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> Bijoux de Creuse est né !, Bijoux de Creuse

Tenryu

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Lieu : Creuse

* 24/06/2008, 12:36
Message #1
Bonjour à tous !

J'ai la joie de vous annoncer la mise en ligne du site sur lequel je proposerai mes fabrications à la vente.
http://www.bijouxcreuse.com/

Le site est encore vide de produits; il va se remplir sous vos yeux, et certaines des fabrications seront visibles sur ce blog :
http://www.vive-la-creuse.com/ciao93/

Image attachée


Il se nomme "Bijoux de Creuse", et comme son nom l'indique, je vais essayer de faire passer les qualités creusoises à travers cet activité, notamment en utilisant des matières locales.

En outre, c'est aussi une invitation à l'interactivité entre artisans ou amateurs. Il y a une rubrique "produits invités" où je peux présenter les productions d'artisans qui n'ont pas de site, et il y a la page "invités", qui propose des liens vers les sites amis.

Vos critiques ou impressions sont les bienvenues !



http://www.vive-la-creuse.com/
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papounet

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* 24/06/2008, 14:41
Message #2
Bravo ! Mais, un peu de sémantique... s'agit-il de bijoux fabriqués EN Creuse avec des composants externes à la Creuse, ou avec des éléments naturels DE Creuse ?



Aime la vérité mais pardonne à l'erreur. Voltaire

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papounet

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* 24/06/2008, 15:32
Message #3
Bon la sémantique n'est que sémantique...

En ce qui concerne les matières premières et plus spécialement le métal, vas-tu employer des métaux nobles ?



Aime la vérité mais pardonne à l'erreur. Voltaire

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Tenryu

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* 24/06/2008, 18:44
Message #4
Oui, l'argent dans un premier temps, celui que je connais le mieux, puis certainement l'or dans le futur, et pourquoi pas le platine ...

Sinon les matières en général viendront du monde entier, j'en ai récolté un peu partout depuis quelques années. Des achats, des demandes faites à des amis voyageurs, des dons (oui, on m'a donné beaucoup de belles choses) et des échanges.

Mais maintenant c'est fini, je n'achète plus rien, je vais faire avec ce que j'ai pour ces matières-là. Une des motivations à arrêter d'acheter ces matières, c'est que la plupart occasionnent, dans leur exploitation (mines), dans leur travail et commerce, ce que l'homme fait de moins beau (pollution, destruction de sites naturels, exploitations des peuples indigènes, guerilla, trafic de drogues, etc ...).

Pour le futur, je vais surtout faire avec des matières creusoises, et notamment avec le bois. Cet hiver déjà j'ai rentré une multitude de bois locaux fort sympa (et Jack m'en amène régulièrement), et il y a vraiment des choses merveilleuses à faire avec. Sinon il y a les bois de chevreuil, les cornes de vaches, les sabots de sanglier (de la corne ébène en fait, magnifique), etc ...

Pour compléter la sémantique, c'est surtout l'inspiration que se veut creusoise. J'aimerai arriver à faire des bijoux qui rappellent vraiment la Creuse, qui en ont l'âme. J'explore aussi les matières odoriférantes locales, en essayant d'en faire des extractions pour parfumer certaines pièces, etc ...



http://www.vive-la-creuse.com/
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papounet

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* 25/06/2008, 06:32
Message #5
CITATION(Tenryu @ 24/06/2008, 19:44) *
Oui, l'argent dans un premier temps, celui que je connais le mieux, puis certainement l'or dans le futur, et pourquoi pas le platine ...

Pour pouvoir travailler ces métaux, tu dois avoir un minimum de machines (forge, laminoir, banc à étirer, filières...) ce qui prend un peu de place ! As-tu un atelier spécifique dédié à la fabrication de ces bijoux ?



