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> Fume, c'est du méthane, et souviens-toi de Valorga

Alayn

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* 25/07/2010, 01:23
Message #1
Texte de MAP paru dans le dernier numéro de Creuse-Citron, le journal de la Creuse libertaire. (rubrique "Ecologie pratique... pour la thune").


Nouvelle implantation industrielle dans une ville en situation économique délicate, production d'énergie à partir de ressources renouvelables, valorisation de déchets et création de quelques emplois, le projet Abiodis d'installation d'une unité de méthanisation de déchets organiques à Guéret a tout pour séduire. Mais si on gratte un peu, ce qui n'est pas facile vu l'opacité entretenue autour du dossier par la Mairie de Guéret et le promoteur du projet, les considérations écologiques et de développement local s'effacent vite devant les simples enjeux financiers et subventionivores.

Le projet est simple: produire de l'électricité et de la chaleur à partir du gaz méthane issu de la dégradation ou "digestion" de déchets organiques.

L'usine traitera 72 000 t de déchets par an: boues issues des usines d'épuration des eaux (23%), pulpes produites à partir des déchets organiques contenus dans les ordures ménagères (15%), déchets d'équarrissage animal (16%), déchets verts (19%) et céréales (sorgho) (28%).

Le budget de l'opération est de 12,5 millions d'euros, dont seulement 2 M¤ de fonds propres, 9,5 M¤ d'emprunt auprès de la Caisse des Dépôts, et 1 M¤ de l'ADEME. Ce qui n'exclut pas des aides complémentaires de l'Etat, de la Région, du Conseil Général et de la Ville, que ces aides soient en apports financiers ou en apports indirects et facilités diverses.

L'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) a étudié le dossier, et, bien que relevant beaucoup plus de points négatifs que de points positifs, a quand même donné un avis favorable pour une aide d'1 M¤ (sous réserve d'études complémentaires...). Nous avons eu cette étude en mains et elle nous a été fort utile pour comprendre le caractère irréaliste du projet.

Photo: usine de méthane en Picardie, usine dite bio, accusée de pollutions:
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"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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Alayn

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* 25/07/2010, 02:02
Message #2
Cultiver pour produire des déchets !


Pour cultiver le sorgho, Abiodis va acquérir deux exploitations agricoles (300 ha en tout). C'est le Gablim (Groupement des agriculteurs bios du Limousin) et la Confédération Paysanne qui ont alerté l'opinion locale sur ce projet en critiquant la vente de terres agricoles à fin de méthanisation, en faisant le parallèle avec les agrocarburants pour affirmer que les terres agricoles doivent servir d'abord à l'alimentation. D'autant plus que la culture prévue est du sorgho, c'est-à-dire que la plante entière est utilisée, alors qu'avec le blé par exemple on peut utiliser la paille pour la méthanisation et consommer le grain.

Gablim et la Conf, suite à un courrier au préfet, ont obtenu un report de la prise de décision de la Safer pour avoir un complément d'information, mais au final la Safer a donné son accord.

Abiodis préfère acheter plutôt que passer des contrats avec des agriculteurs à qui il rachèterait leur production, car c'est plus "sécuritaire" pour leur approvisionnement.

Jean-Louis Bouillet (membre de la Conf): "La Conf pense qu'il est temps que la Région s'occupe du problème de l'appropriation et de la destination des terres, à la limite la Région acquiert les 300 ha et installe 6 exploitants avec des exploitations d'une taille moyenne de 50 ha, voire moins s'il y a des projets de maraîchage. Ceux qui veulent s'installer sur des petites surfaces ne trouvent rien. Si on veut relocaliser l'agriculture c'est une piste possible. Et puis est-ce nécessaire d'être propriétaire pour cultiver ?"

Photo: champ de sorgho au Maroc:
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Alayn

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* 25/07/2010, 02:22
Message #3
La propriété c'est le vol

Abiodis a payé ces 300 ha 7000¤ l'hectare, soit deux fois le prix des meilleures terres en Creuse.

L'augmentation de la taille des exploitations est telle qu'elle produit des effets pervers. Quel agriculteur creusois peut se permettre d'acquérir 150 ha à ce prix-là ? Personne. Qui peut se le permettre ? Des investisseurs privés !

