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> 101 ans de CNT et d'anarcho-syndicalisme, D'hier et de demain un combat pour la LIBERTE

Alayn

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* 03/05/2013, 15:09
Message #41
L'idéologie "unificatrice" du projet syndical de Solidarité ouvrière se nourrissait en grande partie de l'influence du syndicalisme révolutionnaire français et italien, en l'adaptant à la réalité politique et syndicale de l'époque. Cet amalgame idéologique était parfaitement lié à la méthodologie libertaire de l'organisation: l'action et la transformation de la société, et s'actualisait dans un programme commun regroupant la majorité des ouvriers catalans.
L'outil qu'était le syndicalisme révolutionnaire, utile pour rassembler les différents secteurs du mouvement ouvrier, n'empêcha pas plusieurs crises d'organisation dues, en bonne partie, à la volonté de neutralisation politique de divers collectifs ouvriers (fondamentalement, les républicains radicaux et les socialistes).
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Alayn

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* 03/05/2013, 15:41
Message #42
Si on faisait une analyse de l'implantation de la CNT sur le territoire espagnol, il faudrait signaler la Catalogne et l'Andalousie comme étant les régions de plus grande incidence syndicale, autant à ses débuts qu'au cours du cycle qui va de 1911 à 1936. Pour ce qui est de ce premier congrès dont nous célébrons le centenaire, nous connaissons le nombre de sociétés ouvrières qui y participèrent (124). La Catalogne fut, de beaucoup, la zone géographique qui fournit le plus de sociétés ouvrières (67). L'Andalousie, avec 25, la suivait de loin. A un niveau moindre, il faut signaler les Asturies, la Galice et le Pays valencien. Quant aux autres régions d'Espagne, leur participation à ce congrès fut réduite à de simples témoignages. Cette implantation ressemble et correspond à grands traits à celle développée par l'AIT au XIX° siècle. De toute façon, notre travail, objectif quant aux faits, ne reflète pas les situations diverses et variées connues par de nombreux villages et villes d'Espagne, leur adhésion ou leur refus par rapport à l'organisation confédérale.
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* 03/05/2013, 16:24
Message #43
Comme cela a été déjà dit, nous n'avons pas d'information sur le nombre d'adhérents de ce premier congrès de 1910 ; par contre nous pouvons assurer qu'il représenta, avec celui de 1911, la gestation du processus de constitution de la CNT, avec peu d'adhérents et une zone géographique limitée. Dans ce sens, on peut affirmer clairement que c'est du congrès de 1919 que date le "mythe" fondateur de la CNT, en tant qu'organisation ouvrière importante, étendue et combative, contre le capitalisme de cette époque. Pour quantifier cela, nous pouvons préciser que le nombre total d'adhérents représentés au congrès de la CNT de 1911 était de 29 510, alors qu'en 1919 il y avait 705 512 travailleurs. Je crois qu'on n'a pas besoin d'argumenter longuement pour montrer l'importance capitale du congrès de Madrid de 1919, concernant l'avenir de la CNT en tant qu'organisation syndicale de référence d'une grande partie de la classe ouvrière espagnole.
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* 03/05/2013, 17:16
Message #44
On a tendance à penser que l'interdiction de la CNT en septembre 1911 (sous le prétexte "répressif" qu'elle avait lancé une grève générale solidaire) fut la principale raison de son déclin momentané et la cause de sa paralysie postérieure. Cette affirmation trouve son sens et sa vérité quand on se réfère aux années 1912 et 1913, mais pas pour ce qui est des années suivantes, marquées par des difficultés manifestes et lourdes à tisser des liens organiques.
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* 04/05/2013, 17:09
Message #45
Ces lacunes en matière d'organisation ont été exprimées clairement et nettement dans le journal périodique Solidaridad Obrera (organe de la confédération régionale du travail de Catalogne et porte-parole de la CNT), par des appels à l'union et à l'organisation du mouvement ouvrier qui avait le plus d'affinités avec les principes défendus par le syndicalisme libertaire.
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* 04/05/2013, 17:30
Message #46
D'après moi, et d'après la presse ouvrière analysée (essentiellement d'origine libertaire), il est important de mettre en valeur cet aspect, peu étudié et toujours laissé de côté: la difficulté d'ancrer des liens organiques permanents et/ou stables. Pendant la période de 1914 à 1918, il y eut une série de changements sociaux (la Première Guerre mondiale et la Révolution russe surtout), qui modifièrent en grande partie la structure de la classe ouvrière et dynamisèrent les secteurs ouvriers les plus avancés en quête d'une voie révolutionnaire. Ce phénomène d'agitation, ainsi que le patient travail des propagandistes syndicaux libertaires (qui jouèrent un rôle crucial dans la construction de traits d'union parmi le mouvement ouvrier d'opinion libertaire), fut décisif pour ce qui sera la nouvelle configuration syndicale en Espagne.
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* 04/05/2013, 17:47
Message #47
A partir des congrès régionaux tenus au milieu de l'année 1918 en Catalogne et en Andalousie, on peut entrevoir la capacité à se structurer acquise peu à peu par le syndicalisme libertaire, comme sa perméabilité pour intégrer une grande partie du mouvement ouvrier.
Aussi, il importe de penser aux mécanismes flexibles qui rendirent possible ce "saut qualitatif" et qui menèrent la CNT à son apogée syndical au congrès de la Comedia à Madrid en 1919 et à prendre la tête d'une bonne partie de la classe ouvrière dans son combat révolutionnaire et libertaire.
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* 05/05/2013, 01:09
Message #48
Enfin, ceci étant un article de combat, j'aimerais mettre en valeur la permanence et la force de l'anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire en Espagne, représentés par la CNT jusqu'à la fin de la guerre civile. Il est regrettable que des pays tels que la France et l'Italie (qui avaient eu d'importants noyaux partisans du syndicalisme révolutionnaire) aient perdu la force et la vigueur qui les avaient jadis caractérisés, laissant ainsi la CNT à peu près la seule en Europe à être la plus fervente partisane de l'anarcho-syndicalisme.
Cet élément d'"isolement" fut cruellement négatif en pleine guerre civile où se jouait l'existence de l'imaginaire libertaire, entre la lutte contre le fascisme et l'implantation de voies libertaires dans la production économique et dans la vie sociale.

