webreader
3 Pages V   1 2 3 >  
Reply to this topicStart new topic
> Rapport sur l'état de nos forêts et leurs devenirs possibles, par des habitants du plateau de Millevaches- novembre 2013

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 19:16
Message #1
Annonce par le ministre de l'Agriculture d'une nouvelle loi forestière, imminence du nouveau Plan pluriannuel régional de développement forestier (PPRDF), audit de la filière bois du Massif central par l'Etat publié en janvier 2012, discours programmatique d'Urmatt prononcé en mai 2009 par Nicolas Sarkozy sur la nécessaire adaptation de la filière bois française à la mondialisation, communication à outrance depuis quelques mois par le lobby forestier dans La Montagne et Le Populaire du Centre, installation de trois usines de cogénération à Limoges, Egletons et Moissannes consommant annuellement 400 000 tonnes de bois [-source: http://www.crpf-limousin.com/france/crpf-bois-energie-24.htm . Si l'on considère l'ensemble des unités de production d'énergie à partir du bois en Limousin, ce chiffre est porté à près de 700 000 tonnes.], ballet incessant des grumiers chargés à plein... Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il se passe quelque chose à propos du bois en Limousin, et donc fatalement autour des forêts du plateau de Millevaches, qui produisent, sur 20% de la surface de la région, plus de la moitié de son bois.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 19:47
Message #2
Dans ce concert, on entend la voix de l'Etat, des professionnels de la filière bois, des organisations prétendant "représenter les propriétaires", de toutes sortes d'experts.
Comme il est de coutume sur la plupart des sujets qui les concernent, il n'y a qu'une seule voix que l'on n'entend jamais, c'est celle des habitants, de ceux qui vivent au beau milieu de ce "massif forestier" qui suscite tant de convoitises et de spéculations.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 20:09
Message #3
Nous ne prétendons pas représenter tous les habitants du plateau, ni même l'opinion moyenne de ceux-ci. Nous nous sommes seulement penchés en profanes sur ce qui nous entoure tous les jours. Nous avons cherché à comprendre l'histoire humaine qui se cache sous les dehors faussement naturels du paysage, à déchiffrer les intérêts, les conceptions et les discours qui s'incarnent dans une "futaie régulière" de Douglas, une coupe rase ou un puy recouvert, sans ordre apparent, de feuillus dits "de qualité médiocre". Il nous est alors apparu que notre plateau, prétendument si éloigné de tout, était traversé jusqu'en son coeur par la dynamique actuelle du capitalisme. En témoigne le simple fait que plus de la moitié des volumes de bois exploités sur le plateau partent en trituration pour l'usine de pâte à papier de Saillat ; une usine qui appartient au plus grand groupe papetier mondial, International Paper, dont le conseil d'administration accueille, entre autres financiers planétaires, l'ancien directeur général de la banque Goldman Sachs. Quant au bois qui ne part pas en trituration, les principaux acteurs de la filière savent s'entendre pour se partager la ressource et en fixer le cours.

Photo: Usine de pâte à papier de Saillat:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 20:26
Message #4
En vérité, c'est tout un paysage qui nous est devenu plus lisible. Là où le lobby forestier a tendance à ne voir que des arbres plantés dans un désert humain, et où nous autres habitants avons tendance à envisager notre vie comme se déroulant sur le fond d'une "nature" immuable, nous avons découvert que l'état de la forêt, au fil de l'histoire, ne faisait qu'exprimer la façon dont le plateau était habité. L'état de la forêt est le reflet fidèle de notre rapport au territoire.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 20:50
Message #5
Un peu d'histoire...

"Le reboisement intensif du Plateau Central sera pour cette plaie de la désertion des campagnes un remède de premier ordre. En reboisant nos milliers d'hectares de bruyères improductives, nous préparerons pour l'avenir des exploitations forestières qui contribueront à retenir chez eux ceux qu'attire dans les villes l'appât de salaires plus élevés. Appelons de tous nos voeux la reconstitution de nos forêts, car elles apporteront dans leurs ramures vertes un gage de salut pour notre pays."


Louis Bonnet (membre de l'Amicale des Limousins résidant à Paris), L'Arbre et l'Eau, 1912.

Au début du XX° siècle, comme le montrent les photographies et les descriptions de l'époque, le plateau de Millevaches est quasiment dénué de forêts. Déboisé, nu, recouvert d'un unique manteau de bruyère, les arbres y sont des oiseaux rares. Les quelques oasis de verdure se trouvent aux abords des hameaux. La couverture forestière n'ayant cessé de reculer depuis le Moyen Age, elle continue à se réduire tout au long du XIX° siècle. En 1904, la surface boisée du plateau de Millevaches représente 5% de sa superficie.

