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> La crise sans fin, D'une crise à l'autre

Alayn

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Lieu : Creuse

* 19/10/2010, 18:54
Message #1
Remarques à partir de "La crise sans fin" (Notes et morceaux choisis, n° 12, La lenteur, 2009).


Dans le dernier numéro de la revue Notes et morceaux choisis, un article revient sur ladite "crise financière de 2008" ; sa lecture est d'autant plus intéressante que l'on nous rebat désormais les oreilles avec "la crise suivante".

Le texte de Matthieu AMIECH, intitulé "Que la crise s'aggrave ?", propose notamment une explication un peu approfondie des "mécanismes économiques" de cette crise, ainsi qu'une mise en perspective historique.

Selon lui, il ne s'agit certes pas, comme on peut l'entendre parfois, d'une crise fictive, d'une arnaque de plus montée de toutes pièces par les Etats et la finance pour justifier de nouveaux transferts de l'un à l'autre et un retour de "l'austérité".

Mais il ne s'agit pas non plus seulement d'une seule "crise financière" due exclusivement à l'irrationalité et à la rapacité de la Bourse. [...]
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Alayn

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* 19/10/2010, 19:46
Message #2
Le caractère délirant et irréel du fonctionnement contemporain de la Bourse -notamment la généralisation des crédits dits "toxiques", c'est-à-dire non-remboursables, parce que "les emprunteurs ne sont pas solvables" (rappelons que ces crédits furent les déclencheurs de la crise)- ce caractère délirant n'en est pas pour autant arbitraire.

Il a une cause profonde, une fonction structurelle: il est indispensable au fonctionnement actuel de "l'économie réelle" mondialisée, désormais incapable de trouver des débouchés solvables à sa production en constante augmentation, sans recourir à ces emprunts non-remboursables.

Il s'agit en somme d'une crise classique de "surproduction", telle qu'en connaît le capitalisme industriel depuis ses origines, mais à une échelle plus vaste, qui ne permet pas les formes précédentes de "résolutions".

Rappelons que ces dernières étaient notamment: l'expansion coloniale et néo-coloniale, les destructions massives par les guerres, la planification - intervention étatique toujours plus massive dans l'économie, enfin la relative "redistribution" ayant permis la constitution d'une consommation de masse.
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Alayn

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* 20/10/2010, 23:35
Message #3
L'apparente aberration de la Bourse sert donc à la fois à masquer la profondeur de cette crise, et à "continuer" malgré tout.

A ce stade, il est très improbable qu'une telle crise puisse être surmontée et ne connaisse pas de multiples rebondissements - l'auteur note d'ailleurs que dans une certaine mesure, le capitalisme mondial est dans une espèce de crise continue, avec de simples intermèdes, depuis la fameuse crise de 1973.

Il est donc non seulement indigne, mais aussi illusoire, d'espérer une refonte, une rationalisation, voire une "moralisation" de l'économie mondiale.

Si elle se limitait à cela, l'analyse de Notes et morceaux choisis resterait relativement voisine de ce qu'avaient déjà exposé certains groupes "néo-marxistes" (notamment Anselm JAPPE et l'ex-groupe Krisis, cf. le Manifeste contre le travail, Editions Léo Scheer, 2002). Mais le texte est plus original et d'une portée plus générale.

Krisis, comme du reste tant d'autres, concluent de leurs analyses que "le capitalisme est sur le point de s'effondrer". A partir du constat du caractère inévitable de la catastrophe, du caractère insurmontable des contradictions (constat parfaitement exact), naît ainsi une forme paradoxale d'optimisme.

Cette bizarrerie se retrouve tout autant, d'ailleurs, chez beaucoup de [celles et] ceux qui diagnostiquent une prochaine catastrophe écologique.
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Alayn

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* 21/10/2010, 00:35
Message #4
A l'opposé de ce réconfortant "happy end", les auteurs de N et MC font le constat que la "crise économique structurelle" actuelle n'est qu'un aspect assez secondaire d'une crise "sociale, ou culturelle, ou de civilisation" beaucoup plus profonde et décisive: une "crise sans fin" qui rend à peu près impossible aujourd'hui tout mouvement critique d'importance ; et laisse donc plutôt présager une dégradation progressive et peut-être très longue de la situation sociale et écologique d'ensemble.

Si des crises, notamment économiques, ont pu parfois favoriser le développement de mouvements sociaux émancipateurs, voire entraîner le début d'un "processus révolutionnaire", c'était à la condition qu'il existe par ailleurs déjà dans la société non seulement des courants critiques puissants, mais aussi une aspiration et une volonté diffuse de transformations, et également certaines qualités de coeur et d'esprit répandues dans la population ; enfin toute une série de conditions matérielles particulières - sans doute notamment la persistance d'une relative autonomie matérielle.

Tout cela est aujourd'hui absolument absent, et ne pourrait certes pas se reconstituer en un jour.