Joan ZAMBRANA
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* 05/05/2013, 01:42
Message #49
L'ESSOR SYNDICALISTE

Le congrès de Sants et les syndicats uniques

Contexte historique de 1917:
une crise sociale, politique et économique ; un pouvoir notable des militaires ; l'émergence de nouvelles tendances politiques et la tournure révolutionnaire de quelques grèves urbaines dans les régions industrielles ; sans oublier les révoltes paysannes en Andalousie. Les syndicalistes virent dans le système de partis en décomposition et dans la monarchie titubante une occasion de lancer une grève générale indéfinie et unitaire, qu'ils débutèrent le 13 août contre la cherté de la vie et le manque de travail. Réprimée par les militaires désespérés de la Junte et par la Guardia civil, suivant la ligne d'un "plan de chasse" (selon les propres termes de Besteiro), elle se solda par un échec.
Ce qui était à prévoir, d'après les paroles de Pablo Iglesias à Salvador SEGUI et à Angel PESTANA sur l'opportunité de cette grève: "Vous les ouvriers manuels, vous voyez les choses de cette façon ; mais nous, les intellectuels, nous les voyons autrement."
L'assemblée des parlementaires de gauche et des libéraux, qui demandait des Cortes constituants, manqua de temps pour s'éloigner du mouvement de grève, ou pour fuir à l'étranger, par peur de la révolution ; et deux hommes de Cambo laissèrent de côté les réformes et leur revendication d'une autonomie de la Catalogne, pour entrer au gouvernement le 1er novembre.