Nous subissons les mêmes avatars que les pays africains où des multinationales, voire des Etats, achètent des millions d'hectares. Les terres agricoles sont en train d'échapper à tout contrôle humain et peuvent être destinées à n'importe quel usage pourvu qu'il soit rentable au regard des intérêts capitalistes. La terre est un moyen de production comme un autre, seule sa collectivisation peut garantir la maîtrise de son usage pour le bénéfice de la collectivité.
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Alayn

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* 25/07/2010, 03:20
Message #4
Selon des exemples allemands, dans des digesteurs où on utilise des céréales avec des boues et des déchets d'équarrissage, ce n'est pas 28% de céréales dont ils ont besoin comme prévu par Abiodis, mais 50%. Ce qui veut dire que si le projet se réalise ils auront vite besoin d'acheter 300 ha de terres supplémentaires.

Ces terres seront en monoculture intensive avec tous les intrants possibles (engrais, pesticides), surtout des engrais car le sorgho n'est pas une plante adaptée à notre région. L'ADEME s'inquiète des "conséquences environnementales: impact sur le milieu naturel (ressources en eau, qualité des sols, etc.), développement de monocultures (impact sur la bio-diversité, etc.) et sociales: certaines de ces cultures, notamment les cultures énergétiques spécialement dédiées à la méthanisation, peuvent être en compétition avec les cultures alimentaires en terme de surfaces allouées."

Et cerise sur le gâteau, le projet sur-évalue le rendement de la culture du sorgho.

Photo: le sorgho:
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Alayn

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* 25/07/2010, 03:56
Message #5
Un projet "écolo" qui augmente les émissions de CO2


Non seulement l'exploitation du sorgho augmente les émissions de gaz à effet de serre, mais le transport des déchets également.

"Seulement 50% en tonnage de l'approvisionnement en déchets est assuré par le territoire creusois. On peut craindre que la taille du projet soit trop importante. En effet, cette taille oblige à aller chercher loin des masses importantes de matière première, alors que la technologie de la méthanisation (contrairement à l'incinération) permet d'envisager la création d'unités de taille relativement modeste." (rapport de l'ADEME).

Les bureaux d'études spécialisés estiment que la zone de collecte des déchets à traiter doit se situer dans un rayon maximum de 20 à 30 km alors qu'il est de 50 km ici.

Pour son approvisionnement, Abiodis compte sur beaucoup de ressources aléatoires.

Pour près de 30% sur les boues et déchets verts hors département et particulièrement de Limoges: or l'agglomération de Limoges traite déjà ses boues avec un procédé de méthanisation et n'en a pas forcément à vendre, sans parler du coût de transport et de son impact écologique.

Pour 15% sur des pulpes d'ordures ménagères qui seront produites dans une installation encore en début de réflexion sur le département de la Creuse. Le Syndicat mixte d'études pour la gestion des déchets ménagers envisage de se doter d'une "presse à extrusion", technologie mal maîtrisée, permettant de séparer les fractions organiques de celles dites sèches. Mais rien n'est fait.

"Le risque est important que les ordures ménagères de Creuse soient en définitive acheminées vers les installations de traitement en sous capacité dans les départements voisins." (rapport de l'ADEME).

Photos: méthanisation sur le site de Lanaud près de Limoges et déchets creusois du SIERS:
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Alayn

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* 25/07/2010, 05:22
Message #6
Un cocktail de technologies approximatif


L'usine produit de l'électricité et de la chaleur (eau chaude). La puissance électrique installée est de 2,83 MW soit pas plus qu'une seule éolienne, le seul intérêt est de revendre plus cher à EDF du fait qu'il s'agit d'une énergie renouvelable.

Si l'on regarde les chiffres des installations déjà en service les 72 000 t. de biomasse traitées annuellement donneraient plutôt 1,4 MW de puissance installée au lieu des 2,83 prévus. Le moteur étant censé fonctionner à 90% du temps, le rendement électrique semble assez utopique.

Un nouveau procédé de méthanisation sera mis en oeuvre mais il n'a pas été testé sur des volumes aussi importants.

Les installations opérationnelles sont de la taille de 50 KW à 1 MW.

Pour distribuer la chaleur produite, il faut un réseau urbain qui n'existe pas.

