Malthus en reconnaissant qu'il posait, à travers l'intuition des limites de la croissance économique, un problème fondamental, celui de l'adéquation entre les populations, les territoires qu'elles occupent, les ressources alimentaires dont elles disposent.

Si l'espèce humaine ne prend pas conscience de la fragilité de l'équilibre planétaire et ne limite pas sa prolifération par le libre arbitre de chacun, certains pourraient envisager des mesures plus radicales. Lors de la dernière université d'été du Medef portant sur la décroissance, de nombreux patrons semblaient préoccupés, voire obsédés, par la question démographique. La décroissance vue par le patronat, ce ne sera pas la sobriété conviviale pour tous, mais la liquidation de centaines de millions de personnes. Qu'on se le dise !

Photo: Thomas Malthus.
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Alayn

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* 15/02/2010, 19:53
Message #26
Pour un "catastrophisme éclairé"

Que chacun se doive de dénoncer des propos excessifs, des analyses superficielles, des points de vue trop subjectifs, que des scientifiques soient critiques face à des méthodes peu fondées, à des généralisations hâtives, au manque de rigueur, c'est la garantie d'un progrès collectif.
Mais que certains s'acharnent à nier la réalité par peur d'affronter les problèmes où ils se posent, à recourir aux raccourcis et aux clichés pour mieux duper l'opinion, à s'abriter derrière les incertitudes pour contourner un phénomène, à n'aborder que les aspects marginaux, litigieux qui ne modifient en rien les conclusions... tout en laissant entendre le contraire, c'est intolérable.

Le scientifique danois Bjorn Lomborg est sans doute l'exemple-type de l'écolo-sceptique. On serait peut-être tenté d'accorder quelque crédit à ses thèses s'il se situait au-dessus de tout soupçon. Mais tel n'est pas le cas. Contrairement à ce qu'il affirme, Lomborg n'a jamais adhéré à Greenpeace. Par ailleurs, il n'a conduit aucun travail de recherche sur les sciences de l'environnement et la philosophie qu'il développe flirte sans ambiguïté avec les positions ultra-libérales: le libre-échange, la croissance économique, les innovations technologiques résoudront "naturellement" tous nos maux. En outre, il conteste la réalité de la déforestation.
Or selon la FAO, environ 13 millions d'ha de forêts disparaissent annuellement (soit un terrain de foot-ball toutes les quinze secondes). Les forêts primaires reculent au point de ne plus constituer en 2005 que 36% de la surface forestière mondiale. Si, dans certaines régions, la surface forestière se stabilise, elle perd de sa qualité en termes de biodiversité et surtout d'intégrité écologique, en particulier à cause de la fragmentation par les routes et des plantations d'essences de rentes. L'essentiel étant de les comptabiliser pour embellir les statistiques !

Dans la même lignée, l'appel de Heidelberg lancé en juin 1992, recueillant plus de 4000 signatures dont plus de 70 nobélisés, présentait la lutte écologique comme une "idéologie irrationnelle". Fabriqué de toutes pièces par les lobbies de la pharmacie et de l'amiante pour discréditer les écologistes, ce texte dévoile l'arrogance des savants disposant de la science éclairée, s'indignant de l'audace d'un public qui commençait à s'interroger sur le fonctionnement de la science et ses procédures, ne tolérant aucune remise en cause du développement, du progrès, des "avancées" scientifiques et techniques. En recourant le plus souvent à un jargon difficilement accessible, ces "experts" écartent du débat le citoyen ordinaire. Or, comme l'affirmait Anatole France: "Ecrire intelligemment, c'est écrire pour le plus grand nombre."

Dans le domaine précis de l'écologie, alors que les dégradations s'accélèrent chaque jour, le risque est considérable de semer le trouble, de brouiller les repères, de démobiliser ceux qui engageaient une prise de conscience. Ceux qui s'obstinent à ternir l'écologisme contribuent, par aveuglement ou lâcheté, à prolonger le système au lieu de chercher à le transformer, c'est-à-dire concourent à amorcer des bombes à retardement. Encourager l'inaction publique sous prétexte que des impacts ne sont pas totalement connus ou que des données sont incomplètes relève d'une totale irresponsabilité.