Photos: Angel PESTANA ; Salvador SEGUI:
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* 05/05/2013, 02:30
Message #50
La CNT avait soutenu la grève en pensant que, dans une conjoncture de crise, elle pouvait promouvoir un élan révolutionnaire, mais l'attitude de l'UGT pendant son propre essor démontra à une majorité de libertaires que la direction de l'UGT (même intéressée à exercer une pression sociale pour atteindre ses objectifs) ne dépasserait pas les limites parlementaires qui endiguaient les travailleurs dans des voies acceptables pour la bourgeoisie. Aussi, la CNT redéfinit sa stratégie et reprit les préparatifs du congrès suspendu en juin 1917 pour achever sa restructuration. C'est en Catalogne, la région où l'organisation était la plus développée, que l'on débuta. Angel PESTANA laissa en novembre le secrétariat général du comité régional pour diriger Soli [Ndt: Solidaridad Obrera], et le nouveau comité, formé par Salvador SEGUI, QUEMADES, PEY, RUEDA, et Camilo PINON, convoqua le congrès, qui se tiendra dans le quartier de Sants entre le 28 juin et le 1er juillet 1918.
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* 05/05/2013, 12:38
Message #51
Parmi les accords organiques de ce congrès, signalons la suppression des typiques fédérations de métier aux connotations corporatistes datant du Moyen Age, et la mise en place d'une nouvelle organisation basée sur les syndicats uniques d'industrie, c'est-à-dire d'un seul syndicat regroupant tous les travailleurs d'une même branche de production - stratégie plus adéquate pour affronter le mode de production capitaliste survenu avec l'industrialisation. Les syndicats uniques, qui seraient formés de sections de métiers, se regrouperaient à leur tour en fédérations locales et régionales, autonomes et fédérales. A la différence du fédéralisme politique qui cherchait à transformer la structure de l'Etat, le fédéralisme libertaire souhaitait transformer la structure sociale en renforçant la solidarité entre les métiers au-delà des intérêts corporatistes, en même temps qu'il permettait une plus grande unité face aux patrons et qu'il facilitait des stratégies telles que la grève générale et l'action directe. Les nouveaux statuts prirent d'autres accords sur le plan organique, qui permettaient aux femmes de se syndiquer, établissaient la carte confédérale, centralisaient le comité pour les prisonniers et ouvraient des écoles rationalistes.
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* 05/05/2013, 18:01
Message #52
D'autres accords revendiquaient la journée de travail de huit heures, en plus du refus des heures de travail supplémentaires, les salaires minima fixés par les syndicats, l'abolition du travail à la tâche et de l'exploitation des mineurs. La mention de rassemblement du prolétariat dans une organisation unitaire fut aussi débattue et même défendue dans un des accords mais sans aucun résultat pratique, car quelques semaines après la fin du congrès, la CNT décida de poursuivre les mobilisations et les protestations sans compter sur l'UGT.
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* 05/05/2013, 19:06
Message #53
Parmi les accords de type idéologique, signalons la préférence donnée à l'action directe - entendue comme l'affrontement direct avec la bourgeoisie sur le plan économique, sans intermédiaire ni palliatif. Mais ces accords n'excluront pas d'autres moyens d'action, dans l'intention de garder ouvertes les portes de la Confédération au plus grand nombre possible de sociétés ouvrières, surmontant ainsi la réticence de ces groupes qui avaient encore confiance en certaines méthodes du syndicalisme de base multiple telles que le mutualisme ou le coopérativisme. La CNT comptait alors quelque 70 000 adhérents, et 5000 travailleurs non fédérés avaient participé au congrès.
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* 06/05/2013, 17:56
Message #54
Après le congrès, la CNT réorganisa ses syndicats et lança une campagne pour en créer là où il n'y en avait pas encore: processus d'expansion syndicale et d'augmentation des militants basé sur la visibilité constante de la Confédération dans les boycotts, les grèves, les manifestations contre la cherté de la vie et le chômage ; dans les sabotages, les blocages et les actions violentes contre les briseurs de grève. Les syndicalistes convertirent la rue en théâtre d'opérations ; ils s'insérèrent dans le tissu social des quartiers, devenant ainsi la voix, le moyen d'expression de ceux qui avaient des problèmes pour subsister, mais aussi une prédisposition assez généralisée à la solidarité, facilitée par l'entourage social et leur goût du contact. Si la confédération régionale du travail de Catalogne et celle d'Andalousie existaient déjà avant le congrès de Sants, la fin de 1918 vit se constituer celle du Levant, l'année suivante celle du Nord. 1920 vit naître celles des Asturies et d'Aragon, et 1921, celle de Galice.
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* 13/05/2013, 22:32
Message #55
Pendant la Première Guerre mondiale, la demande des alliés avait permis la croissance de l'industrie en Catalogne, et avec elle l'arrivée d'immigrants et l'accroissement de la syndicalisation. Les patrons cédaient devant les revendications salariales et l'inflation réduisait le salaire réel.
Avec la chute de la demande économique dès la fin du conflit, les patrons optèrent pour la ligne dure, afin de ne pas perdre de marge de bénéfice.
Quant à la CNT, face à la crise sociale et sous l'influence du spectre de la Révolution russe, elle opta pour l'intensification de la lutte ; une lutte constante et radicalisée en particulier chez les paysans d'Andalousie, d'Extrémadure et du Levant tout au long de 1918 et qui se prolongerait deux ans de plus, dans ce qu'on appelle le "triennat bolchevique". En octobre 1918, la CNT avait quelque 81 000 adhérents et en novembre, 114 000. A la fin de l'année, la Fédération nationale d'ouvriers agriculteurs adhéra à la CNT. Pour la bourgeoisie, l'anarcho-syndicalisme devenait une menace évidente contre l'ordre social qui soutenait son hégémonie sociale et économique. L'épreuve du feu commença le 5 février 1919 avec le conflit de La Canadienne [Ndt: Compagnie d'électricité], une grève mythique dans l'histoire du syndicalisme libertaire par son importance, sa durée et ses dimensions.
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* 13/05/2013, 23:36
Message #56
Alors qu'à Berlin Rosa Luxembourg était assassinée le 15 janvier, à Barcelone il y avait, dans les semaines précédant la grève: des incidents entre libertaires et partisans de l'UGT et un assassinat pendant la grève des typographes ; les accusations d'Angel PESTANA contre Cambo sur son intention de les assassiner, lui et Salvador SEGUI ; la suspension des garanties constitutionnelles ; la fermeture des syndicats ; l'arrestation de dirigeants et d'activistes libertaires ; des bateaux de guerre dans le port et la censure de la presse. La question de fond qui alimenta la grève fut, en plus du droit à se syndiquer, la tentative de forcer les patrons à la reconnaissance définitive de la CNT comme interlocuteur du monde du travail en Catalogne.