Aime la vérité mais pardonne à l'erreur. Voltaire

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Tenryu

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* 25/06/2008, 11:39
Message #6
En fait pour le travail de l'argent (ainsi que de l'or), on a pas besoin de forge, à moins de faire des pièces énormes. On travaille ces métaux à froid, puis on les recuit (un chalumeau suffit largement). Sinon j'ai un laminoir, mais il me sert assez rarement vu qu'en général j'achète l'argent sous forme de plaques ou de fil, et j'ai du stock dans tous les diamètres et épaisseurs.

Mais sinon il y a beaucoup de petites choses à avoir pour travailler l'argent, et oui, j'ai un atelier dédié à ça. Si tu vas sur la page "Ateliers" de mon site, tu verras en diaporama quelques photos de l'atelier métal (dont le sol est coloré). Sinon il y a aussi quelques photos du tour et de l'atelier bois. Un atelier pour pierre et métal (et accessoirement parfumerie) et un atelier pour le bois.

Elle est pas belle, la vie ??



http://www.vive-la-creuse.com/
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papounet

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* 25/06/2008, 15:15
Message #7
Certes, certes...

Je suis assez dubitatif sur le travail "à froid" de ces métaux, même pour l'argent qui a la réputation d'être un métal "mou"... l'art de la bijouterie ne s'improvise pas... le métal doit être travaillé de son état le plus élémentaire jusqu'à la finalisation de l'oeuvre... enfin, il est vrai que tout dépend du niveau de qualité et de complexité que l'on souhaite atteindre qui est lui-même lié à l'objectif défini par l'étude du marché potentiel !

Rassure-toi, je ne doute pas un seul instant de la réussite de ton entreprise, mon regard est sans doute trop élitiste et donc trop critique ! Par les temps qui courent, il est bien que des gens courageux et travailleurs n'hésitent pas à se lancer dans l'exercice d'une activité artisanale.

Bien sûr qu'elle est belle la vie !



Aime la vérité mais pardonne à l'erreur. Voltaire

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Tenryu

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* 25/06/2008, 15:56
Message #8
CITATION(papounet @ 25/06/2008, 15:15) *
Je suis assez dubitatif sur le travail "à froid" de ces métaux, même pour l'argent qui a la réputation d'être un métal "mou"...


Non, non, C'est sûr à 100 % : le cuivre, l'or et l'argent se travaillent tous à froid. Les orfèvres, quand ils font des grosses pièces, recuisent dans une sorte de forge (sans fondre), mais tout le façonnage se fait à froid, au marteau sur une enclume ou par forçage à la presse dans des moules en plomb.

En fait si on "recuit" le métal, c'est qu'une fois qu'il a subi une certaine dose de déformations, il perd sa souplesse et risque de craquer. On l'amène à une température (avant la fonte) où les atomes peuvent se remettre bien et se détendre, et il reprend sa souplesse.

A ma connaissance, seul le fer (et donc les aciers) se travaillent à chaud.

En fait la grande majorité des bijoutiers et joailliers travaillent sur des modèles en cire, dont on fera des moules, dans lesquels seront coulées les pièces.

Travailler à partir de plaques et de fils est assez rare, et ça donne déjà un métal de bien meilleure qualité que le métal injecté dans les moules (pas de bulles). Seulement là, on ne peut faire que de la pièce unique, pas de séries.

Pour finir, fondre l'argent n'est pas une mince affaire : il prend dix fois son volume en fondant ohmy.gif



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papounet

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* 25/06/2008, 16:11
Message #9
Serais-tu titulaire d'un diplôme sanctionnant une formation professionnelle dans l'un des métiers de la bijouterie-joaillerie ?



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Tenryu

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* 25/06/2008, 16:39
Message #10
Ah non, j'ai appris auprès de mes ex-clients artisans. J'ai suivi des cours du soir pour le sertissage. Pour le reste, je suis auto-didacte.

Ceci dit, au niveau technique je fais souvent au plus simple, je cherche plutôt à mettre en valeur les matières, tout en perfectionnant la finition.



