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> La Décroissance

Alayn

Groupe: Modérateur
Lieu : Creuse

* 14/02/2010, 01:10
Message #1
INTERROGATIONS SUR LE CONCEPT DE "DECROISSANCE"
(Article de mon ami Philippe PELLETIER, géographe anarchiste, paru dans le "Monde Libertaire" n° 1471, l'hebdomadaire de la Fédération Anarchiste, le 29 Mars 2007, p. 15-18 et publié également dans Tierra y Libertad (Espagne), 227, juin 2007, p. 7-10)


Le concept de décroissance est à la mode. Il vise à remettre en question nos modes de production et de consommation afin de résoudre la question environnementale, et, par conséquent, d'améliorer nos vies et même de sauver la Terre. Qui n'en voudrait pas ? Mais adopter un mot sans voir ce qu'il recouvre en profondeur est une démarche à courte vue.

Le concept de décroissance s'oppose à celui de croissance. Il s'agit d'en finir avec celle-ci, et de proposer, de faire autre chose. Qu'est-ce donc alors que la croissance ?

La croissance est généralement définie comme l'augmentation de la production économique ou, si l'on prend en compte la démographie, comme l'augmentation du produit par habitant.

C'est notamment la conception que propose l'économiste Rostow à partir des années 1950.

Au sens strict, la croissance ne se confond pas avec le développement qui suppose également une amélioration dans les secteurs non productifs. Depuis les années 1950, les débats n'ont cessé de s'interroger sur la relation entre croissance et développement, sur lequel des deux doit précéder l'autre, dans quel mesure l'un ou l'autre constitue une condition nécessaire ou suffisante. [BERR Eric et HARRIBEY Jean-Marie (2005): "Le concept de développement en débat". Economies et Sociétés,43-3, p.463-476.]

Il ne faut pas oublier que plusieurs économistes comme Joseph Schumpeter ou François Perroux opéraient bien la distinction entre les deux notions et les deux processus, et sans se contenter d'une approche purement quantitative de l'économie ou des sociétés. Schumpeter, par exemple, célèbre pour sa théorie de la "destruction créatrice" (on croirait du Michel BAKOUNINE...), avait déjà indiqué que la croissance n'était pas la multiplication du nombre de chandelles, mais leur remplacement par l'électricité.

La décroissance suppose donc, en opposition au sens strict et initial à la définition de la croissance, une réduction de la production économique. Deux questions se posent alors: est-ce impératif ? Est-ce souhaitable ? Inversement, la croissance comprise comme augmentation de la production est-elle nécessaire ? Possible ? Car dans le raisonnement de la plupart des théoriciens de la décroissance, la réponse est négative puisque la croissance ne serait physiquement plus possible vu "les limites de la planète".

Il faut donc aborder les deux aspects de la nécessité et de la possibilité. La réponse doit mettre aussi en adéquation la question des besoins et des ressources, en se positionnant par rapport aux problèmes concrets du présent et du futur proche. [Mettons de côté les problèmes de méthode et d'interprétation soulevés par le mode de calcul de la croissance, ou de la décroissance. De toute façon, ce n'est pas en cassant le thermomètre (la mesure) que l'on fait baisser la fièvre (le symptôme et ses causes).]







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"La liberté des autres étend la mienne à l'infini" (Michel BAKOUNINE)
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Alayn

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Lieu : Creuse

* 14/02/2010, 02:13
Message #2
La nécessité d'évaluer les besoins

Les besoins humains sont larges: à la fois essentiels (ceux qui sont biologiques) et infinis (ceux qui relèvent de la réalisation de soi, de l'artistique, de l'esthétique, du rêve...). La considération associée de ces deux aspects constitue d'ailleurs l'une des différences fondamentales de l'anarchisme avec les autres socialismes et les religions qui, tous et toutes, brident les potentialités de la réalisation humaine. L'anarchisme étend au contraire le rapport crucial, le champ, entre ce qui est désiré et ce qui est faisable. Cette approche constitue l'une des pierres d'achoppement historique avec ceux qui, régulièrement, répliquent que l'anarchie n'est pas possible, et qui jettent, avec commisération au mieux, avec violence au pire, les anarchistes dans le coin de l'utopie, sous-entendue de l'irréalisable.

Le socialisme, au sein duquel se place historiquement l'anarchisme, constitue une rupture avec les anciens régimes en ce qu'il refuse décidément de laisser les sociétés voguer au gré des caprices de la nature ou des souverains. Il récuse la fatalité biologique ou sociale, il veut que l'humanité prenne en main son destin et ses affaires. On comprend qu'il rebute les dirigeants mais aussi les éternels prophètes du malheur, les catastrophistes d'hier, les curés, les pasteurs ou les mollahs qui promettent l'apocalypse ou le paradis ailleurs, ailleurs que sur terre.

Sur cette base socialiste, l'anarchisme a le souci de coupler évaluation des besoins et satisfaction de ceux-ci sur une base rationnelle, scientifique même, n'ayons pas peur du mot.
Il se distingue des promesses gratuites et démagogiques du socialisme parlementaire ou bien du "on verra demain" du communisme marxiste qui, cherchons-le bien dans les textes de ses fondateurs, ne donne jamais précisément et concrètement les cadres de la société future qu'il envisage. C'est d'ailleurs l'une des obsessions d'Elisée RECLUS ou mieux encore, de Pierre KROPOTKINE, ce dernier rappelant que "la grande question [est]: que devons-nous produire, et comment ?". [KROPOTKINE Pierre (1910): Champs, usines et ateliers, ou l'industrie combinée avec l'agriculture et le travail cérébral avec le travail manuel. Paris, Stock, 490 p., préface (de la première édition anglaise), p. XIV. Donner le titre du livre en son entier permet de rappeler l'ambition de l'auteur dans toute sa dimension.]

Même si le monde a changé depuis Pierre KROPOTKINE, il est devenu non pas "post-industriel", comme les idéologues du post-modernisme le prétendent abusivement, mais au contraire "hyper-industriel". Il ne s'agit pas d'exhumer les grands ancêtres mais de reprendre et d'actualiser leur raisonnement. "Oublier", comme chez la quasi-totalité des théoriciens de la "décroissance" (en France: Serge Latouche, François Ramade, Paul Ariès, Pierre Rabhi, Nicolas Ridoux...), l'existence historique de ce raisonnement, et les réponses qui ont été esquissées, n'est bien entendu pas neutre, et mérite d'être examiner sérieusement. [...]
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véronique

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Lieu : creuse/gard

* 14/02/2010, 13:32
Message #3
ok ! la suite, la suite .......
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Alayn

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Lieu : Creuse

* 14/02/2010, 16:25
Message #4
Quels sont les grands besoins matériels ?

Quels sont donc les grands besoins matériels de l'humanité dans le temps présent et le futur proche ? Ils sont absolument considérables. Pour l'essentiel: la nourriture, le logement, les commodités de vie, le confort. Considérables en qualité, considérables en quantité, d'abord parce que les êtres humains sont nombreux.