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 21:35
Message #6
De la fin du Moyen Age jusqu'à l'aube du XX° siècle, les paysans de Millevaches associèrent une céréaliculture de maigre subsistance à l'utilisation pastorale des vastes landes communales. L'équilibre de cette paysannerie pauvre mais prolifique repose sur l'élevage extensif du mouton et sur l'émigration saisonnière pour aller s'employer au loin comme maçons, cochers ou scieurs de long. Mais à la fin du XIX° siècle, le marché du travail se transforme. La période des grands chantiers royaux, impériaux puis haussmanniens s'achève. Le bâtiment met en oeuvre des chantiers permanents et, pour l'embauche saisonnière dont elles ont encore besoin, les entreprises préfèrent désormais importer des maçons italiens. L'exode se substitue alors à la migration saisonnière. Jusqu'à une date récente et pendant un siècle entier, le plateau n'a pas cessé de se dépeupler à un rythme variable. Contrairement à une idée reçue, les communes du plateau avaient commencé à se vider de leurs habitants dès avant la Première Guerre Mondiale. C'est entre 1895 et 1910 que se produit la dernière augmentation de la population dans la plupart des cantons du plateau.
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 22:01
Message #7
L'agonie de la tradition communale

Jusque là, le système agropastoral traditionnel était structuré autour du pâturage dans les terres collectives, dites "communaux": des landes qui composaient 60 à 70% de la superficie de chaque village. En vertu de droits d'usage acquis au cours du Moyen Age, les habitants de chaque hameau y menaient leurs troupeaux de moutons dont ils vendaient la laine et la viande dans les foires alentour.
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 27/07/2014, 23:47
Message #8
Ce système se disloque dès le début du siècle.
Concurrencé par l'élevage intensif des plaines, le mouton maigre du plateau se vend moins bien.
S'amorce ainsi le déclin de l'élevage ovin, renforcé par l'exode des pauvres parmi lesquels se recrutaient les bergers. La régression s'amplifie lors de la Première Guerre Mondiale. Le pacage est de plus en plus extensif. La callunaie (végétation de genêts, de bruyères de callune et de fougères) devient très dense, éliminant les graminées de la lande. Là où les troupeaux ne passent plus, s'installent des formations arbustives spontanées. Le consensus social sur le statut communal des parcours éclate alors, à mesure que leur usage diminue. Des dernières années autour du XIX° siècle à 1920, un intense débat s'ouvre autour de la question des communaux. C'est dans ce contexte, venant d'une toute autre origine, qu'apparaît le projet de boisement du plateau de Millevaches.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 28/07/2014, 00:22
Message #9
Ce qu'il faut bien appeler l' obsession de boiser le plateau de Millevaches est le fruit de la rencontre, en 1901, entre un ancien inspecteur des Eaux et Forêts et une société savante de Limoges, la société scientifique Gay-Lussac composée principalement de notables de Haute-Vienne, épris de progrès, de profit et de modernité. C'est cette société qui impulsera à partir de 1907 les Congrès annuels de l'Arbre et de l'Eau, rassemblant tout ce que la France compte d'organisations, de spécialistes, d'ingénieurs, de propriétaires terriens, d'agents ministériels plaidant en faveur du reboisement de la France. Le forestier Cardot s'exprime ainsi, lors du congrès de 1907, dans sa présentation du plateau de Millevaches: "On a vraiment quelque peine à comprendre l'existence de si vastes surfaces presque improductives, dans un des pays les plus civilisés du monde, en pleine France, au milieu de régions en général très fertiles et prospères. N'est-il pas possible d'en tirer meilleur parti ? Ce sol est-il par sa nature éternellement voué à la triste et maigre bruyère ?"
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 28/07/2014, 01:16
Message #10
Le boisement est alors une cause nationale, parée de surcroît de toutes les vertus: il ne sert pas seulement à venir rattraper le retard français par rapport à l'Allemagne en la matière, il doit aussi tempérer le climat, réguler les cours d'eau et même permettre de stabiliser les sols du plateau, qui n'en ont pas du tout besoin. La société Gay-Lussac prend donc contact avec les ministères et peut se flatter d'avoir obtenu dès 1909 la nomination au ministère de l'Agriculture d'une "commission officielle pour l'étude et la mise en valeur du plateau de Millevaches". Le fondateur de cette société, Paul Garrigou-Lagrange, a d'ailleurs sa stèle à Millevaches. C'est encore cette société qui obtiendra en 1912 que soit rattaché à la commission d'études du plateau de Millevaches un garde général des Eaux et Forêts: un nommé Marius Vazeilles, bientôt détaché au service des améliorations agricoles "pour la propagande et pour la direction des travaux de mise en valeur à entreprendre dans les landes du plateau de Millevaches." Celui qui deviendra le reboiseur du plateau de Millevaches, et qui est d'abord l'élève du forestier Cardot, s'installe à Meymac. Il a trente-deux ans. Il y mourra soixante ans plus tard.