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papounet

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* 25/06/2008, 17:33
Message #11
Ne crains-tu pas d'avoir des soucis avec la Chambre des métiers pour ton inscription sur leurs registres ? En effet, il me semble que la possession d'un diplôme professionnel est l'une des conditions, avec l'obtension d'un certificat d'initiation à la gestion, pour pouvoir exercer une profession artisanale ?



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Tenryu

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* 25/06/2008, 18:48
Message #12
Non, pas du tout, d'ailleurs je suis enregistré depuis le 1er avril 2005.

Il n'y a pas besoin de diplôme, mais en effet ils te font faire un stage de gestion. Sauf que moi, ayant été comptable, ben le stage je m'en suis passé.

Sinon en général, les diplômes dans le métier du bijoux ne valent plus rien, sauf peut-être dans la gemmologie ou dans le dessin. Sinon toutes les filières classiques de formation sont sinistrées. Je ne sais même pas si le cap bijouterie existe encore, celui de sertisseur aussi a dû être supprimé, en tout cas on en parlait il y a quelques années.

La principale raison est que les grosses entreprises du bijou français ne font presque plus rien fabriquer en France, ça part en Thaïlande, en Chine, en Turquie. Une autre raison est une grosse perte au niveau du bijou de prestige, les acheteurs de cette gamme-là ne viennent plus en France comme avant le 11 septembre 2001.

Maintenant la Suisse, Dubaï ou New York ou même l'Italie sont des destinations qui marchent bien mieux.



http://www.vive-la-creuse.com/
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papounet

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* 26/06/2008, 12:24
Message #13
CITATION(Tenryu @ 25/06/2008, 19:48) *
Sinon en général, les diplômes dans le métier du bijoux ne valent plus rien, sauf peut-être dans la gemmologie ou dans le dessin. Sinon toutes les filières classiques de formation sont sinistrées. Je ne sais même pas si le cap bijouterie existe encore, celui de sertisseur aussi a dû être supprimé, en tout cas on en parlait il y a quelques années.

La principale raison est que les grosses entreprises du bijou français ne font presque plus rien fabriquer en France, ça part en Thaïlande, en Chine, en Turquie. Une autre raison est une grosse perte au niveau du bijou de prestige, les acheteurs de cette gamme-là ne viennent plus en France comme avant le 11 septembre 2001.


A la lecture de ces nouvelles catastrophiques, j'ai ressenti un grand choc ! Il n'y a plus de fabrication de bijoux en France ! Le temps de contacter quelques connaissances au fait de la chose "bijoutière" et me voilà rassuré ! Mais sans doute ne parle-t-on pas de la même chose ! Mes propos concernent la bijouterie d'Art, celle qui exige de nombreuses qualités, dont un professionnalisme de haut niveau...

Les ateliers de fabrication (oui, oui, ils sont encore là !) sont en très grande majorité situés dans le quartier du Marais et plus précisement dans un triangle (avec en pointe la place de la République) formé par la rue de Turbigo, la rue Béranger et la rue Pastourelle. Avec, en son centre le Carreau du Temple (Qui, pour la petite histoire, failli disparaître en 1976, le maire d'arrondissement de l'époque, Monsieur Jacques Dominati, voulait y faire construire un parking !! Il sera classé monument historique en 1981).

A la "louche", ils seraient plus d'une soixantaine installés dans les rues suivantes : rue de Picardie, des Archives, Dupetit Thouars, Réaumur, du Temple, de Turenne, de la Fontaine du Temple, Charlots, Chapon, de Bretagne...

Certains travaillent et fournissent les grands bijoutiers de la place Vendôme, de la rue de la Paix. On me confirme que les maisons Boucheron (1858), Cartier (1898), Chaumet (1902), Van Cleef et Arpels exitent toujours ! (ouf !!).

Toujours en activité : l'école de la Chambre syndicale de la Bijouterie Joaillerie Orfèvrerie de Paris (sise, 26, rue du Renard dans le 4ème arrondissement), cette chambre syndicale regroupe 110 fabricants.