On peut regretter ce trop grand nombre, mais telle est la situation. A moins de rejoindre les solutions misanthropiques radicales qui consistent à souhaiter famines, guerres et épidémies pour expurger la planète de ce qui serait son trop plein démographique. [Rappelons que les écologistes radicaux d'Earth first !, par exemple, ont salué le sida comme "une solution nécessaire au problème de surpopulation" (Christopher Manes) et que face à la famine en Ethiopie "la pire chose que nous pourrions faire serait d'apporter une aide, alors que la meilleure serait simplement de laisser la nature trouver son propre équilibre et de laisser les gens là-bas mourir de faim" (Dave Foreman). Quelle écologie radicale ? Dave Foreman, Murray BOOKCHIN, écologie sociale et écologie profonde en débat. Lyon, ACL, 146 p., p. 120. Il est pour le moins remarquable que la position des écologistes radicaux nord-américains rejoigne la position capitaliste libérale classique du "laissez faire" adoptée par les dirigeants nord-américains. Cela donne pour le moins à réfléchir.] Notons que ceux qui jugent que nous sommes trop nombreux sur terre ne se proposent jamais de partir les premiers, et ce sont toujours les autres qui doivent se dévouer. Position logique et classique du chef ou du prêtre.

D'après les estimations de la FAO, entre trente et cinquante millions de personnes souffrent de faim aiguë, et près de 800 millions de malnutrition. [Le critère retenu est moins de 2 200 calories par jour par personne.] Selon les projections de la Division démographique de l'ONU, la population mondiale passera de 6 milliards de nos jours à un chiffre compris entre 7,3 et 10,7 milliards en 2050, l'estimation la plus vraisemblable étant de 8,9 milliards.

Depuis Malthus, au moins, la démographie est un enjeu politique et idéologique, le prétexte aux politiques anti-humaines les plus radicales, à la misanthropie et au catastrophisme. Après tout, Malthus répondait à l'égalitarisme social de l'anarchiste William GODWIN et au progressisme de Condorcet. Il proclamait malheur aux pauvres, en imposant l'image -fausse- du banquet où il n'y a pas de place pour tout le monde, et en se trompant quant à l'opposition entre progression arithmétique des subsistances et progression géométrique des ressources. [Un démontage scientifique en règle des théories de Malthus (qu'il ne faut pas confondre avec le terme mal choisi de néo-malthusianisme) a été fait par: LE BRAS Hervé (1994): Les limites de la planète, mythes de la nature et de la population. Paris, Flammarion, 356 p.]

Les catastrophistes de la démographie véhiculent les pronostics alarmistes qui s'avèrent généralement erronés. En 1964, un certain Gaston Bouthoul écrivait par exemple: "Le monde actuel contient trois milliards environ d'êtres humains, deux milliards d'entre eux sont sous-alimentés. Or aux taux actuels de la croissance mondiale, en l'an 2000 il y aura six milliards d'habitants sur la Planète (sic) qui n'arrive pas à en nourrir trois". [BOUTHOUL Gaston (1964): La Surpopulation. Petite Bibliothèque Payot, p. 97.]

Ce Bouthoul, qui s'auto-proclamait démographe alors qu'il était en réalité spécialiste des conflits militaires, c'est tout dire, ne s'est pas trompé sur le chiffre de six milliards d'individus, qui est le chiffre actuel. Mais il a fait erreur sur le reste: ce n'est pas trois milliards d'individus qui ne sont pas nourris mais près de 800 millions (800 millions toujours de trop, faut-il ajouter), comme on l'a vu, soit la bagatelle d'une erreur de 400%. La révolution verte est en effet, quoiqu'on en dise ou qu'on en pense, passée par là. Quant à la prévision de vingt milliards d'habitants d'ici l'an 2100 selon ce même Bouthoul, elle est peu vraisemblable, la transition démographie étant bien engagée, y compris dans les pays du Tiers-Monde.
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Alayn

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* 14/02/2010, 17:28
Message #5
L'exemple de l'eau potable

Avec près de 9 milliards d'individus dans une quarantaine d'années, les besoins humains sont et seront de toute façon croissants. On peut même enlever le mode futur: ils le sont déjà.

Prenons un exemple. Selon certaines estimations, entre un tiers et la moitié des Africains n'ont pas accès à l'eau potable de nos jours. Cela représente plusieurs millions de personnes.

Partons du principe que ces millions d'individus doivent bénéficier de cet accès et, dans la foulée, du tout-à-l'égout, lequel permet de réduire la saleté et les maladies. Reconnaissons au moins l'idée que ces individus aspirent à cela -et je n'utilise pas le mot de confort, sauf à considérer qu'il est formidable pour l'humanité d'aller puiser de l'eau souvent de mauvaise qualité parfois à des centaines de mètres du foyer. Ceux qui seraient envieux ou nostalgiques de ce mode de vie peuvent essayer.

Pour ravitailler ces millions de personnes en eau potable et leur donner le tout-à-l'égout, il faut rassembler l'eau. C'est possible, car les ressources hydriques sont potentiellement importantes. L'humanité ne prélève actuellement que 20% environ des précipitations qui ruissellent. Il reste donc encore une belle marge de ressource hydraulique, même s'il y a bien entendu des variations selon les régions, y compris en Afrique. [Les précipitations et les ressources en eau peuvent de surcroît augmenter si l'on admet la théorie du global warming car l'humidité, la vapeur d'eau et la précipitation sont conditionnées par la chaleur.] L'eau n'est pas rare en soi, c'est sa répartition, son utilisation ou sa non utilisation qui posent problème. ["La pénurie d'eau: donnée naturelle ou question sociale ?" Géocarrefour, 80-4, 2006.]

Capter l'eau et l'acheminer jusqu'aux maisons est donc envisageable en Afrique. Pour cela, il faut des barrages, des canaux, des conduits, des tuyaux, des lavabos, des robinets, et donc du ciment, du béton, des ferrailles, des aciers, en milliers de tonnes. Pour les obtenir, il faudra bien produire, ouvrir des carrières, des mines, construire des usines, les alimenter, acheminer les matériaux, et pour cela construire des routes, des camions, des usines de fabrication de camions, etc. Autrement dit, il faudra augmenter la production -recycler les biens usagers des pays riches ne suffira pas, sans parler de la condescendance que cela signifie- il faudra de la croissance.

Entendons-nous bien: de la croissance au sens premier du terme, rappelé plus haut, ce qui ne nous indique pas le mode de production et de consommation (répartition) qui serait alors mis en oeuvre, ou qui devrait l'être. Il ne faut pas confondre les deux.

Si ce raisonnement déplaît, ce n'est en tout cas pas moi qui irait expliquer aux Africains (ou à d'autres...) que les habitants des pays riches ne veulent pas, au nom de la décroissance, que ceux-ci aient accès à l'eau potable et au tout-à-l'égout (ou à d'autres choses essentielles...).
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Alayn

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* 14/02/2010, 18:09
Message #6
Des besoins croissants

Satisfaire les besoins de milliards d'individus signifie bien qu'il faut plus de riz, de blé, de mil, de patates, de soja, de laitage. Plus de ciment, de béton, de ferraille, de câbles, de tuyaux.
Plus d'écoles, de centres de soins, d'hôpitaux. Oui: plus.