Qui gagne à attendre que les scénarios les plus pessimistes adviennent pour agir ? Est-il si exaltant, pour certains, de jouer au poker avec l'avenir de l'humanité ? Faute d'avoir anticipé les changements écologiques, climatiques, énergétiques, l'humanité devra affronter sans préparation des bouleversements d'une ampleur imprévisible. Entre les gesticulations des hommes politiques qui n'ont jamais rien fait et les élucubrations des futurologues qui n'ont jamais rien vu venir, n'y a-t-il pas place pour un engagement lucide, pour une vigilance permanente, pour un "catastrophisme éclairé", selon la formule de Jean-Pierre Dupuy ? "Il faut savoir que les choses sont sans espoir et tout faire pour les changer", écrivait Rainer Maria Rilke.

Jean-Pierre TERTRAIS

Photo: une couverture de l'excellente revue anarchiste "Réfractions":
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véronique

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Lieu : creuse/gard

* 15/02/2010, 20:16
Message #27
pas le temps de lire tout ça maintenant....... mais j'y reviendrai, c'est sur !!
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Alayn

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* 15/02/2010, 20:22
Message #28
Bonsoir ! J'espère bien ! (arf !)



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véronique

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Lieu : creuse/gard

* 15/02/2010, 20:23
Message #29
avant vendredi ......... wink.gif
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Jack

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Lieu : Banize

* 15/02/2010, 22:28
Message #30
Oui oui moi aussi!




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mowgly

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Lieu : En exil

* 16/02/2010, 13:35
Message #31
Du coup, si on veut se pencher sur le sujet, tu suggères quoi comme lectures ? Quelques titres ? J'ai bien vu que t'en as déjà cité, mais en guise de récapitulatif...
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Alayn

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* 18/02/2010, 23:28
Message #32
Bonsoir ! Ben déjà le livre de Jean-Pierre TERTRAIS que j'amène demain à Véronique.
Ensuite, y'a les bouquins de John CLARK et de Murray BOOKCHIN (ceux parlant de socio-biologie) qui sont intéressants.
Et sûrement d'autres que je ne connais pas forcément.
Je me méfie par contre des ouvrages de Latouche, Ridoux and co car ils sont bourrés de faussetés écolos-bobos.

Philippe PELLETIER n'a pas publié de bouquins spécifiques sur la décroissance (dommage...çà viendra peut-être) mais vu que je met en ligne déjà ici ses textes et articles... (arf !)

Je pense d'ailleurs ouvrir prochainement un nouveau topic un peu annexe à celui-ci sur le "catastrophisme" avec toujours moults articles de mon ami Philippe PELLETIER.



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Alayn

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* 01/06/2010, 16:39
Message #33
PRODUCTIVISME ET ANTI-PRODUCTIVISME DANS LES ANNEES 1920-1940

(Article de Philippe PELLETIER publié dans le Monde Libertaire n° 1473, l'hebdomadaire de la Fédération Anarchiste, le 12 avril 2007, p. 15-16.)

"Le passé subsiste dans les concepts que nous avons adoptés, dans la formulation des problèmes, dans l'enseignement scolaire, dans la vie de tous les jours, dans le langage et dans les institutions. Il n'y a pas de génération spontanée des concepts. Ces derniers sont pour ainsi dire déterminés par leurs ancêtres. Il est dangereux que les liens avec ces évènements passés restent inconscients ou inconnus".
FLECK Ludwik (2005): Genèse et développement d'un fait scientifique. Paris, Les Belles Lettres, 280 p., p. 44.

La critique de la croissance et l'adhésion à la décroissance prônent un refus du productivisme, celui-ci étant considéré comme le fait de produire pour produire. Or l'anti-productivisme est historiquement véhiculé par des courants politiques et idéologiques très variés. Il n'est pas l'apanage d'un gauchisme écologiste puisqu'on le retrouve -et c'est en réalité probablement ses racines- au sein de la droite non-conformiste des années 1920-1930 dont une large fraction bascule vers le fascisme.
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Alayn

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* 01/06/2010, 17:33
Message #34
L'ordre nouveau de l'anti-productivisme

Dans son essai Le Jeune Européen (1927), l'écrivain Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945), qui rejoindra la collaboration, estime, en critiquant la société capitaliste et la dictature bolchévique, qu'il faut abandonner le matérialisme et le productivisme pour retrouver l'homme tel qu'il est.