Photo: Rosa Luxembourg:
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* 14/05/2013, 00:07
Message #57
Quant aux faits: le recours au syndicat de quelques employés face à une baisse de salaire provoqua en représailles leur licenciement, ce qui amena leurs collègues à commencer une grève "des bras croisés".
C'était le 5 février. Le recours à la police pour les expulser du lieu de travail suscita la solidarité du reste des travailleurs de l'entreprise, et le 8 la majorité rejoignait la grève qui s'étendit à d'autres entreprises du secteur.
Les licenciements accroissaient le nombre de grévistes et le manque d'énergie commença à affecter l'industrie et les services. Le 17, en plus de la grève dans le textile, arriva l'ordre du capitaine général de réquisitionner les travailleurs. Les tramways cessèrent de circuler et Barcelone resta dans le noir. Romanones décida le lock-out de l'entreprise avec l'assentiment des actionnaires, et les ingénieurs militaires parvinrent à éclairer la ville la nuit du 22. La grève était totale dans le secteur de l'électricité, et celui de l'eau le rejoignit le 27, ce qui amena également son lock-out.
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* 14/05/2013, 00:57
Message #58
Face au communiqué de l'entreprise licenciant tout travailleur qui n'aurait pas repris le travail le 6 mars, le Syndicat des arts graphiques répondit par la "censure rouge", et le capitaine général par la réquisition de tous les hommes de la branche d'activité, âgés de 21 à 38 ans. Les arrestations commencèrent et quelque 3000 travailleurs remplirent les prisons, le château de Montjuïc et les bateaux de guerre du port, soumis à la juridiction militaire, elle-même au service des patrons catalans après la déclaration de l'état de guerre le 12 mars. Barcelone fut occupée par les militaires et les caisses de résistance parvenaient à recueillir des dizaines de milliers de pesetas par semaine. Romanones s'inclina en faisant quelques nominations politiques pour apaiser le dialogue et les négociations s'ouvrirent le 15. Le 17, un accord fut trouvé, la censure rouge fut levée ainsi que l'état de guerre. Deux jours plus tard, la grève s'arrêtait sur un bilan assez favorable pour les travailleurs: journée de huit heures, augmentation des salaires, réintégration des licenciés et libération des détenus. Environ 20 000 personnes se rassemblèrent ce jour-là aux arènes Las Arenas pour ratifier l'accord, mais Salvador SEGUI lui-même fut reçu par des huées car des travailleurs étaient toujours prisonniers des militaires. Pour le Noi del sucre, il s'agissait de choisir entre consolider les améliorations obtenues ou délivrer les prisonniers par la force, avec un bain de sang consécutif qui pouvait être le début de la révolution sociale ; mais si la rue dominait, était-elle en condition de vaincre les militaires ? Il fut décidé de reprendre le travail et de donner un délai de trois jours pour la libération de tous les prisonniers.