On pourra évidemment construire autrement, éviter les gâchis, faire davantage d'économies, utiliser des énergies renouvelables (en fabriquant aussi des appareils capables de les fournir) ou multiplier les précautions (mais aussi les isolations, par exemple, demandent aussi des matériaux), développer une agriculture qui ne ruine pas les sols ni les nappes phréatiques, des solutions multiples qui ne sont pas forcément ubiquistes et qui devront s'adapter aux possibilités du lieu. Il existe déjà des architectes qui utilisent des matériaux intéressants (comme le bambou), qui conçoivent des systèmes astucieux (solaire, récupération de l'eau de pluie...) ou qui fabriquent même du beau béton.

Produire mieux, plus intelligemment, sans être soumis à la logique du profit ou aux diktats de la techno-bureaucratie, répartir différemment, égalitairement, certes, mais produire plus quand même.

Répartir ce qui existe déjà ne suffira pas, il faut le dire très clairement. Distribuer les stocks ne palliera que provisoirement les besoins. Eliminer les gaspillages, rationaliser les usages de matières premières et d'énergie, paraît mince pour 9 milliards d'individus. Occuper les logements vides ne résoudra pas la question de l'habitat. Rien qu'en France, l'INSEE chiffre à 300 000 le nombre de logements sociaux nécessaires à construire par an.

Raser les taudis du monde entier, rénover les immeubles et les maisons, donner accès à l'eau courante, au tout-à-l'égout, à l'électricité, construire des barrages (même de petite taille) pour capter l'eau, des stations d'épuration pour la rejeter propre, tout cela demande et demandera des efforts énormes. Autrement dit, il faut produire plus. Ce que, précisément, dénoncent les tenants de la "décroissance" qui estiment qu'il faut produire moins.

Réduire le trafic automobile, promouvoir les transports collectifs ou la bicyclette, ne plus construire de ports ou d'aéroports, pourquoi pas, mais à condition que les ressources disponibles pour satisfaire les besoins vitaux soient disponibles à proximité, ce qui soulève plusieurs problèmes:
-Cela reste à démontrer, et cela n'est pas toujours possible ; les plantes tropicales par exemple (coton, cacaoyer, hévéa, canne à sucre, café...) sont cultivables sous... les tropiques, pas sous les latitudes moyennes, à moins d'utiliser des serres (ce qui pose la question de leur construction et de leur chauffage).
-Quand c'est possible, cela signifie qu'il faut défricher, ouvrir de nouveaux champs, modifier les écosystèmes (qui sont loin d'être naturels sous les latitudes moyennes puisqu'ils résultent de défrichements millénaires, ainsi que sous les tropiques où la savane résulte des incendies provoqués par les hommes depuis la nuit des temps).
-Il reste toujours la question de l'acheminement: transport, routes, engins...
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Alayn

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* 14/02/2010, 19:37
Message #7
La question des limites

La réponse à cette ampleur des besoins de la part des tenants de la "décroissance", ainsi que de la part de la quasi-totalité des écologistes, c'est de dire que la "planète est finie", que les "ressources sont limitées", bref que c'est impossible de satisfaire les besoins en question.

L'un des arguments consiste à dire que si le monde entier vivait au même niveau que les Etats-Unis (ou la France, ou le Japon, etc.), il faudrait au moins trois (ou plusieurs) planètes.
Constat à priori sans appel. [Et régulièrement ressorti. C'est la première phrase et l'argument choc exprimés par Nicolas Hulot interrogeant Ségolène Royal sur France 2 le jeudi 15 mars 2007.]

Il faut pourtant l'examiner sérieusement. Passons sur les approximations de l'estimation qui varie suivant les interlocuteurs et les époques. Relevons que, malgré mes recherches, je n'ai jamais trouvé le mode de calcul qui permette d'arriver à un tel résultat, ce qui pose problème, pour le moins. Le raisonnement restant cependant le même, intéressons-nous y.

On constate qu'il néglige un aspect majeur: certes les pays industrialisés et développés consomment bien plus que la plupart des autres pays, mais ce qu'ils fabriquent -grâce à des matières premières ou des énergies importées, bien sûr, mais aussi produites sur place- est largement exporté, et consommé, dans le monde entier. C'est d'ailleurs sur ce commerce international qu'est bâtie leur richesse. Autrement dit, la production et la consommation ne sont pas unilatérales, et elles sont très imbriquées. Ce qu'un pays pauvre se mettrait à produire et à consommer par lui-même viendrait remplacer, pour tout ou partie, les biens que lui fournit actuellement un pays industrialisé, lequel produirait moins et utiliserait donc moins de ressources. Le calcul serait à refaire...

Sur les évaluations des ressources et des limites de la planète, la plus grande confusion règne en réalité. Les chiffres sont très rarement vérifiés, les modes de calcul presque jamais explicités. Alors que les statistiques de nombreux pays sont suspectes (Chine, Russie, Afrique...), qu'on ne sait même pas combien d'habitants vivent en Corse, ni prévoir exactement le temps qu'il fera d'ici une semaine, beaucoup n'ont pas peur d'asséner quantité de chiffres, de les mouliner et, à partir d'eux, de jeter des pronostics sombres de façon péremptoire et pseudo scientifique.

Les ressources fossiles, non renouvelables par définition, sont par exemple souvent amalgamées avec les ressources renouvelables. La question de l'eau (ressource renouvelable) est à cet égard exemplaire. Il s'agit d'un enjeu essentiel, fondamental, dans toutes ses dimensions (alimentaire, sanitaire, agricole, écologique, géopolitique...). Comme on l'a vu, l'humanité ne prélève actuellement que 20% environ des eaux qui ruissellent dans l'état actuel des précipitations, ce qui n'empêche pas d'aucuns à proclamer que la planète manque d'eau ! Certains habitants, nombreux, manquent d'eau, certes, mais la planète, non: nuance de taille ! Selon le premier point de vue, on considère l'eau comme une question sociale, de justice économique. Selon le second, on la réduit à une question purement écologique, ce qui permet de faire peur à bon compte, de masquer les vraies responsabilités et donc de proposer de fausses solutions.
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Alayn

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* 14/02/2010, 20:20
Message #8
Du glissement sémantique à la dérive politique

Le concept de "décroissance" a des avantages et des inconvénients. Il est utile s'il s'agit de dénoncer les gaspillages, les gadgets, les productions inutiles, les aménagements superflus, la course en avant des politiques économiques. De remettre en cause la politique impulsée par les Etats-Unis et leurs experts au lendemain de la Seconde guerre mondiale pour "développer" les pays du Tiers-Monde afin que ceux-ci ne tombent pas aux mains du communisme.