Au cours des années 1930, le groupe de L'Ordre nouveau, qui relève d'une droite non-conformiste, en appelle à "l'homme concret", s'opposant au centralisme et au productivisme dans une tonalité très écologisante. [Parmi ses membres: Alexandre Marc, Arnaud Dandieu, Daniel-Rops, Robert Aron, Claude Chevalley, René Dupuis, Denis de Rougemont, Jean Jardin, Xavier de Lignac, Albert Olivier.] Son Manifeste de 1931, essentiellement rédigé par Alexandre Marc (1904-2000), figure complexe et éclectique, réclame en effet "... une décentralisation assez parfaite pour assurer la libération de toutes les tendances profondément anti-patriotiques par lesquelles se manifeste le rapport indispensable et fécond de l'homme à la terre, à la race, à la tradition affective et culturelle". [LOUBET DEL BAYLE Jean-Louis (1969): Les non-conformistes des années 30 - Une tentative de renouvellement de la pensée politique française. Paris, Seuil, 498 p., p. 443 et p. 447.]

Les Principes (1934) de L'Ordre nouveau affirment: "La tâche de l'homme sur la terre n'est pas de produire des biens. Le productivisme, d'où découlent désordre, misère et peine, exprime sous sa forme la plus dégradée le matérialisme contemporain. Une civilisation véritable est anti-productiviste".

Photo: Alexandre Marc:
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Alayn

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* 01/06/2010, 18:02
Message #35
En 1932, Thierry Maulnier (1909-1988), qui évolue dans les milieux de l'Action française, réitère, dans un article publié par le Cahier de la Nouvelle revendication édité par Jean Paulhan (1884-1968), "son aspiration à une rupture radicale avec le machinisme capitaliste qui ne fasse aucune concession, ni aux utopies productivistes de cet hyper-économisme qu'est le socialisme marxiste, ni aux dangereuses mystiques populistes du fascisme et du national-socialisme". [KESSLER Nicolas (2001): Histoire politique de la Jeune droite (1929-1942), une révolution conservatrice à la française. Paris, L'Harmattan, 498 p., p. 216-217.]

Ces "non-conformistes" sont alors à la recherche d'un substitut à la démocratie bourgeoise et à ses fondements philosophico-culturels. Comme l'indique l'historien Pierre Milza, "ils renouent en ce sens avec l'état d'esprit contestataire de l'ordre établi qui avait caractérisé la grande vague anti-positiviste de la fin du XIXe siècle et sont, comme tous ceux qu'elle avait portés, en quête d'un "ordre nouveau"". [MILZA Pierre (1990): Fascisme français - Passé et présent. Paris, Flammarion, Champs, 480 p., p. 198.] D'où une fascination pour le fascisme italien qui représente en quelque sorte une concrétisation réussie de cette aspiration.
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Alayn

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* 01/06/2010, 18:54
Message #36
Le productivisme et l'anti-productivisme du fascisme

Mais le fascisme, qui n'en est pas à une contradiction près, véhicule des idées à la fois productivistes et anti-productivistes. Le premier programme des Faisceaux en 1919 en appelle à une "augmentation de la production". Mussolini mène une politique agraire (les bonifications) et industrielle (l'énergie avec l'ENI, par exemple) qui va dans ce sens. C'est lui qui promeut même le terme de "productivisme". [WOOLF S.J. (1966): "Mussolini as revolutionary". Journal of Contemporary History, 1-2, p. 187-196.] Selon lui, il fallait bien nourrir les Italiens miséreux au lieu qu'ils partent en masse vers les Amériques...

Au sein du national-socialisme allemand, il existe ce que certains historiens ont appelé une "aile verte", sensibilisée à la protection de l'environnement, à la défense des espèces végétales ou animales, à l'agriculture biologique et à l'esthétique paysagère. [DOMINICK Raymond H. (1987): "The Nazis and the nature conservationnists". The Historian, XLIX-4. (1992): The Environmental movement in Germany: prophets and pioneers, 1871-1971. Bloomington, Indiana University Press, 290 p. POIS Robert A. (1993): La religion de la nature et le national-socialisme. Paris, Cerf, 350 p., éd. or. 1986. BRAMWELL Anna (1985): Blood and soil: Walther Darré and Hitler's 'Green Party'. Bourne End. BIEHL Janet & STAUDENMAIER Peter (1995): Ecofascism, lessons from the German experience. AK Press, 78 p.] On y trouve des ténors comme Heinrich Himmler, Walther Darré (un moment ministre de l'agriculture), Fritz Todt, Rudolph Höss, Walter Schönichen, Alwin Seifert, Albert Krämer, Erhard Mäding.