"Et parallèlement, il faut savoir que la Ville de Guéret travaille à la création d'un réseau de chaleur à partir de celle qui sera produite par l'usine Abiodis. Cette énergie pourrait servir à des bâtiments administratifs, ou à des logements, mais aussi, pourquoi pas, à d'autres entreprises de la zone industrielle." (Michel Vergnier, maire de Guéret, dans La Montagne du 13 avril). Mais l'étude n'est pas encore lancée.

Point d'orgue: que faire des déchets résiduels, le "digestat", (18 600 t. par an) ? "Plusieurs valorisations du digestat sont envisagées (incorporation à des matériaux de construction, etc.), parmi lesquelles la valorisation agronomique nous semble la plus réaliste.
Cette solution présente toutefois le risque de l'acceptabilité par les agriculteurs et du coût résultant de l'extension du périmètre d'épandage.
Cette situation amène au même questionnement que le sujet des déchets, relatif à la taille de l'installation qui nécessite un grand rayon d'action." (rapport de l'ADEME).
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* 25/07/2010, 06:20
Message #7
Un projet urgent


En résumé: l'extraction des pulpes d'ordures ménagères n'est pas au point, le réseau de chaleur n'existe pas, le permis de construire n'est pas encore accordé, et l'enquête d'utilité publique n'a pas été faite ! Sans compter la surévaluation du rendement de l'usine, les incertitudes sur l'approvisionnement en boues et déchets d'abattage, les dégâts environnementaux et l'élimination des déchets produits.

Quant au procédé de méthanisation, ce que l'on connaît et qui marche, ce sont de petites unités, le plus souvent à la taille d'une ferme, voire au maximum à la taille d'un hameau. C'est comme les éoliennes ou le photovoltaïque, ça ne fonctionne bien et ne se justifie qu'à une petite échelle dans une optique d'autonomie et d'autoconsommation.

Mais il faut aller vite, le projet est activement soutenu par la mairie de Guéret.

Le maire annonce que l'usine sera opérationnelle en 2012 ! "Et il faut savoir que si l'on veut que l'usine de Guéret produise dès 2012, c'est maintenant qu'il faut planter les céréales." (Michel Vergnier).
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* 25/07/2010, 06:39
Message #8
Mais quel projet ?


Le 15 avril 2010 la Caisse des Dépôts annonce investir 1 M¤ dans la première tranche (3 MW) d'une usine de production électrique par méthanisation à Guéret. "Fondé sur le traitement triphasique qui augmente méthanogène, ce projet de 6 MW constitue une solution de gestion des déchets de boues d'épuration... D'un coût global de 12 M¤, cette réalisation bénéficiera de subventions de 2,3 M¤".

Le projet serait donc deux fois plus important que celui examiné par l'ADEME qui le trouvait déjà largement sur-dimensionné.

Faudra-t-il sacrifier entre 600 et 1200 ha de bonnes terres agricoles pour produire encore plus de déchets recyclables ?

Photos: quelques usines de méthanisation déjà existantes:
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Alayn

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* 25/07/2010, 07:11
Message #9
Toujours en Creuse, un autre projet débile


Dans la région de Boussac des céréaliers portent un projet d'usine de trituration de colza et de tournesol pour huile et tourteaux. L'huile serait vendue comme carburant et les tourteaux seraient destinés à un projet d'engraissement industriel dans le parc de Millevaches. (sous prétexte de relocalisation de la production, ce projet délirant par sa taille, 4000 veaux engraissés par an, sera soutenu par toutes les instances locales.)

1ère photo: usine Cargill de trituration du colza:
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* 25/07/2010, 07:48
Message #10
Mais aussi une réalisation à taille humaine


Une trentaine d'éleveurs de la région de Bourganeuf, regroupés dans l'association "Roulons vers", ont acquis une huilerie itinérante pour produire, à partir de colza et de tournesol, des tourteaux destinés à l'alimentation de leur cheptel et de l'huile destinée à leurs tracteurs, voire à leur consommation personnelle (huile de première pression à froid). L'huile revient à 70 cts le litre et ils produisent 30 000 litres par an qu'ils consomment directement. Certains sont en bio, d'autres non, leur expérience prouve qu'en bio, avec un litre de gazole dans le tracteur on produit 10 litres d'huile, alors qu'en non bio on n'en produit que 5. Les 60 t. de tourteaux sont consommées par leurs troupeaux évitant l'achat de tourteaux de soja (transgéniques) au Brésil.

MAP
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