En revanche, il ne l'est pas dès que l'on s'interroge sur la signification entière et profonde du mot, sur la logique ultime qu'il porte, sur certaines de ses implications économiques et sociales, sur l'orientation politique de ses créateurs.

Dans le domaine de la "décroissance" comme dans d'autres ("société de consommation", "équilibres naturels", "surpopulation", "empreinte écologique", "limites de la planète"), il reste nécessaire de s'interroger et de garder un recul critique: pour éviter de se faire abuser (là comme ailleurs), de mieux agir sur le présent et de mieux préparer l'avenir. Il importe aussi de garder en vue les objectifs.

Or quelle est la finalité de l'anarchisme sinon d'être une réponse à la question sociale ? Il postule une satisfaction des besoins matériels et spirituels de l'humanité afin que les individus réalisent leur émancipation selon leurs affinités. Autrement dit une articulation entre le collectif et l'individuel, par une relation libérée du pouvoir et des contraintes matérielles -si possible, le plus possible.

De deux choses l'une: soit le mouvement anarchiste revendique la nécessité de répondre aux besoins humains, de produire davantage et mieux, de répartir égalitairement les biens, soit il la réfute. En ce cas, qu'il explique aux millions de crève-la-faim et de pauvres.

Sinon, il peut se demander pourquoi en une trentaine d'années le slogan, correct, de "produire et consommer autrement" est devenu "vive la décroissance" -un glissement qui n'est pas seulement sémantique mais qui est aussi, et subrepticement, politique- pourquoi les principaux théoriciens de la décroissance évitent le plus possible de parler d'anti-capitalisme tout en dédaignant souverainement l'anarchisme, ses questionnements et son histoire. Poser la question, c'est déjà y répondre...

Philippe PELLETIER

Photo: couverture du livre de John CLARK aux Editions ACL (Atelier de Création Libertaire)
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Alayn

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* 14/02/2010, 20:52
Message #9
LA CURIEUSE ANALYSE D'UN PARTISAN DE LA DECROISSANCE
(Article de Philippe PELLETIER publié dans le "Monde Libertaire" n° 1537, du 11 décembre 2008, p. 14, l'hebdomadaire de la Fédération Anarchiste.)

Le thème de la "décroissance" suscite espoir et références chez les militants aspirant à un autre monde. Puisqu'il débouche chez ses partisans sur un projet social et politique, il convient, pour en vérifier la pertinence, de regarder sur quels postulats il s'appuie, et en particulier sur quelle analyse de la situation actuelle.

La lecture d'un des théoriciens de la "décroissance", Serge Latouche, révèle alors des affirmations extrêmement discutables sur le plan scientifique des faits, et par conséquent sur le plan politique. Les lignes extraites ci-dessous figurent en introduction d'un livre qui nous prône la "décroissance". Si les faits de base sont contestables dès le début, qu'en sera-t-il du reste ?

Philippe PELLETIER
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Alayn

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* 14/02/2010, 23:15
Message #10
Pour bien comprendre, voici tout d'abord l'introduction du livre "Le pari de la décroissance" de Serge Latouche et les points numérotés en gras qui seront ensuite décortiqués par Philippe PELLETIER:

Introduction

QU'EST-CE QUE LA DECROISSANCE ?

"L'écologie est subversive car elle met en question l'imaginaire capitaliste qui domine la planète. Elle en récuse le motif central, selon lequel notre destin est d'augmenter sans cesse la production et la consommation. Elle montre l'impact catastrophique de la logique capitaliste sur l'environnement naturel et sur la vie des êtres humains"

Cornelius Castoriadis
[Cornelius Castoriadis, "L'écologie contre les marchands", in Une société à la dérive, Seuil, Paris, 2005, p. 237.]


Il semble bien que nous vivions la sixième extinction des espèces. [Richard Leakey et Roger Levin, La Sixième Extinction: évolution et catastrophes, Flammarion, Paris, 1997.] Celles-ci (végétales et animales) disparaissent, en effet, à la vitesse de cinquante à deux cents par jour, (1) [Edward O. Wilson estime que nous sommes responsables chaque année de la disparition de 27 000 à 63 000 espèces. The Diversity of Life, Belknap Press, Harvard, 1992 (trad. fr. La Diversité de la vie, Odile Jacob, Paris, 1993).] soit un rythme de 1000 à 30 000 fois supérieur (2) à celui des hécatombes des temps géologiques passés. (3) [François Ramade, Le Grand Massacre, L'avenir des espèces vivantes, Hachette Littératures, Paris, 1999.] Comme l'écrit joliment Jean-Paul Besset: "De mémoire de glaces polaires, (4) une telle cadence n'a pas d'équivalent." [Jean-Paul Besset, Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire, Fayard, Paris, 2005, p. 83.] La cinquième extinction, qui s'est produite au Crétacé, il y a 65 millions d'années, avait vu la fin des dinosaures (5) et autres grosses bêtes, probablement à la suite du choc d'un astéroïde, mais elle s'était étalée sur une période beaucoup plus longue. A la différence des précédentes, l'homme est directement responsable de la "déplétion" actuelle du vivant (6) et pourrait bien en être la victime... Si l'on en croit le rapport du professeur Belpomme sur les cancers et les analyses du professeur Narbonne, toxicologue renommé, la fin de l'humanité devrait même arriver plus rapidement que prévu, vers 2060, (7) par stérilité généralisée du sperme masculin sous l'effet des pesticides et autres POP ou CMR (pour les toxicologues, les POP sont des polluants organiques persistants, dont les CMR -cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques- constituent l'espèce la plus sympathique). [5% des infections respiratoires aiguës, 85% des maladies diarrhéiques, 22% des cancers sont attribuables, selon le professeur Belpomme, à des facteurs environnementaux. Ces maladies créées par l'homme, Albin Michel, Paris, 2004.]

Après quelques décennies de gaspillage frénétique, nous sommes entrés dans la zone des tempêtes, au sens propre et figuré... L'accélération des catastrophes naturelles (8) -sécheresses, inondations, cyclones- est déjà à l'oeuvre. Le dérèglement climatique s'accompagne de guerres du pétrole, qui seront suivies de guerres de l'eau, [Vandana Shiva, La Guerre de l'eau, Parangon, Paris, 2003. L'UNESCO estime qu'entre 2 (hypothèse basse) milliards de personnes souffriront de manque d'eau en 2050. Le rapport Camdessus, élaboré par l'ancien directeur du FMI et un groupe d'experts à la demande du Conseil mondial de l'eau, avance le chiffre de 4 milliards.] (9) mais aussi de possibles pandémies, sans parler des catastrophes biogénétiques prévisibles. Nous savons tous désormais que nous allons droit dans le mur. (10) Reste à déterminer à quelle vitesse nous nous y précipitons et quand se produira le grand clash. [...]