Photo: Marius Vazeilles:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 28/07/2014, 01:46
Message #11
L'invention de la forêt paysanne

Si le projet de reboiser le plateau n'est pas le fait de Marius Vazeilles, dirigeant local du parti socialiste puis, après le congrès de Tours, communiste, c'est lui qui inventera la méthode pour y parvenir. La société Gay-Lussac de l'Arbre et de l'Eau avait bien acheté et promu l'acquisition de parcelles par dizaines d'hectares dès avant la Première Guerre mondiale afin de mettre en oeuvre son projet d'expérimenter des essences exotiques et, déjà, de célébrer les vertus du "pin de Douglas", mais son point de vue sur le plateau était encore un point de vue de grand propriétaire terrien. Elle l'envisage comme on envisage à l'époque les colonies: comme un espace vide d'habitants, un désert qu'il s'agit de faire fructifier.

Dessin: Pin Douglas:
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 29/07/2014, 16:19
Message #12
Là où les notables de la Gay-Lussac voyaient de loin le système agropastoral sur lequel ils étaient assis se déliter et se demandaient ce qu'ils allaient faire de leurs domaines incultes, Marius Vazeilles inventa l'idée de forêt paysanne. Ainsi, il adapta l'idée du reboisement à la situation nouvelle des paysans confrontés à la crise de leur équilibre traditionnel, dans l'espoir de mettre en place un équilibre nouveau. Les communaux seraient répartis équitablement entre les paysans de chaque hameau.
Les parcelles les mieux exposées, les bruyères les plus accessibles seraient défrichées. De l'élevage ovin extensif, on passerait à l'élevage intensif du veau de lait, bien plus rentable.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 31/07/2014, 12:41
Message #13
Tandis que le piétinement et la fumure vont faire régresser la callune au profit de l'herbage, les pâturages s'amélioreront, et les landes les plus médiocres, les parcelles les plus éloignées seront plantées de résineux à l'automne, à leurs heures perdues, par les paysans restant, grâce à des plants gratuits fournis par l'Etat, le tout soutenu par des subventions.
Ainsi, quarante ans plus tard, sans grand effort et pour l'avantage tant d'eux-mêmes que de la cause nationale du reboisement, les paysans disposeraient d'une somme rondelette pour s'équiper ou d'une retraite améliorée par la coupe des parcelles plantées plus tôt ; ils pourraient sinon les répartir entre leurs héritiers. C'est le système du "pré-bois" imaginé et réalisé par Vazeilles, notamment grâce au syndicat communiste des "travailleurs de la terre". La forêt est plantée par les habitants et leur appartient. Un tel reboisement est autrement plus facile à réaliser, moins coûteux, moins risqué et plus efficace qu'une expropriation autoritaire des communaux en vue de leur plantation directe par l'Etat.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 31/07/2014, 20:52
Message #14
Ainsi, de 6% en 1914, la forêt recouvre en 1930 16% du plateau, 25% en 1946 et 47% en 1971.
"Le reboisement paysan n'établit pas ainsi un massif forestier mais un "état boisé", une forêt "en timbre-poste", mosaïque de parcelles d'âges différents, réparties entre une multitude de petits propriétaires."

[Raphaël Larrère, Désertification ou annexion de l'espace rural ? L'exemple du plateau de Millevaches, Etudes rurales n° 71-72, éd. EHESS, juil.-déc. 1978, p. 15.]
Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 31/07/2014, 21:17
Message #15
De la forêt paysanne à la plantation industrielle

Mais l'exode se poursuit, s'accentue même après la Seconde Guerre mondiale. Le veau de lait limousin, exigeant un grand savoir-faire et une grande quantité de travail, ne permet pas d'économies d'échelles et se voit concurrencé par une production nationale de moindre qualité, mais de prix nettement plus bas.
Dans ces années-là, le passage forcé de l'élevage intensif de veau blanc à l'élevage extensif du broutard opère une sélection supplémentaire parmi les paysans, peu nombreux à disposer d'assez de terres et de capitaux pour engager cette conversion.
Avec l'exode, la propriété forestière échappe définitivement aux habitants, pour se trouver de plus en plus entre les mains d'héritiers citadins. Avec la création, après guerre, du Fonds forestier national, ces propriétaires vont profiter des aides de l'Etat pour planter massivement et revaloriser ainsi leur patrimoine foncier. Par ce processus, le reboisement devient de plus en plus l'oeuvre des non-habitants.
Les paysans ont été jusque vers 1950 les principaux reboiseurs et depuis 1960, les cadres, industriels et professions libérales les ont largement supplantés.
Image(s) jointe(s)
Image attachée Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 31/07/2014, 22:35
Message #16
"Par ailleurs, divers agents économiques acquièrent des terres pour les planter. Il s'agit de société d'assurances, parfois même de sociétés immobilières, d'entreprises, de collectivités diverses. Mais il s'agit -et plus encore- de cadres supérieurs, de médecins, de notaires, de marchands de bois. La plupart n'ont guère d'attache au pays, et n'investissent en Millevaches que parce que la terre n'y est pas trop chère et que les paysans en perdent le contrôle. Pour ces "nouveaux reboiseurs", la forêt est un placement financier. Ils la conçoivent donc de façon à ce qu'elle corresponde aux besoins d'approvisionnement de l'industrie. Ainsi s'établit en Millevaches, à côté de l'ancienne forêt paysanne, sur les terres que l'agriculture abandonne (ou qui lui sont soustraites), un nouveau massif forestier. Il est constitué de plus vastes propriétés, de parcelles plus homogènes, bien desservies. Il n'est plus planté de pins sylvestres - mais d'épicéas (et de Douglas) pour les scieries et, plus encore, pour les usines de pâte à papier."