Idem, pour l'Union française de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des Pierres et des Perles qui, depuis 2006, gère les prestigieuses Ecoles de la bijouterie, joaillerie de la rue du Louvre à Paris (2ème arrondissement). Des maisons prestigieuses parrainent les promotions, de nombreux stages sont organisés et une association des anciens élèves contribue à la mise en place d'un réseau d'entraide et d'amitié. Les écoles de la rue du Louvre forment des générations entières de bijoutiers, joailliers, orfèvres. Beaucoup des grands noms de la profession en sont issus. Elles regroupent, en un même lieu, au 58 rue du Louvre :

- L'Ecole Privée de la Bijouterie-Joaillerie, créée en 1867, qui est considérée come "l'Ecole du Métier". Chaque année elle recrute, sur concours, 30 élèves qui préparent en 2 ans le Certificat d'Aptitude Professionnelle "Art du Bijou" et en 4 ans (deux années après le CAP) le Brevet des Métiers d'Art des Joyaux;

- Le Centre de Formation d'Apprentis de la Bijouterie Joaillerie de Paris (CFA) qui reçoit les jeunes stagiaires d'un contrat d'apprentissage préparant aux différents diplômes de la branche : CAP Art du bijou et du Joyau, CAP Polissage, CAP Lapidaire, ainsi que la Mention Complémentaire en Joaillerie et au Brevet des Métiers d'Art des Joyaux en alterance;

- BJO-Formation qui propose des stages spécifiques destinés aux professionnels, aux salariés de la branche, aux jeunes signataires d'un contrat de professionnalisation ainsi qu'à toute personne désireuse de suivre une formation complète ou acquérir une spécialisation professionnelle en bijouterie.

Je ne pense pas que ces écoles soient ravies d'apprendre que leurs diplômes ne valent plus rien, que les filières de formations sont sinistrées... Non, vraiment je ne le pense pas !!



Aime la vérité mais pardonne à l'erreur. Voltaire

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Tenryu

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Lieu : Creuse

* 26/06/2008, 19:35
Message #14
Ah oui, Papounet, j'ai oublié de te dire, par rapport à mes ateliers, que si tu vas dans la page "Ateliers" sur le site, normalement il y a un diaporama avec quelques photos. C'est pas le top, ces photos, mais ça donne une idée.

Sinon par rapport à la situation du métier du bijou, je connais très bien les gens et les quartiers que tu as cités, puisqu'ils faisaient partie du portefeuille de 300 clients que je m'étais constitué.

Mais en réfléchissant à quoi te répondre, j'ai trouvé que j'avais trop de choses à dire à ce sujet, et ça m'a donné envie d'écrire pour résumer cette expérience qui a été la plus riche de ma vie, mais aussi la plus dure. Je ne sais pas où je posterai ces mémoires, mais on pourra en reparler bien plus précisément d'une façon ou d'une autre.

Pour résumer, mes paroles n'ont pas été assez précises, en particulier le terme "sinistré". Bien sûr que le bijou se vend encore, en France. Et bien sûr qu'il y a encore des joailliers place Vendôme, des grandes maisons, dont certaines se portent bien, mais plutôt à la façon dont les boites du CAC40 se portent bien, si tu vois ce que je veux dire.

Mais au niveau du savoir-faire manuel, de la culture technique qu'avait ce milieu jusque dans les années 80; c'est fini et bien fini. Bien sûr qu'il y a encore d'excellent joailliers, si on cherche bien, des chefs d'atelier qui inspirent le respect, mais il faut les chercher, et ça ne constitue plus une filière, ni un débouché sérieux.

En fait le milieu de la joaillerie a subi les mêmes phénomènes de "nouveau leadership" que les autres secteurs, mais en retard.

Pendant la période où j'ai été immergé dans ce milieu, j'ai pu être témoin direct de ces phénomènes, et c'était une chance extraordinaire, puisque, par réaction, j'ai pu analyser et comprendre beaucoup de choses concernant la société et l'argent, et concevoir une porte de sortie.