Photos: Salvador SEGUI ; Romanones:
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* 16/05/2013, 14:27
Message #59
Soutenu par Lliga, Milans del Bosch choisit de ne pas libérer les prisonniers. Bourgeoisie et armée espéraient en finir avec les anarcho-syndicalistes si ceux-ci choisissaient la grève générale révolutionnaire. Les plus radicaux finirent par la convoquer le 14 mars, et le 25 le capitaine général, de son côté, déclara l'état de guerre. Le lendemain, quelque 8000 paramilitaires du somatén [Créé au XI° siècle, le somatén était, à ses débuts, chargé d'alerter les villes et villages voisins de dangers imminents ( somatén signifie, en catalan, "émettant du son"). En 1855, il devient un corps militaire chargé de protéger les propriétés des grands propriétaires terriens de Catalogne, une sorte de milice bourgeoise armée. Ses prérogatives vont vite s'élargir et, dès le début du XX° siècle, le somatén collabore étroitement avec le gouvernement, notamment pour des missions de répression. Il participera, par exemple, à l'arrestation de Francisco FERRER, en 1909, à la suite de la tentative d'attentat contre Alphonse XIII. ( Ndlr.)] sortirent dans les rues de Barcelone, sous la direction du nationaliste Ventosa Calvell. Cambo lui-même affirma qu'il s'était promené dans les rues de la ville avec un fusil. Le 30, l'état de guerre s'étendit à toute l'Espagne, et le 1er avril la grève générale concernait les villes les plus industrialisées de Catalogne. Le lendemain, tous les syndicats furent interdits, bien que Romanones ait décrété la journée de travail de huit heures à partir d'octobre, pour défricher le chemin de la reprise du travail, reprise qui se fit à partir du 5 avril. Les partisans de la grève avaient été vaincus et, avec eux, le sentiment d'invincibilité qui accompagna la CNT pendant la grève de La Canadienne. Le groupe de pression formé par les militaires et la Lliga (des patrons) s'était imposé aux décisions du gouvernement, qui démissionna. La bourgeoisie catalane, qui défendait la réforme de l'Etat pour l'accommoder à ses propres intérêts, s'était alliée avec les militaires, eux aussi soucieux de défendre leurs intérêts économiques, jusqu'à la limite même du coup d'Etat. Ce n'était pas la première fois. Elle avait déjà mené à bien une campagne de délation après la Semaine tragique ; depuis des années elle s'opposait aux réformes sociales des divers gouvernements au nom de la non-intervention, mais en demandant l'interposition de l'armée contre les travailleurs, c'est-à-dire en favorisant le militarisme. Ce ne serait pas la dernière fois non plus, car elle soutint le coup d'Etat de Primo de Rivera en 1923 et contribua à financer celui de 1936.
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* 16/05/2013, 17:33
Message #60
L'échec de la grève suivant le conflit de La Canadienne encouragea la bourgeoisie à poursuivre sa stratégie: en finir avec la force organisée des travailleurs en écrasant la CNT. Elle pactisa avec Maura qui la laissa faire et, sous la loi martiale, la répression du printemps et de l'été amena en prison quelque 43 000 confédérés, sans distinction entre partisans et détracteurs de la violence, ce qui donna aux premiers des raisons pour former des groupes d'action et qui enleva aux seconds des arguments face à l'attaque indiscriminée. Ceux qui étaient pour répondre par la violence à la violence des patrons commencèrent à organiser des réunions de syndicats qui agissaient dans la clandestinité. L'action directe cessa d'être collective pour devenir individuelle ou de groupe. Les tentatives de médiation du gouvernement se heurtaient à la stratégie des patrons et échouaient l'une après l'autre ; même le lock-out partiel de novembre 1919 ressembla fort à un moyen de pression pour faire tomber le gouvernement réformiste, dans le but de l'obliger, en l'accusant de manquer d'autorité, à plus de répression, ou au moins d'éviter son ingérence dans les méthodes des patrons alliés au capitaine général - méthodes que l'on peut, sans exagérer, traiter de fascistes.
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