Un "paléo-marxiste" dirait: les "conditions objectives" de la révolution sont réunies, manquent les "conditions subjectives". Mais on sait depuis longtemps (et c'est bien la raison de ne pas être marxiste) qu'en l'occurrence, ce sont toujours les "conditions subjectives" qui sont décisives.
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Alayn

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* 21/10/2010, 01:16
Message #5
Le texte de N et MC rappelle les caractéristiques principales de cette "crise culturelle" de fond, qui englobe la seule crise économique.

Si le texte commence par une évocation critique de François PARTANT et de son livre Que la crise s'aggrave ! (1979, réédité en 2002), il s'appuie ensuite sur les idées du Castoriadis des années 60 ; et sur l'analyse de la progressive "privatisation" des individus comme phénomène principal de l'époque contemporaine. Par privatisation, [Cornelius] CASTORIADIS désignait le repli toujours plus poussé sur la "vie privée" et la consommation, et l'abandon de toute aspiration politique ou collective.
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Alayn

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* 21/10/2010, 01:57
Message #6
C'est la notion d'autonomie qui se trouve ici au centre de la critique et du projet social qui y transparaît en négatif (est-il besoin de préciser que ce mot n'est pas pris dans l'acception récente des médias et de la police, ni d'ailleurs de certaines franges du gauchisme des années 1970-1980 [?]).

"Autonomie" signifie étymologiquement: "la qualité de qui se donne ses propres lois et règles", qu'il s'agisse d'une société, d'un groupe ou d'un individu.

Dans le texte de N et MC, le constat d'une absence et d'une perte d'autonomie toujours plus profonde dans les sociétés modernes renvoie davantage à une acception plus large et commune du mot: pour tous les besoins élémentaires de notre vie, nous sommes absolument dépendants d'un système social et notamment technique, toujours plus vaste et plus complexe, et sur lequel nous avons toujours moins de prise ; qu'il est même toujours plus difficile de seulement se représenter dans les grandes lignes. Et cette dépendance matérielle toujours plus poussée se constate aussi dans les domaines de la pensée et de la sensibilité.

Les individus, en devenant toujours plus isolés et dépendants de la "méga-machine", sont toujours moins capables de s'associer pour peser sur la situation et tenter de décider réellement de quoi que ce soit (qu'il s'agisse de leur situation personnelle ou de la situation sociale dans son ensemble).
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Jack

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Lieu : Banize

* 21/10/2010, 10:40
Message #7
La crise aura une fin: un retour total vers un système féodal!
C'est-à-dire un retour en arrière d'avant la Révolution Française. Voir ce sujet sur le blog de Paul Jorion: http://www.pauljorion.com/blog/?p=14633

La guerre des monnaies fiducières qui se déroule actuellement - où on n'y comprend rien - est en fait l'amorce (annoncée dans un autre sujet lorsque la crise de 2008 a commencé) de la fin de nos monnaies, on particulier la fin de l'étalon-dollar.
Les personnes âgées le pressentent bien : accumulation d'euros chez eux (dernièrement il y a eu un gros paquet d'agressions en Creuse car tout se sait toujours!), accumulation de carburant (les pénuries ne sont pas prêtes d'être finies!) et de sucre, farine, etc.
L'euro ne va plus valoir grand chose (hyperinflation), quant à l'alimentation mieux vaut avoir un jardin pour les années qui vont suivre...nous avons eu un avant-goût cet été pour le blé entre autres.




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Alayn

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* 22/10/2010, 02:57
Message #8
Bonsoir ! Voui... la crise aura une fin quand le capitalisme et l'argent seront abolis ! (arf !)
Déjà, on sera dépollués de ces 2 miasmes et l'on respirera mieux et nous serons certainement égalitairement plus libres.
Car comment faire pire que le capitalisme pour créer des inégalités ?

Mais bien difficile de prédire quelle tournure économique va prendre ce monde... Toujours la suprématie du système capitalo-libéral ? (il semble évident que dans ce système, les plus pauvres subiront toujours sans fin...des crises).

Alors, devant l'incertitude de ce monde cadenassé par le système capitalo, où le véritable roi est l'argent, il est compréhensible que les gens essayent de faire des réserves.
Creuse, terre de résistance !
Merci d'ailleurs à ce propos Jack pour tes infos très intéressantes !


Mais je redonne la parole à CEDRIC (article qui a été publié dans le dernier numéro de Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire), et qui a rédigé ses notes et que je retranscrit depuis le début de ce topic:


Comme on le voit, si j'ai insisté tout à l'heure sur l'importance des "conditions subjectives" par rapport aux "conditions objectives", [Voir au début de ce topic] cette opposition est en fait fallacieuse: dans une large mesure, les "conditions subjectives" de la société et de ses membres sont produites, ou en tout cas fortement déterminées, par certaines transformations matérielles de l'organisation de la société.

Ces transformations n'ont cessé de déferler toujours plus vite, depuis que [Cornelius] CASTORIADIS animait le groupe "Socialisme ou barbarie" ; et elles peuvent être même décrites de façon relativement objective. De la manière d'habiter ou de se nourrir, à celle de travailler, d'occuper le temps laissé libre par le travail, jusqu'à celle de parler, de mettre au monde et d'élever les enfants, ou de mourir.