Le cas de Himmler est symptomatique. Pour l'historien Joachim Fest, "l'ensemble de l'univers intellectuel et affectif d'Himmler était déterminé par la passion hostile à la civilisation de l'étudiant en agronomie qui était entré dans les années vingt à l'Association Artam. [explication ci-dessous]. Il se plaignait souvent dans ses discours de ce que les Allemands fussent un "peuple de citadins" ; il était profondément dominé par le ressentiment contre l'urbanisation et la civilisation. On ne voit jamais apparaître dans ses discours aucune vision de complexe industriel avec des hauts-fourneaux, des centrales hydrauliques et des raffineries...". [FEST Joachim C. (1978): "Introduction". Heinrich Himmler - Discours secrets, Paris, Gallimard, 260 p., p. 11-21, p.17.] Himmler a même créé une ferme expérimentale pour pratiquer l'agriculture organique.

Photo: l'écolo nazi Himmler:
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Alayn

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* 01/06/2010, 19:42
Message #37
Le mouvement Artam, dont Walther Darré fut également membre comme Himmler, est créé en 1923 par Willibald Hentschel (1858-1947), disciple d'Ernst Haeckel (1834-1919) et futur membre du parti nazi. Haeckel, rappelons-le, est l'inventeur du mot écologie (1866), fondateur de cette science, et célèbre pour son livre sur Le Monisme (1897) où, dans la préface, l'aryaniste et le racialiste Georges Vacher de Lapouge (1854-1936) suggère de remplacer la devise "liberté, égalité, fraternité" par "déterminisme, inégalité, sélection". [GASMAN Daniel (1998): Haeckel's Monism and the birth of fascist ideology. New-York, Peter Lang Publishing.]

Issu en partie du mouvement des Wandervögel, le mouvement Artam veut jeter les bases d'une nouvelle communauté par le biais du travail agricole. Il répond en partie aux exigences des nationalistes voulant fonder un service civil. Comme dans le mouvement naturiste, les nombreux membres nazis cherchent à le contrôler, et il se fond en 1934 dans la Hitlerjugend. [MOUTON Georgette (1997): Jeunesse et genèse du nazisme. Thèse de doctorat en histoire, 220 p.]

Photo: illustration du journal du mouvement Artam de 1930:
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Alayn

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* 01/06/2010, 22:19
Message #38
Le capitalisme produit pour vendre

Il est toujours utile de s'interroger sur l'origine -et donc la nature même- de certains concepts qui sont devenus communément admis sans recul critique. L'anti-productivisme fait partie de ceux-là.

La critique du productivisme va historiquement de pair avec la critique du consumérisme.

Mais cette critique du consumérisme aboutit, dans ses extrêmes, à rejeter non seulement le gaspillage, la futilité, le gadget, mais aussi l'idée même, basique, de consommer. Parmi ses tenants les plus anciens figurent les religions qui plaident sans cesse en faveur d'une vie frugale, humble, simple, pauvre... Pas pour leurs prêtres, papes ou imams bien sûr, sauf exception mise en exergue, mais pour le peuple qu'il s'agit précisément de maintenir dans un état de pauvreté, de non consommation, en échange du paradis. Le bien matériel, la matière et le matérialisme sont alors diabolisés.

Le capitalisme ne produit pas pour produire, mais pour vendre: afin de développer une logique de marché, de profit, qui passe inéluctablement par une exploitation économique, une domination politique et une oppression sociale. Ignorer cette logique et ces aspects en parlant d'anti-productivisme réduit celui-ci à une réaction et le ramène, consciemment ou inconsciemment, à ses racines historiques.

Philippe PELLETIER
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véronique

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* 05/06/2010, 16:31
Message #39
CITATION(Alayn @ 01/06/2010, 18:33) *
L'ordre nouveau de l'anti-productivisme


Les Principes (1934) de L'Ordre nouveau affirment: "La tâche de l'homme sur la terre n'est pas de produire des biens. Le productivisme, d'où découlent désordre, misère et peine, exprime sous sa forme la plus dégradée le matérialisme contemporain. Une civilisation véritable est anti-productiviste".

Photo: Alexandre Marc:


c'est tellement vrai (à mon avis) mais que cette phrase soit extraite d'un bouquin facho.............me fait froid dans le dos et me trouble au plus haut point.
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Alayn

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* 06/06/2010, 04:04
Message #40
Bonjour ! Oui, idem...
Tout comme le mouvement Wandervögel in fine, avant de se rallier en masse au nazisme, avait des points positifs.
Toute l'ambiguïté de l'Histoire...



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