Serge LATOUCHE

Photo: Serge Latouche:
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Alayn

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* 15/02/2010, 00:29
Message #11
Voici maintenant les réponses de Philippe PELLETIER, géographe anarchiste, aux différents points notés en gras:

(1): Ce chiffre est fourni par Edward O. Wilson, connu pour sa "sociobiologie" qui prétend expliquer la nature et l'évolution des sociétés humaines par la détermination génétique, et qui estime que "l'inné" est largement supérieur à "l'acquis". Faut-il rappeler les conséquences politiques d'une telle posture ? Par ailleurs, le modèle d'extinction des espèces formulé par E. Wilson (avec Mac Arthur) soulève de nombreux problèmes. Réalisé à partir de l'étude écologique de petites îles, il met en relation un "taux d'immigration" et un "taux d'extinction" des espèces végétales et animales. Appliqué à un continent, on en voit toute la difficulté. Quant à l'appliquer aux espèces humaines... On en arrive aux positions très droitières d'Edward Wilson sur les immigrés.

(2): L'humanité ne connaît pas le nombre des espèces végétales et animales qui habitent sur la terre. Presque chaque jour, on en découvre d'ailleurs de nouvelles. Comment donner alors un rythme fiable de l'extinction des espèces si on ne dispose pas du chiffre de base ? L'ampleur de la fourchette (qui va carrément de mille à trente mille espèces) suffirait déjà à jeter le doute. Mais peu importe, car ce qui compte ici c'est l'effet-choc des chiffres qui donnent le vertige. Le lecteur est déjà bien calé dans le discours catastrophiste, il est prêt pour la suite...

(3): Bien malin quel est le savant sérieux qui pourrait donner le chiffre de toutes les espèces de tous les temps géologiques, et donc celui de leur disparition. L'excavation des fossiles et l'analyse d'autres données n'y suffisent pas. Disparition ou hécatombe des dinosaures ? Le second mot est évidemment plus fort. Regrette-t-on pour autant leur disparition ? Sans oublier que certaines des espèces animales actuelles descendent des dinosaures. Il y a eu évolution.

(4): Les glaces polaires ont-elles de la "mémoire", qualité propre aux espèces dotées d'un cerveau ? Encore un abus de langage, mais passons...

(5): Il existe plusieurs autres théories -qui peuvent d'ailleurs se combiner- quant à la "fin des dinosaures". Ce point de détail devient intéressant plus bas (cf. point 7).

(6): "La "déplétion" actuelle du vivant" signifie que le vivant "diminue en quantité" (selon la définition du terme de déplétion). Or comme la population humaine augmente et a atteint un niveau inconnu dans son histoire, ainsi que le livre nous le rappelle plus loin, cette affirmation est fausse, au sens strict. Le vivant augmente en quantité ! A moins que l'on ne considère que les hommes ne relèvent pas du vivant. Est-ce ce que sous-entend le livre ?
Signalons au passage que les scientifiques les plus pointus sont encore incapables de nous donner une définition biologique du "vivant".

(7): Si la fin de l'humanité "devrait même arriver plus rapidement que prévu", quelle était la date prévue auparavant ? Et par qui ? Sur quelles bases ? C'est flou et fantaisiste. Quant à la théorie du "toxicologue renommé" (?), elle laisse franchement sceptique.

(8): Quel est le savant sérieux qui peut affirmer qu'il existe actuellement une "accélération des catastrophes naturelles" ? Accélération renvoie au nombre, et non pas à leur intensité spécifique. Et par rapport à quelle période ? Dans la mesure où le propos saute des ères géologiques aux temps présents, il est difficile de se situer.
Pour savoir s'il y a davantage de catastrophes naturelles de nos jours, il faudrait connaître correctement celles du passé. Or, si on remonte au-delà de deux siècles, nous savons que cela devient de plus en plus difficile, et que l'interprétation devient de plus en plus délicate, comme l'indique par exemple la belle histoire du climat d'Emmanuel Leroy-Ladurie.
On en revient alors aux "catastrophes naturelles" du passé et aux dinosaures. On en déduit que celles-ci n'ont été causées ni par les hommes, ni par l'évolution des écosystèmes eux-mêmes puisque c'est un objet extérieur à la terre (un astéroïde) qui en aurait été la cause. La bonne nature et la méchante humanité ?
Quant aux "catastrophes naturelles" actuelles, les dégâts causés par le typhon Katrina sont-ils dus à la nature ou bien à la gabegie des autorités américaines dans l'occupation du delta de la Nouvelle-Orléans ?

(9): Le manque actuel et futur de l'eau n'est absolument pas une catastrophe naturelle.
L'humanité ne prélève actuellement que 20% environ des précipitations qui ruissellent. Il y a donc de la marge en termes de ressource primaire. En revanche se pose la question de l'approvisionnement et de la distribution de la ressource, qui renvoie à l'inégalité sociale.
Sauf régions désertiques, l'eau n'est pas rare en soi, c'est sa répartition, son utilisation et son gaspillage qui posent problème.

(10): De quel mur parle-t-on finalement ? Le capitalisme ne produit pas pour produire, mais pour vendre. La crise financière actuelle rappelle qu'il est même capable de vendre du virtuel ! Ce qui renvoie à la question de la valeur, et qui amène à moduler le propos de Castoriadis cité en exergue.

Philippe PELLETIER

Photo: Philippe PELLETIER.
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Alayn

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* 15/02/2010, 01:11
Message #12
LUDWIG KLAGES (1872-1956), UNE PREMISSE PROBLEMATIQUE DE L'ECOLOGIE PROFONDE
(Article de Philippe PELLETIER publié dans le "Monde Libertaire" n° 1538, du 18 décembre 2008, p. 15-17, l'hebdomadaire de la Fédération Anarchiste ainsi que dans Tierra y Libertad (Espagne), 222, p. 8-10.)

En 1913, Ludwig Klages (1872-1956) publie un ouvrage fracassant qui porte le titre de "L'Homme et la terre" (Mensch und Erde). Il y expose des thématiques qui sont désormais familières à l'écologie profonde. [Texte traduit en anglais par John Claverley Cartney, in "The biocentric metaphysics of Ludwig Klages": <http://www.revilo-oliver.com/Writers/Klages/Ludwig_Klages.html>.]

En effet, il regrette l'extinction rapide de nombreuses espèces: "Les pies, les pics-verts, les loriots, les passereaux, les grouses, les coqs et les rossignols, ils sont tous en train de disparaître, et leur déclin semble sans remède". Il dénonce la déforestation: "Les nations du progrès (...) coupent des arbres pour un livre toutes les deux minutes, et pour un magazine toutes les secondes": nous pouvons apprécier, rien qu'à partir de ces estimations grossières, combien la production de ces choses est massive dans le monde "civilisé". Il déplore la liquidation des peuples aborigènes, l'étalement urbain, les destructions environnementales, la chasse à la baleine.

Klages accuse le capitalisme, le christianisme et les philosophes qui se réclament de "l'esprit" (Geist). Surtout, il dénonce le progrès qui est "un désir de meurtre inassouvi".
"Le progrès n'est rien moins que la destruction de la vie", ajoute-t-il.
Tout cela écrit il y a près d'un siècle.