[Raphaël Larrère, op. cit., p. 25.]
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 31/07/2014, 23:01
Message #17
Avec la défaite de la forêt paysanne, c'est la perte de contrôle des habitants sur leur territoire qui advient, et c'est cela que sanctionne le nouveau projet de mise en valeur touristico-forestière du plateau. Parlant des paysans, la Direction départementale de l'Agriculture dit dès 1971: "Il faut des hommes dynamiques en nombre suffisant pour être les gardiens du milieu naturel." Le territoire n'est plus fait pour ses habitants, ce sont ses habitants qui doivent s'adapter à sa nouvelle vocation, ou pour le dire autrement: les habitants sont encore tolérés, mais dans la mesure où ils contribuent à leur propre dépossession. A titre d'exemple, pour la SAFER même, dès les années 1970, "la forêt est l'aménagement prioritaire" du secteur de Bugeat.
Faut-il préciser que la forêt en question n'est plus la forêt paysanne de Vazeilles, mais de la plantation industrielle ?

Photo: Bugeat:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/08/2014, 13:12
Message #18
C'est ainsi que notre plateau est, d'entre toutes les régions françaises, celle qui a connu au XX° siècle la plus forte augmentation de la surface boisée: entre 1904 et 1980, celle-ci a crû de 844%. C'est ainsi que le plateau a pris le visage que nous lui connaissons maintenant, un visage qui n'est nullement naturel, mais de part en part historique. C'est ainsi que nous autres, habitants actuels du plateau, nous trouvons au milieu d'un "massif forestier" dont nous subissons les conséquences sans avoir aucune prise sur les logiques qui le façonnent.

En somme, l'enrésinement se voulait un remède à la désertification du plateau, et il en est devenu le signe le plus frappant.
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
 

Image(s) jointe(s)
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/08/2014, 13:37
Message #19
OU EN SONT NOS FORETS ?

"Notre forêt est née du désespoir, elle est née de la pauvreté de l'agriculture particulièrement sur le plateau de Millevaches... Au début on a planté sans trop savoir ce que l'on faisait... et aujourd'hui, dans le territoire du PNR, nous avons une forêt intéressante avec 24 millions de m3 de capitalisation sur pied."


Christian Beynel, Vice-Président du Conseil de Valorisation du Parc naturel régional de Millevaches.

Le plateau de Millevaches est désormais un territoire forestier: 1666 km2 de forêts, soit 53% de sa superficie, contre 33% pour l'agriculture. Si le plateau était un département, il serait en troisième position en termes de taux de boisement, derrière les Landes et le Var.

Photo: Christian Beynel:
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 02/08/2014, 15:24
Message #20
Cette forêt est composée en surface de 44% de feuillus et de 56% de résineux, représentant respectivement des volumes de bois sur pied de 32% et de 68% ; cette répartition en volume de deux résineux pour un feuillu est exactement inverse de la moyenne régionale. La forêt résineuse est gérée industriellement dans sa quasi-totalité (source PNR). La production majoritaire est le Douglas: aujourd'hui, en plantation industrielle, un résineux sur deux est un Douglas, les prospectives prévoient que cette proportion passera à deux sur trois d'ici 2020 (source Centre régional de la propriété forestière). A l'heure actuelle, sur dix arbres plantés sur le plateau, neuf sont des Douglas (source PNR).
Miniature(s) jointe(s)
Image attachée
Image attachée
 



"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
Go to the top of the page
+Quote Post


3 Pages V   1 2 3 >
Reply to this topicStart new topic
0 membre(s):

 

Voir le classement des sites les plus populaires
RSS Version bas débit Nous sommes le : 23/11/2017 - 16:18