Toutes choses qui ont radicalement changé en moins de 50 ans, et ne cessent de se transformer, sous l'effet de la transformation de la production, de l'approfondissement de l'organisation industrielle de la société ; et, particulièrement depuis 30 ans, sous l'effet de l'informatisation croissante de tous les aspects de la vie.
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Alayn

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* 22/10/2010, 03:59
Message #9
L'article de N et MC critique vertement la honteuse pauvreté des mots d'ordre et des ambitions affichées par les divers "mouvements sociaux" apparus en France depuis la crise de 2008 ("défense du pouvoir d'achat", etc.).

Mais, plutôt que de se plaindre mécaniquement de la "trahison des syndicats et partis de gauche", c'est d'abord pour y voir une terrible illustration de l'anomie politique dans laquelle sont tombés nos contemporains ; et une confirmation que cette "crise économique", loin de les contraindre à la conscience et à la révolte, semble plutôt les amener à réclamer davantage de protections: davantage d'Etat, d'économie, de développement industriel, etc. ; bref, les enfoncent un peu plus dans la soumission ou l'indifférence impuissante, dans la "privatisation" dont parlait [Cornelius] CASTORIADIS.

L'une des principales insuffisances des prises de positions qui s'efforcent de prendre la mesure de la situation actuelle -ce que j'appellerai pour faire vite la critique anti-industrielle-, c'est la difficulté de formuler de façon un peu développée à la fois dans quelle direction nous souhaiterions aller, quelles seraient les grandes caractéristiques d'une société plus aimable, bref un idéal ; et quels chemins, quels sentiers, l'on peut commencer à emprunter vers ce but, quelles étapes, même modestes, on doit d'abord s'efforcer d'atteindre ; bref quels conflits ou quelles constructions on doit essayer de mener à bien avec nos faibles forces.

En somme, "qu'attendez-vous de la vie, et qu'êtes-vous prêt à faire pour l'obtenir ?", pour reprendre le parfait résumé des surréalistes pour le niveau individuel.
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Alayn

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* 23/10/2010, 03:01
Message #10
Cette insuffisance, les anti-industriels la partagent avec leur époque ; le passage du "rouleau compresseur du progrès" ces dernières décennies a accompli un véritable écrasement de l'imagination vivante, du "sens du possible", auquel personne ne peut échapper tout à fait. "Le futur triomphe, mais nous n'avons pas d'avenir" (dixit le "groupe Oblomoff"). Et nous n'avons pas d'avenir notamment parce que nous n'arrivons plus à imaginer réellement un avenir souhaitable.

Cette faculté d'imagination ou de représentation "utopique", ce pressentiment de la liberté, de la richesse, du bonheur possible, ont toujours été des "ingrédients" centraux, et sans doute indispensables, de tous les mouvements d'émancipation. Les surréalistes, pour revenir à eux, le comprirent et l'exprimèrent là aussi excellemment.
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Alayn

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* 23/10/2010, 03:32
Message #11
Le cercle vicieux est effectivement parfait: l'écrasement actuel -qui assurément n'est pas que spirituel- dissuade l'imagination libre, et l'incapacité d'imaginer entretient et manifeste par excellence cet écrasement.

Il serait sans doute naïf, face à cela, d'attendre un brusque renversement sortir de la tête ou de la plume de quiconque. Il ne suffit pas d'être conscient du manque pour parvenir à le combler. La preuve en est que personne à ce jour n'a encore réussi ne fût-ce qu'à écrire un manifeste digne de ce nom, et à la hauteur de la situation présente, malgré un évident besoin.

Le texte de "La crise sans fin" n'échappe pas lui non plus à cette insuffisance ; cependant, c'est l'un de ses mérites importants, comme d'ailleurs des autres numéros de Notes et Morceaux Choisis, que d'apporter des éléments, des matériaux, pour la reconstruction d'un idéal et de perspectives praticables à la hauteur de notre temps ; pour commencer à sortir de l'extraordinaire tristesse et morbidité de la conscience et de la "culture" contemporaine: de son nihilisme.

CEDRIC
(article paru dans le n° 25 du journal de la Creuse libertaire Creuse-Citron)
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podcol

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Lieu : Creuse et Normandie

* 26/10/2010, 10:01
Message #12
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"Colère et intolérance sont les ennemis d'une bonne compréhension"
Gandhi
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Alayn

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* 27/10/2010, 03:58
Message #13
Bonsoir ! Mais non, mais non ! (arf !)
Nous sommes dans une période révolutionnaire !
Elle s'enclenche doucement mais si nous la ratons, là, y'aura des larmes !

Etre défaitiste est le meilleur moyen de perdre d'avance. De ne rien faire aussi.
De gober et cautionner le système.

Y'a largement moyen de changer le système mais il faut déjà basiquement le vouloir.
Ne pas baisser les bras.
Etre optimiste.
Malgré tous les coups bas.



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