Photo: Ludwig Klages
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* 15/02/2010, 01:55
Message #13
La bible des Wandervögel

Le plaidoyer de Ludwig Klages est foisonnant, bouillonnant, poignant. Le livre devient très rapidement la bible des Wandervögel en Allemagne au cours des années 1910-20 et 30. Ce mouvement est une sorte de contre-culture qui, chez les jeunes, mélange néo-romantisme, philosophes orientales, mysticisme de la nature, hostilité à la rationalité et recherche de nouveaux rapports humains. Certains historiens l'ont qualifié de "hippysme de droite". [Staudenmaier Peter (1995): "Fascist ideology: the "Green Wing" of the nazi party and its historical antecedents". Ecofascism - Lessons from the German Experience, Edinburgh & San Francisco, 78 p., p. 5-30.]

Le livre de Klages constitue aussi l'une des références principales des membres de Monte Verità, la communauté d'Ascona (1900-1920) que fréquentent de nombreuses personnes, dont plusieurs anarchistes comme Erich MUHSAM (1878-1934) notamment. [Erich MUHSAM a participé à la République des Conseils de Bavière (1918-19). Après avoir été torturé, il est assassiné par les nazis dans un camp de concentration. Il a écrit une réflexion amusée et souvent critique sur Monte Verità où il a vécu de 1904 à 1908: Ascona, Quimperlé, La Digitale, 2002, présentation par Roland LEWIN, 100 p.]

A priori, rien de problématique dans les propos de Ludwig Klages. Mais en décortiquant le texte et la vie de l'auteur, on découvre un certain nombre de choses qui interpellent. On constate en particulier que Ludwig Klages était un anti-sémite farouche et qu'il soutenait les théories racialistes. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a été courtisé, en vain toutefois, par le régime nazi, qui, dépité, attaquera finalement son oeuvre, par le biais d'Alfred Rosenberg notamment.

Après 1945, Ludwig Klages ne renie pas son antisémitisme. Il voit au contraire dans la victoire des Alliés le triomphe des juifs sur le monde à l'issue d'un assaut de deux mille ans qui leur a attiré la haine de tous. C'est ce seul résultat qui fait la différence entre les théories racistes des nazis et celle de leurs ennemis juifs conclut-il.

De la défense des baleines aux attaques anti-juives, comment la relation est-elle possible ?

Photo: Ludwig Klages et la couverture du livre d'Erich MUHSAM:
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* 15/02/2010, 02:39
Message #14
Du fondamentalisme pessimiste...

Ludwig Klages fait des études en chimie et en physique au sein des universités allemandes (Leipzig, Münich). Dans la capitale bavaroise, il fréquente des cercles intellectuels, notamment le "Cercle cosmique". La Première guerre mondiale le pousse à s'exiler en Suisse en 1915, où il finit ses jours.

Klages est un auteur prolifique et protéiforme. Il touche à plusieurs domaines: la philosophie, la psychologie (il propose une réflexion psychanalytique) et la graphologie scientifique (il contribue à l'invention de la première méthode d'étude du caractère de la personne à travers son écriture).

Outre les références qui concernent systématiquement des auteurs conservateurs (Eichendorf, Burckhardt, Bachofen, Mommsen, Bismarck...), ce qui frappe à la lecture de Mensch und Erde, c'est le profond fondamentalisme pessimiste qui s'en dégage. Ses violentes attaques contre le progrès, la technologie et la modernité ne débouchent sur rien d'autre qu'un désir nostalgique de retourner à une civilisation pré-moderne, à l'image des peuples "primitifs" (Klages met les guillemets).

Il ne s'agit pas pour lui de critiquer les excès ou les dérives de la modernité, mais son fondement philosophique même. A "l'esprit" (Geist) qui corrompt tout par sa théorisation et son abstraction, Klages oppose et prône "l'âme" (Seele, Soul). Il y articule un vitalisme radical -pour lequel il trouve Bergson et Dilthey trop timorés. Ce qu'il récuse également dans l'esprit, c'est qu'il débouche sur la volonté, alors qu'il faut au contraire, selon lui, s'en remettre aux pulsions naturelles profondes des hommes.

Son appel à la vie et aux forces dionysiaques n'a pas grand-chose à voir avec la spontanéité telle qu'elle est revendiquée par Michel BAKOUNINE et les anarchistes. Car ce qui frappe également dans le texte, c'est l'absence totale de liberté. Du mot comme de la situation. Tout semble implacable et fatal. Nulle référence à l'aspiration libertaire des hommes et des femmes.

En voulant combattre le christianisme, responsable selon lui de l'importance donnée à l'esprit, Klages adopte paradoxalement la posture de cette religion. Comme on peut le voir dans Mensch und Erde et dans d'autres textes, sa nostalgie est systématiquement fondée sur le mythe de la Chute, du Paradis perdu, la perte d'une nature sauvage et intacte. Cela lui permet de renforcer sa culpabilisation de l'homme en général et son constat de la décadence irrémédiable de la société moderne. La décadence est d'ailleurs à cette époque un thème commun chez les intellectuels conservateurs, comme cet autre auteur allemand également courtisé par les nazis, Oswald Spengler (1880-1936).

Photo: Ludwig Klages
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* 15/02/2010, 03:31
Message #15
... à l'approche racialiste

Le retour au primitif et au paganisme débouche chez Klages sur une utilisation de la notion de races qui, selon lui, permet d'expliquer la primitivité, la pureté ou la décadence des peuples. Il s'appuie ainsi sur les principaux théoriciens racialistes comme Arthur de Gobineau (1816-1882), théoricien de l'inégalité des races, Ludwig Woltmann (1871-1907), auteur d'une classification raciale qui sera reprise par les nazis, et Ludwig Ferdinand Clauss (1892-1974), auteur de L'Ame des races (1926, 1937). Il estime que c'est la "race des Pélagiens" (ou Minoens), "d'origine aryenne", qui incarne le mieux le culte de l'âme et de la Déesse-mère (Magna Mater), avant que celui-ci ne soit perverti par la philosophie socratique puis judéo-chrétienne.

C'est en fait sous cet angle racialiste qu'il faut considérer les propos de Klages en faveur des Indiens d'Amérique ou des autres tribus, et contre leur anéantissement. Ce n'est pas un sentiment humaniste qui l'anime, ni même une critique de la conquête de l'Ouest ou du processus colonial (dont il ne parle pas). Il regrette plutôt la perte d'un caractère primitif, idéalisé. Cette idéalisation l'empêche d'ailleurs de voir tout ce qu'il peut y avoir d'oppressif ou de détestable dans les tribus dites primitives (les hiérarchies, les sacrifices humains, la guerre...).

En découle logiquement son hostilité contre le judaïsme. Instruit notamment par Theodor Lessing (1872-1933), son ami d'enfance, qui a théorisé "la haine de soi juive", Klages stigmatise le judaïsme pour deux raisons: son monothéisme, dont l'esprit s'oppose au paganisme et conduit au christianisme ; et le caractère instable, non enraciné, des juifs, "le peuple errant".