Ce que j'appelle le "nouveau leadership", ce sont les nouvelles méthodes de gestion qu'on adoptées les grands groupe, avec en chef le soucis de rentabilité, ordinateur portable en main, avec des réunions où les décideurs sont de jeunes diplômés plus connaisseurs de la bourse qu'autre chose.

Donc, inévitablement, re-structurations, et SURTOUT délocalisations, etc ... bref, INDUSTRIALISATION !!
Donc les ateliers qui dans les années 70 rassemblaient dans les 200 ouvriers, une bonne partie d'entre eux ont fermé, et ceux qui restent ouverts, comme par exemple Bouder (rue Cadet), ne comptent peut-être plus que 20 ouvriers, et encore.

Le plus gros se fait en Thaïlande et en Chine, et quand c'est fait en France, bonjour l'ambiance de l''atelier : conditions de travail déplorables, stress, abus d'autorité, heures sups non payées, etc ... Si encore les ouvriers faisaient un travail intéressant : non, triste répétitif et ennuyeux à mourir, du vrai travail d'usine.

Il y avait une pression interne énorme, dans ces grandes maisons, et cette pression était ensuite redirrigée vers les ateliers indépendants qui travaillaient pour ces maisons, et là d'ignobles stratégies étaient mises en oeuvre pour les faire plier, et quand ils pliaient, on les faisait plier encore, et quand ils cassaient, une des grandes maisons rachetait l'atelier et les machines ... Sympa, hein ? C'est peut-être sur ce chapitre que j'ai le plus de choses à raconter.

Ou alors, il y a ce qu'on appelle la "nouvelle joaillerie", entièrement mécanisée de A à Z, mais pour de la top qualité, comme chez Lully rue La Fayette, chez qui Cartier a fait installer ces machines d'un nouveau genre, et qui se passent d'ouvriers "diplômés de haut niveau".

Les plus vieux du métier (comme M. Voeltzel, M. Ciercolès, M. Lagros ou M. Vendôme), je les ai connus et c'était souvent eux que je préférais aller voir. Ils me parlaient, entre autres, des temps qu'ils ont connu, pour me donner la vraie mesure de ce qu'a été la joaillerie Française : et franchement, comparé à aujourd'hui, ça n'a rien à voir. La plupart des techniques qu'ils employaient ont disparu du fait de l'arrivée de la technique de la cire perdue, il y a cinquante ans.

Ces techniques, ils me les ont décrites et montrées sur des pièces anciennes, et nulle part je n'ai jamais vu qui que ce soit les appliquer. Le nombre d'heures de travail que ça implique donnerait un prix final si élevé que de toutes façons ça serait invendable. A l'époque des anciens, les ouvriers étaient très mobiles, quittant un atelier qui n'avait plus de travail pour aller dans un autre qui en débordait. Donc ceux qu'on appelait les "bonnes mains" étaient connus, et justement les anciens dont je parle connaissaient les "bonnes mains" actuelles : il n'y en a presque plus, et parmi ceux-là, une minorité de "diplômés".

Je ne sais pas qui t'a renseigné, mais s'il connaît ce milieu autant que moi, il est possible voire probable que je le ou les connais.

Moi là-dedans, je suis arrivé avec ma tête d'Arabe, ambitieux, fouille-partout, insolent et inspiré, j'ai été détesté par certains, adoré par d'autres. Pour mon premier boulot dans la pierre on m'a sans cesse répété "ce métier est pas pour toi", "tu n'as pas la tête du métier (sous-entendu, un Arabe ça passe pas)", "t'as pas le diplôme qu'il faut", etc, etc ...

Mais quand même ceux qui me détestaient me couraient après pour mon travail de tri de couleur, comme par exemple le chef d'atelier de Mariotti-Balland (fabriquant pour Mauboussin) qui venait à mobylette jusqu'à Montreuil pour avoir ses pierres, oui, quand la vapeur s'est renversée, j'ai su que je n'ai rien à ouïr dans les paroles de ceux que ma voie dérange.