L'anti-judaïsme est a priori peu visible dans Mensch und Erde si l'on n'y prend pas garde. En fait, il apparaît subrepticement -et de façon très significative- au moment où Klages aborde sa critique du capitalisme qu'il introduit par une attaque contre le "mammonisme". Ce terme, apparemment anodin, se réfère à Mammon, un dieu babylonien dont le culte n'a en fait pas existé mais qui est cité par le Nouveau Testament. Forgé par le philosophe moraliste Thomas Carlyle (1705-1881), il est repris par Richard Wagner (1813-1883) dans ses écrits anti-sémites: "Le mammonisme provient d'une déficience morale et d'un manque d'amour, ces deux lacunes étant archétypiquement juives". ["The noble antisemitism of Richard Wagner", The Historical Journal, 1982, 25-3, p. 751-763.]

Le mammonisme, qui renvoie au "culte du veau d'or", est une métonymie de la cupidité attribuée aux juifs. L'expression est reprise par Adolf Hitler, à partir de 1922 au moins. Elle circule de nos jours comme un code dans les milieux antisémites. Même en 1913, son utilisation par Ludwig Klages n'est pas neutre. Ce qi est particulièrement habile, et pernicieux de sa part, c'est qu'il place sa virulente critique du capitalisme sous le sceau de l'antijudaïsme...

Photo: Ludwig Klages
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* 15/02/2010, 04:41
Message #16
Sa critique du pouvoir est en fait une critique de la volonté

Dans Mensch und Erde, Klages se livre à une critique farouche du pouvoir et de la puissance.
Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'une dénonciation de l'oppression, de la domination ou de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est parce que le pouvoir correspond à la volonté (la "puissance" ou à la "capacité" selon le vocabulaire proudhonien), voire à la raison, que Klages s'y oppose.

Critiquant l'idée d'une "subjectivité de l'égo", il récuse ainsi nommément "la volonté de puissance" chez Nietzsche, "la volonté de vivre" chez Schopenhauer et "l'unique et sa propriété" chez Max STIRNER. Il méprise l'humanisme en tant qu'apothéose de l'individu comme abstraction conceptuelle. Car, pour lui, le moi n'est pas un homme, mais simplement un masque. Il n'y a pas d'objectifs dans les désirs psychiques, il n'y a que l'accomplissement de buts prédéterminés.

Sur le même registre, le capitalisme n'est pas attaqué par Klages pour son organisation économique ou sa hiérarchie sociale, mais à cause de sa dimension technologique, machinique et favorable au progrès. C'est exactement sur cette base que s'élabore ensuite chez les "non-conformistes", de droite mais parfois de gauche, un anti-capitalisme fondé sur une dénonciation du "productivisme", recherchant une "troisième voie" entre le socialisme et le capitalisme qui débouche bien souvent sur le fascisme en Allemagne, en Italie ou en France. Ne l'oublions pas: la critique du capitalisme en elle-même ne suffit pas, c'est la conception de son alternative qui est essentielle. [On peut remonter aux diatribes anticapitalistes des premiers fascistes ou se contenter des discours actuellement à la mode sur la dénonciation du "capitalisme financier" (et la nécessité de sa moralisation).]

La plupart des membres du Wandervögel rejoindront le nazisme, à l'instar d'un théoricien du naturisme comme Hans Surén (1885-1972). [Malgré le socialiste Adolf Koch (1896-1970), qui défend une émancipation sociale à travers l'émancipation individuelle et le nudisme, on compte beaucoup plus de naturistes en Allemagne qui rejoindront le nazisme, par le biais de la mystique des corps, la pureté et la fusion avec la nature. Hans Surén sera ré-intégré dans l'association allemande des naturistes après la guerre, et même salué comme le père spirituel du mouvement naturiste, alors qu'Adolf Koch, toujours socialiste, en sera exclu pour provocation et dérangement.] Le danseur Rudolf von Laban (1879-1958), l'un des principaux animateurs de la communauté de Monte Verità qui s'arrête en 1920, devient le danseur officiel du IIIe Reich. [Dans un article intitulé "L'esprit d'Ascona, précurseur d'un écologisme spirituel et pacifiste" (Ecologie & Politique, 2003-27), Paul Gimeno rend compte d'un ouvrage écrit par Martin Green sur Monte Verità. Il souligne que cet auteur "aura tenté de faire sympathiser son lecteur avec ce qu'il appelle "l'esprit d'Ascona", sans pourtant faire de concessions sur ses convergences avec l'idéologie nazie". Mais Paul Gimeno "oublie" purement et simplement de nous signaler la trajectoire nazie de Rudolf von Laban. Au contraire, il exalte l'héritage gandhien et tolstoïen d'Ascona...] En 1956, Ludwig Klages meurt isolé, sans renier son antisémitisme. En 1980, les Verts (die Grünen) redécouvrent son texte Mensch und Erde et popularisent sa publication.

Philippe PELLETIER

Photo: la communauté naturiste de Monte Verità à Ascona en 1907.
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Alayn

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* 15/02/2010, 14:30
Message #17
Bonjour ! Pour faire contrepoint aux textes de Philippe PELLETIER, voici ci-dessous un texte de Jean-Pierre TERTRAIS, autre auteur anarchiste, et qui contient certains points de divergences avec certains points de vue de Philippe PELLETIER sur cette question de la décroissance.

Jean-Pierre TERTRAIS et Philippe PELLETIER sont tous les 2 membres de la Fédération Anarchiste. Il y a débat au sein de cette organisation -bien normal- sur ce thème complexe et vaste de la décroissance.

Ainsi, les lectrices et les lecteurs pourront également confronter les points de vue différents et se faire peut-être leur propre opinion.

Ce texte de Jean-Pierre TERTRAIS a été distribué lors d'un CFA (Centre de Formation Anarchiste) à côté de Châlons/sur/Saône en janvier 2010:

L'ECOLO-SCEPTICISME: A QUI PROFITE LE DOUTE ?

Depuis les années 60 auxquelles on fait généralement remonter la lutte écologique, des voix se sont fait entendre pour jeter la suspicion, des obstacles se sont dressés sur la route enthousiaste des militants-pionniers. Le plus souvent énoncés par voie d'insultes, de calomnies, de caricatures, de procès d'intention, les motifs n'ont guère été glorieux: patrons et hommes d'affaires soucieux d'éviter la remise en cause du capitalisme pour préserver leurs profits, experts et scientifiques craignant de devoir réviser leurs dogmes et confrontés au problème des limites, politiciens acharnés à combattre la contestation de l'autorité et les velléités d'autonomie, journalistes serviles à la botte des précédents, occidentaux moyens inquiets de voir s'effilocher leur petit confort matériel. Examinons -trop rapidement- les thèmes les plus fréquemment abordés.

Photo: Jean-Pierre TERTRAIS
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Alayn

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* 15/02/2010, 15:16
Message #18
Catastrophisme ou anesthésie ?