Quant à être diplômé ou autodidacte, il y a, à travers les métiers, beaucoup d'avis et de positions différentes. Quant à mon avis et ma position sur la question, laisse-moi te dire, Papounet, qu'ils sont farouchement à l'opposé de ce que tu sembles penser.

Je pense qu'une personne de caractère qui sait ce qu'elle veut, et dans tous les domaines, peut atteindre sans problème le niveau d'un "diplômé", et mon expérience me dit même que les "diplômés" sont souvent assez bouchés, condamnés à répéter encore et encore les mêmes techniques en croyant que ça fait d'eux des "ébénistes ", des "menuisiers" meilleurs que les autres, mais en réalité ils sont aigris et manifestent la plus minable des jalousies lorsqu'un jeune sans formation débarque avec des trucs dix fois plus beaux que les leurs.

Je pense même que c'est assez typique d'une société ancienne comme la Française que soient bâchés et découragés ceux qui vont de l'avant, qui prennent des initiatives d'un nouveau genre, etc ... et c'est ça qui crée partiellement une ambiance morose en France. Rien qu'à comparer les oeuvres des tourneurs étrangers avec les tourneurs Français, on voit qu'il y a une différence assez sensible pour qu'une explication soit recherchée : plus d'inventivité, de courage, et de techniques nouvelles chez les autres qu'en France.

Ce qui m'amène à un dernier point concernant le milieu : s'il a tant dégénéré, c'est du fait qu'on s'y bouffe tant le nez avec méchanceté rien que par jalousie stupide, et grâce à ça, ça a été très facile pour les grands groupes d'essorer et d'écraser tout ce monde et de faire grimper leur bénéfices. Les syndicats du métier le savent bien, puisqu'ils étaient en partie de mèche, et qu'en tout cas ils n'ont rien fait pour empêcher le massacre.



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véronique

Groupe: Modérateur
Lieu : creuse/gard

* 26/06/2008, 20:04
Message #15
CITATION(Tenryu @ 26/06/2008, 20:35) *
Je pense même que c'est assez typique d'une société ancienne comme la Française que soient bâchés et découragés ceux qui vont de l'avant, qui prennent des initiatives d'un nouveau genre, etc ... et c'est ça qui crée partiellement une ambiance morose en France.

il y a dans ce pays pleins d'artisans "qui vont de l'avant", qui font "leur petit bonhomme de chemin" et qui ne sont pas "bâchés", sauf éventuellement par l'administration fiscale !!

CITATION
Rien qu'à comparer les oeuvres des tourneurs étrangers avec les tourneurs Français, on voit qu'il y a une différence assez sensible pour qu'une explication soit recherchée : plus d'inventivité, de courage, et de techniques nouvelles chez les autres qu'en France.

je n'y connais absolument rien en joaillerie, mais une chose est sur, c'est que si les oeuvres de certains artisans étrangers (ceux des pays les plus pauvres) sont plus inventives, plus techniques, c'est qu'eux si ils bossent pas, ils bouffent pas !! alors c'est vrai que lorsqu'il y va de ta survie, tu deviens plus courageux........

CITATION
Ce qui m'amène à un dernier point concernant le milieu : s'il a tant dégénéré, c'est du fait qu'on s'y bouffe tant le nez avec méchanceté rien que par jalousie stupide, et grâce à ça, ça a été très facile pour les grands groupes d'essorer et d'écraser tout ce monde et de faire grimper leur bénéfices. Les syndicats du métier le savent bien, puisqu'ils étaient en partie de mèche, et qu'en tout cas ils n'ont rien fait pour empêcher le massacre.

honnêtement, je ne suis pas sur que les grands groupes aient profités spécialement des mésententes des différentes entreprises (cela s'appelle la concurrence), ils font comme dans tous les domaines, ils ont de gros capitaux, ils inondent le marché, ils cassent les prix, etc........ cela s'appelle le libéralisme....... pour finir par s'appeler l'ultra libéralisme......bienvenue aujourd'hui !!
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Jack

Groupe: Webmaster
Lieu : Banize

* 27/06/2008, 09:26
Message #16
Eh bien c'est une véritable interview!
Tenryu tu aurais du agrémenter tes commentaires de photos de ton atelier...




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Machota

Groupe: Membre

* 27/06/2008, 09:50
Message #17
Bon, étant donné que j'ai arpenté la quasi totalité de Paris et une partie de sa banlieue par quadrillage systématique des rues pour vendre les premiers bijoux de Tenryu (je suis sa compagne) je peux donner le paysage côté boutique de la bijouterie :

Les bijouteries de luxes représentent un infime pourcentage. Si on exclut la place Vendôme et les alentours qui est le quartier des Van Cleef, Cardin et autres, il ne reste pas grand chose. Et même là on a souvent des ateliers à l'étranger.

Ensuite il y a les boutiques classiques ou la classe moyenne va acheter son alliance ou un beau bijou en cadeau. Dans ces boutiques rien n'est fabriqué en France, comme l'a dit Tenryu, Taïllande, Chine, mais aussi assez souvent Turquie.

Les bijoux fantaisie créateurs : Là c'est un peu un leur, car quelques bijoux seulement fabriqués par des artisans français, le reste vient également de l'étranger.

Les boutiques qui ne vendent que des bijoux africains, celles qui ne vendent que du bijoux indiens, les boutiques chinoises, les boutiques du magreb...

Non, franchement je connais le paysage sur le dessous de ma semelle biggrin.gif et je peux témoigner que le pourcentage de bijoux fabriqués en France est minime, infime.

Quand au professionnalisme de Tenryu, (faut bien que je défende mon trésor), vous aurez l'occasion de voir sur son site bientôt. Mais je peux affirmer, après avoir fait le tour, que la solidité de ses bijoux n'a rien a envier aux bijoux du marché. Quand à la finition, il a même quelques secrets pour mieux faire ressortir les pierres par exemple... ou pour noircir l'argent...chut.

Cela ne ressort pas nettement dans les post (ou alors j'ai lu trop vite), mais de toute façon Tenryu fait le bijoux de A à Z, et ça c'est différent que le cursus habituel ou chaque étape est faite chez un artisan différent. Oups j'espère que je ne redis pas ce qui a déjà été dit.
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Tenryu

Groupe: Membre
Lieu : Creuse

* 27/06/2008, 12:02
Message #18
CITATION(Jack @ 27/06/2008, 09:26) *
Tenryu tu aurais du agrémenter tes commentaires de photos de ton atelier...


Ah oui, tu as raison, d'autant plus que le site est vide de produits. Mais pour rattraper, voici les photos de mes premières pièces.

La première, je n'en ai pas de photos, mais en voici une reproduction en bronze.
C'était une statuette en or représentant un "tiglé". Un tiglé est un point particulier du corps, minuscule, où réside une énergie subtile. Ce tiglé-là se trouve à 4 doigts sous le nombril, et son essence est le feu. C'est un des points qui génère la chaleur du corps et qui gère la digestion.
La statuette a été offerte au tout début de mon activité à Bokar Rimpoche, un très regretté authentique maître de la tradition tibétaine. En lui faisant cette offrande, je lui demandais de bénir notre activité de son début jusqu'à sa fin.

Image attachée

(D'autres photos dispo ici)


La deuxième pièce, c'était aussi une offrande, mais je n'offrais que le travail. Des disciples de Lama Tenpa, maître de retraite de trois ans en Bourgogne, m'ont demandé de lui réaliser cette lampe à beurre en or, afin de bénir et servir une retraite de trois ans qui venait de commencer. Les disciples ont fourni l'or, et moi le reste.

Image attachée

)D'autres photos de la lampe dispos ici)

Traditionnellement, dans le bouddhisme tibétain, quand on commence quelque chose, il faut toujours commencer par une offrande, c'est la meilleure manière de démarrer toute situation.