D'aucuns prétendent que la société se trouve soumise à une offensive catastrophiste, livrée à un goût macabre pour les pronostics les plus sombres, en proie à un gouvernement par la peur.
Certes, des écologistes ont commis des erreurs d'appréciation dans leurs hypothèses, prêtant le flanc à une critique facile. Certes aussi, les politiciens s'y entendent, lorsque la situation l'exige, à exacerber les craintes, à jouer sur le registre de l'émotion. Mais s'agissant des questions écologiques, c'est plutôt le phénomène inverse qu'il faut dénoncer à l'encontre des détenteurs du pouvoir. Combien de censeurs, combien d'autruches pour un lanceur d'alerte ?

L'attitude majoritaire, chez les dirigeants, ne consiste-t-elle pas à nier l'évidence, à rassurer à tout prix, à minimiser les risques, à masquer les périls, à voiler les avertissements, à dissimuler les signaux qui clignotent, à étouffer les alarmes qui se multiplient, quitte à infantiliser l'individu. Quand les académiciens arrogants taisent les menaces et les dégâts des nitrates, de la dioxine, de l'amiante, du nucléaire, des OGM ou des nanotechnologies, défendant ouvertement les intérêts des industriels, s'attachent-ils à alerter ou à endormir ?
Faut-il rappeler que l'Académie de médecine estime que le principe de précaution constitue "une pression dangereuse sur la décision politique", "un obstacle à la démarche scientifique et aux innovations technologiques" ?

Combien de chercheurs ont vu leur carrière brisée parce qu'ils s'obstinaient à crier la vérité, à démontrer la toxicité d'un produit, à mesurer l'impact d'une pollution ? S'il fallait véhiculer la peur, on les aurait encouragés. Faudrait-il passer sous silence le sort réservé, entre autres, à Christian Vélot, enseignant-chercheur en génétique moléculaire, qui anime sur son temps personnel de nombreuses conférences à destination du grand public sur le thème des OGM, c'est-à-dire dans un domaine où l'obscurité et l'opacité sont de règle ? Nombreuses pressions matérielles, confiscation des crédits, privation d'étudiants stagiaires, menace d'un déménagement manu militari.

Comment réagissent les pouvoirs publics à chaque scandale (sang contaminé, vache folle, hormone de croissance...), sinon par une tentative d'étouffer l'affaire ? Il est curieux de constater que le fait de procéder à un inventaire des dangers encourus afin de prendre des mesures salutaires destinées à atténuer ou à éviter des incidences fâcheuses provoque la mise à l'index sous l'appellation "catastrophisme", c'est-à-dire un terme à connotation négative, alors que le fait de refuser ou de négliger d'envisager des situations (très) préoccupantes ne semble pas présenter les mêmes tares ! Et si l'optimisme n'était que le déni de la réalité allié à une espérance religieuse dans le progrès technique ?

Photo: couverture d'un des livres de Jean-Pierre TERTRAIS, première édition:
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* 15/02/2010, 16:05
Message #19
Ecolo-facho ?

De la même manière, certains -les mêmes ?- ne manquent jamais de discerner un nazi derrière chaque défenseur des baleines, d'établir, comme l'explique Bertrand Méheust (La politique de l'oxymore -La Découverte- 2009) une filiation entre le souci de la nature affiché par les nazis et les préoccupations de l'écologie, le but étant clairement de délégitimer cette dernière dans sa totalité en la situant dans la continuité des forces obscures.

Certes, on peut découvrir des thèmes communs entre l'idéologie nazie et l'écologie fondamentaliste. Certes, ponctués de "territoires" et de "racines", les discours des identitaires, de la Nouvelle Droite ne sont que des plaidoyers inégalitaires. Mais est-ce parce que l'Allemagne nazie a réussi à faire croire qu'elle a élaboré les premières grandes législations sur la protection des animaux (1933) et de la nature en général (1935) qu'il faut voir dans chaque militant écologiste un adepte du IIIe Reich ? Est-ce parce que des néo-ruraux fuient à juste titre l'univers bétonné des villes qu'il faut les suspecter de relents terriens et pétainistes ? Est-ce parce que des abrutis comme Luc Ferry ou Claude Allègre ont craché leur haine de l'écologie qu'il faut acquiescer à leur délire ?

Il est évident que la mouvance écologiste compte infiniment pus d'antifascistes que de disciples de Hitler et que la part de l'écologie profonde demeure dérisoire. Et comme le note B. Méheust: "On appréciera la posture qui consiste à ignorer ou à sous-estimer une menace présente pour s'en prendre aux dérives virtuelles de ceux qui la dénoncent !".

Photo: couverture du livre de Jean-Pierre TERTRAIS, seconde édition:
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Alayn

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* 15/02/2010, 16:31
Message #20
Dérèglements climatiques: imposture ou réalité ?

Autre cheval de bataille, le réchauffement climatique ne serait qu'une sordide machination.
Certes, ce "nouveau" problème est utilisé en France par le pouvoir pour justifier le nucléaire.
Bien entendu, la climatologie n'est pas une science exacte. En outre, chacun sait que toute connaissance scientifique est limitée, partielle et révisable. Il reste qu'en dépit de toutes les incertitudes, les imprécisions, les hypothèses un peu osées, des faits sont observables, et il va devenir de plus en plus périlleux de les nier. A noter que dès la fin du 19e siècle, le physicien suédois Arrhenius lançait un avertissement sur les conséquences de l'usage de l'énergie fossile, c'est-à-dire l'effet de serre ! Selon le rapport du Giec 2007, onze des douze dernières années (1995-2006) figurent au palmarès des douze années les plus chaudes depuis que l'on dispose d'enregistrements de la température de surface (1850), le permafrost (sol perpétuellement gelé des régions arctiques) fond déjà en Alaska et en Sibérie, occasionnant de nombreux dégâts, la banquise arctique a perdu en moyenne 37 000 km2 par an, les glaciers connaissent un recul généralisé, le niveau des océans s'élève.

Le plus inquiétant étant l'accélération des phénomènes en cours, le renforcement des tendances, le franchissement de certains seuils, les réactions en chaîne prévisibles.
Détérioration irréversible des récifs coralliens, disparition de nombreuses espèces, cyclones, ouragans, typhons de plus en plus violents, multiplication des situations extrêmes (sécheresses plus sévères et plus longues, augmentation de la fréquence des fortes précipitations), déplacements importants de populations, perturbation des systèmes agricoles, risques sanitaires. L'Afrique notamment -et plus particulièrement la région des grands lacs- happée par le cycle pression démographique-déforestation-érosion des sols-perturbation climatiques, voit se profiler un "risque d'effondrement", comme le note le géographe Alain Cazenave-Piarrot. Si le pire n'est pas encore certain, il va tendre à devenir hautement probable !

Photo: couverture d'une brochure de Jean-Pierre TERTRAIS, publiée aux Editions du Monde Libertaire:
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