Puis, voici mes premiers bijoux, que Tsunade (Machota) a très courageusement vendu en faisant du porte à porte auprès des boutiques de Paris. J'ai une affection particulière pour ces premières pièces, qui nous rappellent de durs mais bons souvenirs ...
Ce sont des bagues en argent serties de peaux de raies, avec de gauche à droite : peau seule, avec saphir, avec améthyste et enfin avec labradorite :

Image attachée

Pour finir, salade de chou et mesclun de verdures, améthyste et peau de raie (avec la main de Machota en prime) :

Image attachée



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Tenryu

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* 28/06/2008, 15:45
Message #19
CITATION(papounet @ 24/06/2008, 14:41) *
Bravo ! Mais, un peu de sémantique... s'agit-il de bijoux fabriqués EN Creuse avec des composants externes à la Creuse, ou avec des éléments naturels DE Creuse ?


Voici une réponse en image : bois de Creuse et d'ailleurs :

Image attachée



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Tenryu

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* 01/07/2008, 15:01
Message #20
CITATION(véronique @ 26/06/2008, 21:04) *
il y a dans ce pays pleins d'artisans "qui vont de l'avant", qui font "leur petit bonhomme de chemin" et qui ne sont pas "bâchés", sauf éventuellement par l'administration fiscale !!


En fait on ne doit parler des mêmes artisans, j'aurais dû mieux préciser.

Parce qu'il y a les artisans du genre de ceux du bâtiment : plombiers, électriciens, maçons, etc ... et là c'est vrai qu'un bonhomme de chemin est possible sans trop de tracas, ou sans bâchage. Ce qui est très dur pour ces artisans-là, ce sont les premières années et surtout la troisième, là où ils payent les charges sociales plein pot.
Mais une fois ce début passé, ça peut être effectivement assez tranquille, et même en Région Parisienne, la concurrence n'est pas trop féroce.

Je parlais par contre de types d'artisanat qui impliquent qu'on s'expose, en particulier des artisanats créatifs, dans des domaines pas directement ni uniquement utilitaires. Dans le monde des ébénistes, par exemple, les rapports sont limite méchants, il y a comme une peur d'être écrasé par l'autre, et ça n'a rien à voir avec la concurrence, c'est plutôt émotif et c'est principalement de la jalousie. Et malheureusement ces mauvaises dispositions sont transmises pendant l'apprentissage chez le patron.
Jack me dira si je me trompe, vu qu'il a été formé en ébénisterie.

Il y a une exception, c'est le monde des tourneurs d'art sur bois. Et l'exception vient probablement du fait que nombre de tourneurs sont amateurs, et de plus une grosse proportion est constituée de gens à la retraite qui sont tombé dans cette passion contagieuse (ils m'ont contaminé, t'as qu'à voir).

Forum des tourneurs

Si tu vas sur ce forum, qui est celui de l'association des tourneurs de France, tu verras que c'est super-convivial, que les uns prennent un sacré plaisir à montrer leurs créations aux autres, qu'il y a un échange énorme de connaissances, etc ...

C'est diamétralement opposé au monde de la joaillerie, qui est certainement le pire de ce qu'on peut trouver dans les artisanats d'art. Et la cause vient probablement de ce que les matières précieuses peuvent faire émerger en nous : vénalité, cupidité, désir de domination, etc ... Et autant ces choses sont fortes, autant l'autre sera perçu comme une menace, ce qui entraine jalousie, méfiance, guéguerres minables et coups bas.

Et c'est même pas la peine de chercher un site sympa et convivial où artisans bijoutiers échangent entre eux. C'est pas la peine, parce qu'il n'existe même pas un seul forum de bijoutiers/joailliers, ce qui est un signe fort parlant.

Tiens, tu vois, ma page de liens (page "invités") est presque vide. Bien sûr que je vais essayer de faire des échanges de liens avec des bijoutiers/joailliers ... mais à mon avis la plupart vont refuser, ou ne même pas répondre à mon invitation. Peut-être que je me trompe, on verra bien.

Tout ça est stupide parce qu'on n'a qu'à y gagner dans les échanges, l'interactivité, etc ... mais c'est comme ça ...



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